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Quelques brèves réflexions sur les prétendus dirigeants à l'aube de cette nouvelle année

Photo de groupe des dirigeants européens avec le président américain Donald Trump et le président ukrainien Volodymyr Zelensky lors de leur visite à Washington le 18 août 2025. (© Simon Dawson / No 10 Downing Street/Flickr/CC BY-NC-ND 4.0)

Par  Patrick Lawrence, Special Consortium News, le 31 décembre 2025

Il ne sert à rien d'espérer un changement de cap de la part de l'Occident tant que les "prétendus dirigeants" d'aujourd'hui resteront en fonction.

"Le ciel est haut et l'empereur est loin". C'est ainsi que les paysans chinois saluaient leur éloignement de la Cité interdite depuis des siècles. J'imagine qu'un sentiment similaire prévaut dans la République populaire hypercentralisée.

Lorsque le pouvoir tend vers l'autocratie, la distance est préférable. Un sentiment analogue m'a brièvement gagné à la fin de l'année 2025.

Grâce à l'aimable invitation de ma belle-mère, j'ai passé les vacances de Noël sur le nord-ouest de la côte pacifique et ai pu m'éloigner du pouvoir post-démocratique sous toutes ses formes.

Le représentant élu le plus proche se prétendant compétent est Kim Lund, maire de Bellingham, dans l'État de Washington, dont l'action se limite à l'un de ces plans de revitalisation du centre-ville si fréquents dans notre république désindustrialisée.

L'occasion a semblé propice à l'observation de ces personnalités qui, pour le meilleur ou pour le pire, mais plutôt pour le pire dans la plupart des cas, déterminent désormais le destin de ce que nous appelons, avec un certain décalage, le monde occidental.

Ces personnalités ne m'ont jamais semblé former un tout auparavant, au mieux une collection hétéroclite. L'exercice a permis de tirer quelques conclusions de fin d'année instructives.

Voici, en vrac, quelques-unes de mes "conclusions", pour reprendre l'expression si galvaudée des rédacteurs en chef.

Premièrement, le fossé entre les prétendus dirigeants des puissances occidentales et leurs citoyens est plus ou moins total. Le pouvoir s'exerce désormais dans un isolement absolu.

Deuxièmement, les guerres, les génocides, les invasions de drones, les assassinats, les milices de déportation, la censure, les sanctions, l'érosion des libertés civiles, l'anarchie sont des réalités dont les électeurs post-démocratiques ne peuvent préférer l'existence à la paix et à un ordre moral.

Disons que les citoyens se sont résignés à leur impuissance, qu'ils sont sous le choc et sans voix, car le pouvoir n'a plus de comptes à rendre et ils sont désormais soumis à l'autorité plutôt qu'à toute forme de gouvernance.

En d'autres termes, nous sommes tous désormais des paysans de la dynastie Ming.

Il est inutile d'espérer un changement de trajectoire de l'Occident tant que cette meute d'égoïstes se cramponnera au pouvoir. Ces individus nous ont condamnés, en notre nom, à des régimes d'une extrême brutalité.

Troisièmement, et c'est là le plus important, les systèmes et processus politiques qui les ont propulsés à des postes dépassant de loin leurs réelles capacités doivent être démantelés ou radicalement réformés pour pouvoir rétablir un ordre juste et humain.

Quatrièmement, à la lumière des points précédents, la perte de pouvoir post-démocratique et le soutien de l'Occident au chaos ambiant engagent la responsabilité des citoyens.

L'automne dernier, Chas Freeman, ambassadeur émérite et commentateur engagé, m'a surpris en déclarant lors d'un podcast que nous, Américains, sommes à l'aube d'une période pré-révolutionnaire de notre histoire. La remarque de Chas Freeman illustre parfaitement ce que j'entends par responsabilités. Bref, l'avenir ne dépend que de nous.

Il existe toutefois quelques exceptions parmi ces prétendus dirigeants occidentaux qui nous aident à entrevoir une lueur d'espoir et nous montrent la voie à suivre lorsque des personnes intègres occupent des fonctions éminentes dans l'intérêt de ceux qui les ont placées là.

Il est temps d'affronter ces vérités, et même grand temps. L'année à venir le confirmera. L'effondrement du processus démocratique et la prévalence de ce qui s'apparente à de l'indifférence, mais en réalité de la résignation, ont valu au monde occidental une multitude de "dirigeants" cliniquement névrosés, narcissiques, sociopathes ou mégalomanes, agissant bien au-delà de leurs compétences, voire combinant toutes ces caractéristiques.

