29/08/2025 francesoir.fr  4min #288796

Remilitarisation allemande : vers un service militaire volontaire, un Conseil national de sécurité voit le jour

M.A.

Ministre de La Défense allemande Boris Pistorius

SCHWARZ AFP

Berlin accélère sa remilitarisation. Quelques mois après la réforme du frein à l'endettement et le lancement d'un plan à 1 000 milliards d'euros pour développer sa défense et ses infrastructures au cours de la prochaine décennie, l'Allemagne a adopté mercredi un nouveau modèle de service militaire volontaire devant lui permettre de porter le nombre de ses soldats en service 260 000 d'ici 2030. Le chancelier Friedrich Merz et son ministre de la Défense, Boris Pistorius, ont annoncé, le même jour, la formation d'un nouveau Conseil national de sécurité (CNS), le premier du genre dans le pays.

L'Allemagne a récemment opéré un changement politique majeur en levant partiellement le frein à l'endettement inscrit dans sa constitution depuis 2009. Cette réforme, enclenchée après les élections du Bundestag en mars 2025, fait suite à une longue période de rigueur budgétaire et à la stagnation de l'économie allemande.

Un service militaire volontaire dès 2027

Ce revirement concerne principalement deux volets : l'augmentation des dépenses de défense, qui ne seront plus soumises au mécanisme de frein dès qu'elles dépasseront 1 % du PIB, et la création d'un fonds spécial de 500 milliards d'euros destiné à la modernisation des infrastructures du pays au cours des douze prochaines années.

Cette initiative, portée par le chancelier Friedrich Merz, s'inscrivait dans un contexte transatlantique constamment sous pression depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Le président américain a exigé des Européens qu'ils assument davantage la charge de leur propre défense, menaçant de limiter l'engagement américain au sein de l'OTAN.

Face à cette incertitude américaine, l'Allemagne fait évoluer sa doctrine stratégique et accélère massivement la hausse de son budget de défense : l'objectif est désormais de consacrer jusqu'à 3,5 % du PIB à l'effort militaire d'ici 2029, en s'engageant à moderniser la Bundeswehr à une échelle inédite depuis la Seconde Guerre mondiale. Ce changement va avec des achats d'équipements majeurs et un doublement du budget militaire par rapport à d'autres États membres de l'UE, comme la France en 2026.

À cela s'accompagnent deux mesures majeures, annoncées mercredi par Berlin. La première est l'adoption d'un nouveau modèle de service militaire, pour permettre à l'Allemagne de recruter plus de soldats. Le débat sur le retour du service militaire en Allemagne dure depuis plusieurs années, accentué par la guerre en Ukraine et la menace russe, et porté par le ministre de la Défense, Boris Pistorius. Ce dernier proposait un modèle inspiré des pays nordiques, basé sur le volontariat et espérant ainsi recruter suffisamment de jeunes pour répondre aux besoins croissants de la Bundeswehr.

Le ministre social-démocrate entend augmenter le nombre de soldats en service de 180 000 à 260 000 d'ici 2030 afin d'atteindre les autres nouveaux objectifs de l'Otan, pas ceux liés aux dépenses en équipements, mais aux forces armées. À partir de l'année prochaine, les jeunes citoyens allemands seront les destinataires d'un questionnaire, obligatoire pour les hommes et facultatif pour les femmes. Le but de cette première initiative est de sonder l'intérêt des Allemands pour le service militaire.

Berlin se dote de son premier conseil national de sécurité

L'autre décision est d'obliger, à partir du 01 juillet 2027, tous les hommes de 18 ans et plus de se soumettre à une visite médicale obligatoire, qu'ils soient intéressés ou pas par le service militaire volontaire. Là encore, il s'agit d'établir un "état des lieux" de l'aptitude physique des Allemands.

Le service militaire obligatoire n'est pas exclu pour autant puisque le projet de loi prévoit un éventuel retour à ce modèle si les objectifs de recrutements ne sont pas satisfaits. "Nous parviendrons à attirer des volontaires principalement grâce à l'attractivité du service", affirme Boris Pistorius qui rejette les doutes de l'opposition, arguant que la rémunération a été nettement améliorée, tout comme les opportunités de formation.

Une autre mesure, une première du genre, a été annoncée le même jour par Boris Pistorius et le chancelier Friedrich Merz, est la formation du nouveau Conseil national de sécurité (CNS), dont la principale mission est de centraliser les consultations et les décisions liées à la défense et la sécurité. Ce conseil fusionne deux organes antérieurs, à savoir le Conseil fédéral de sécurité, responsable des exportations d'armes et de la politique de défense, et le cabinet de sécurité, chargé de prendre les décisions en cas de crise.

Cet organe est composé du chancelier et de neuf des ministres du gouvernement allemand, qui collaboreront avec des fonctionnaires et des experts des services de sécurité et de renseignement, non seulement allemands, mais également, si besoin, ceux d'autres institutions telles que l'OTAN et l'UE.

Là encore, le CNS, "nouveau noyau de l'architecture de sécurité de l'Allemagne", se veut une réponse aux menaces "que font peser la Russie et d'autres pays" sur la sécurité de l'Europe. "Nous devons devenir plus rapides, plus créatifs et plus décisifs en renforçant nos infrastructures, en améliorant notre coordination et en rendant notre société plus résiliente dans l'ensemble", a plaidé Merz.

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