Il était tabou, il y a à peine 20 ans, de parler ou d'écrire du déclin de l'Occident. On était alors qualifié de "décliniste" - vous vous souvenez de ce terme ? Maintenant que notre déclin impérial tardif est indéniable, qui aurait pu croire qu'il serait aussi sordide, indigne, humiliant, et qu'il se moquerait aussi ouvertement de la vie humaine et du droit ?

Photo de groupe des dirigeants européens avec le président américain Donald Trump et le président ukrainien Volodymyr Zelensky lors de leur visite à Washington le 18 août 2025. (© Simon Dawson / No 10 Downing Street/Flickr/CC BY-NC-ND 4.0)

Avez-vous déjà observé les traits de Bibi Netanyahu ? Je ne manque jamais une occasion de l'observer, car je trouve son visage fascinant, et je vous invite à l'examiner de plus près si ce n'est déjà fait. Comme vous le dira tout bon psychiatre ou psychologue clinicien, c'est le visage d'un psychotique tel que défini dans le DSM, le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux.

Le parcours du Premier ministre israélien est désormais bien connu. L'homme de 76 ans dont le rapport à la réalité vacille est aujourd'hui la personne la plus puissante d'Asie occidentale, et même bien au-delà.

Netanyahu n'est pas un dirigeant occidental, me direz-vous. Eh bien, détrompez-vous : le pouvoir exercé par Bibi à Washington et dans la plupart des capitales européennes transcende largement les frontières géographiques. Il occupe une place de choix dans ce portrait de groupe. Au moment où j'écris ces lignes, il vient de terminer sa cinquième visite au président Trump, en cette première année de son second mandat. Réalisons quand même que ce psychotique et un narcissique émotionnellement immature, qui doit sans doute avoir un compte à régler avec son père, ont passé le lundi de la semaine de Noël à planifier une nouvelle opération militaire contre la République islamique, afin de détruire son programme de missiles et ses défenses aériennes.

Caitlin Johnstone l'a très bien exprimé dans  sa newsletter du 28 décembre.

"Ils ont cessé d'inventer des absurdités sur les armes nucléaires", a-t-elle écrit, "et maintenant ils se contentent de dire qu'il faut attaquer l'Iran parce qu'il est en train de reconstruire sa capacité à nous empêcher de l'attaquer".

Il faut en outre tenir compte des diverses difficultés auxquelles Netanyahu est confronté dans son pays. Il est jugé pour de multiples accusations de corruption, doit affronter des élections qu'il risque de perdre en 2026 et rend des comptes aux fanatiques sionistes dont il a peuplé son cabinet. Cela signifie-t-il qu'Itamar Ben-Gvir, Bezalel Smotrich et leurs comparses ont une influence indirecte mais puissante sur la politique mondiale ? Je suggère de faire l'impasse sur cette question.

Pendant mon idylle de Noël parmi les sapins et les cèdres imposants du nord-ouest des États-Unis, mes pensées se sont tournées vers celles et ceux qui, outre-Atlantique, constituent ce que nous appelons le cœur de l'Europe. Keir Starmer, Emmanuel Macron et Friedrich Merz, le Premier ministre britannique, le président français et le chancelier allemand, sont pour moi des palookas, ces lourdauds sans talent qui ratent tout ce qu'ils entreprennent.

Ces trois-là sont certes grossiers et imbus d'eux-mêmes, mais sont allés beaucoup trop loin. Depuis l'élection de Merz au printemps dernier, ils ont formé une sorte de triumvirat qui dicte plus ou moins la direction de l'Europe. Tous russophobes - Merz étant le pire d'entre eux - ils ont semé la panique en Grande-Bretagne et sur le continent concernant une invasion russe purement imaginaire, tout en accablant leurs populations d'une dette qui pèsera sur plusieurs générations, le tout pour permettre au régime criminel de Kiev de poursuivre une guerre que l'Ukraine a perdue depuis plus d'un an.

Pire encore, dans une grande partie de l'Europe, et certainement au Royaume-Uni, toute expression de soutien au peuple palestinien est désormais effectivement criminalisée. Comme quelqu'un l'a fait remarquer l'autre jour sur X, on peut être arrêté et emprisonné en Grande-Bretagne pour avoir dénoncé le génocide commis par Israël à Gaza, tandis que le régime de Starmer accueille avec les honneurs les responsables israéliens directement responsables de ce génocide.

Comment qualifier ces individus ? Après les avoir examinés, il me semble approprié de les qualifier d'incapables, d'immatures, voire de puérils ou arriérés. Habituées à se blottir sous les ailes de l'hégémonie américaine, elles s'avèrent incapables de penser ou d'agir de manière responsable et cherchent donc un nouveau refuge dans une citadelle idéologique "centriste", qui n'est le centre de rien, si ce n'est peut-être de l'autoritarisme libéral.

Un Premier ministre aux tendances psychotiques, un président narcissique à la solde des lobbies sionistes, trois Européens dépourvus de toute fibre charismatique : les qualifier de "prétendus dirigeants" de l'Occident est un euphémisme, car ils ne dirigent rien. Permettez-moi de les appeler "PD" dans le reste de cet article.

Binyamin Netanyahu au tribunal lors de son procès pour corruption, décembre 2024. (© Oren Persico, The Seventh Eye, CC ASA 4.0)

Les PD de notre époque s'accommodent très bien de ce décalage avec leurs concitoyens, qui leur permet d'agir librement dans leur propre intérêt. L'intérêt personnel a du bon si c'est le dieu qu'on choisit de servir, mais il en va autrement lorsque le prix à payer se traduit par un ordre mondial outrageusement violent. J'ai salué en octobre dernier  l'élection de Catherine Connolly à la présidence irlandaise avec une très large majorité. Ce poste est certes honorifique, mais la position de principe de Mme Connolly, notamment, mais pas uniquement, sur le terrorisme israélien et la question palestinienne, représente bien celle de l'Irlande.

Pour résumer brièvement ce point, les Irlandais prévoient désormais de transformer l'ancienne ambassade d'Israël, désaffectée depuis le départ de son ambassadeur sioniste l'année dernière, en un musée consacré à l'art et à la culture palestiniens. Un projet magnifique. Personne ne peut rivaliser avec le talent des Irlandais pour mêler ironie, humour et politique. Après tout, voilà plusieurs siècles qu'ils pratiquent.

J'ai vu une carte sur X montrant l'itinéraire de vol de Netanyahu juste avant son départ pour Mar-a-Lago ce week-end. Son avion a survolé la Grèce et l'Italie, puis a brusquement bifurqué vers le nord en direction de la France pour éviter l'espace aérien espagnol. Ce qui m'a rappelé, même si c'était inutile, la position de principe adoptée par le gouvernement de Pedro Sánchez à l'égard d'Israël et de ses crimes.

Cérémonie d'investiture de Catherine Connolly en tant que présidente de l'Irlande, le 11 novembre 2025. (© Bureau du président de l'Irlande)

Le Premier ministre socialiste espagnol ne manque aucune occasion de dénoncer le régime sioniste.

"Les responsables de ce génocide devront rendre des comptes", a-t-il déclaré dans un discours prononcé l'année dernière. Il a également affirmé : "Nous ne faisons pas affaire avec un État génocidaire, c'est hors de question".

À noter que le Parlement espagnol a imposé un embargo complet sur les armes à Israël l'été dernier et l'a immédiatement mis en œuvre. À l'automne, la Banco Sabadell, une institution bancaire traditionnelle de Barcelone, a commencé à geler les comptes des ressortissants israéliens.

D'autres cas tout aussi honorables méritent d'être mentionnés, même s'ils ne sont pas aussi limpides que ceux de l'Irlande et de l'Espagne. Leur droiture en soi n'est pas anodine, mais elle nous montre aussi un exemple à suivre.

Les PD ne sonneront le glas de l'histoire occidentale que si les Occidentaux s'y résignent. La résignation n'est pas inscrite dans la conscience occidentale post-impériale : elle est subie. Et nous avons tout intérêt à la surmonter.

Traduit par  Spirit of Free Speech

* Patrick Lawrence, correspondant à l'étranger pendant de nombreuses années, principalement pour l'International Herald Tribune, est chroniqueur, essayiste, conférencier et auteur, dont le dernier ouvrage,  Journalists and Their Shadows, est disponible  chez Clarity Press ou  via Amazon. Parmi ses autres livres, citons Time No Longer: Americans After the American Century. Son compte Twitter,  @thefloutist, a été rétabli après avoir été censuré de manière permanente pendant des années.

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