02/01/2026 ssofidelis.substack.com  8min #300588

Quoi de pire que Donald Trump ?

Par  Philip Giraldi, le 1er janvier 2026

Encore plus de Donald Trump.

Même quand on estime que la situation ne peut pas être pire avec Trump à Washington, l'homme orange trouve toujours le moyen de nous bluffer, se surpassant en stupidité et en égocentrisme. La semaine dernière a été émaillée de comportements particulièrement déroutants aux conséquences potentiellement apocalyptiques, alors que notre guide suprême prétend, à tort, être un "homme de paix". On se demande comment il peut même prononcer le mot "paix" sans interprète, ou sans que ce mot de quatre lettres s'affiche en gras sur son prompteur. Commençons par plusieurs récents développements qui ne prêtent pas vraiment à débat, même s'il est légitime de contester leurs motivations et attentes. Imaginons un instant les agissements d'un homme qui ne sait que maudire et insulter ceux qui ne sont pas d'accord avec lui, et n'a d'autre talent que de griffonner sa signature en grosses lettres avec un marqueur.

La semaine dernière, Trump a rencontré le président ukrainien Volodymyr Zelensky et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Mais c'est d'abord la vacuité des préoccupations et priorités du président des États-Unis qui saute aux yeux. Elles concernent les différents aspects de sa glorification personnelle, largement au-delà de ce qu'on peut qualifier de digne ou d'approprié pour un haut représentant de l'État, responsable - en théorie - de la sécurité et du bien-être des citoyens à qui il doit le pouvoir.

J'ai été particulièrement consterné d'apprendre que le projet "Arch of Tr[i]ump[h]", à l'étude depuis plusieurs mois, allait démarrer dans les deux prochains mois. La semaine dernière, Trump a brandi une maquette de l'arche dans son petit poing  tout en babillant sur ce grandiose projet, lors d'une visite à la Maison Blanche. L'arche sera située sur un rond-point jouxtant la route d'accès au cimetière national d'Arlington, sur les rives du Potomac. Ce rond-point est également à proximité du Memorial Bridge, qui enjambe le fleuve pour rejoindre le Lincoln Memorial. Comme toujours, Trump a tenu à préciser que le monument serait bien entendu plus imposant que les arcs de triomphe similaires de Paris et d'Europe, qui célèbrent les guerres menées - et gagnées. Il n'a toutefois pas mentionné son intention présumée d'utiliser le monument pour se glorifier en inscrivant son nom en grosses lettres sur le fronton de l'arche, alors qu'il n'a jamais servi dans l'armée de son pays en raison de sa prétendue "pathologie osseuse". L'arche sera néanmoins un monument dédié à Donald J. Trump, à l'instar de la récente profanation par l'ajout de son nom à l'Institut américain pour la paix et au Centre Kennedy pour les arts du spectacle, même si, hasard du calendrier, l'arche commémore également le 250è anniversaire de la fondation des États-Unis d'Amérique.

Et ce n'est pas tout. Il a  également pris le contrôle les trois terrains de golf publics du district de Columbia, auparavant gérés par le National Links Trust, une organisation à but non lucratif qui les exploitait sur des terres fédérales. Sans avertissement, le ministère de l'Intérieur a résilié le contrat de location de 50 ans en vigueur depuis cinq ans. Il faut donc s'attendre à voir ouvrir prochainement des terrains de golf Donald J. Trump, car ce sport est l'une des nombreuses activités dans lesquelles Trump se croit doué, même si ceux qui ont eu affaire à lui sur l'un de ses nombreux greens ont signalé sa tendance à tricher.

Revenons maintenant à l'une des principales actualités : une  controverse de taille entoure l'histoire selon laquelle, il y a une semaine, l'Ukraine aurait lancé 91 drones pour tuer le président russe Vladimir Poutine dans sa résidence de Novgorod. Cette histoire a été révélée après un appel téléphonique entre Poutine et Trump, peu après l'attaque présumée, qui a suscité une réaction indignée de la part de ce dernier. Cependant, à la veille du Nouvel An, une enquête de la CIA aurait déterminé que l'attaque évoquée n'avait pas eu lieu de cette façon

Une évaluation de l'agence présentée à Trump par son directeur, John Ratcliffe, le 31 décembre, a conclu que l'Ukraine visait en fait un site militaire situé à proximité. Trump a alors changé de ton, en critiquant les Russes.

Ce qui alimente toutes ces spéculations, c'est que si l'histoire est fondée, il y a de fortes chances que les services du renseignement américain aient été  directement impliqués. La version initiale suggérait que les États-Unis, et peut-être certains pays européens, avaient pu localiser Poutine grâce à l'interception des communications de son entourage. L'Ukraine n'ayant pas les moyens de mener une opération d'espionnage aussi sophistiquée, cette information a probablement été transmise à Zelensky ou à ses collaborateurs. Ces derniers, craignant qu'un accord de paix avec la Russie ne leur soit imposé sans leur convenir, ont donc décidé de valider l'attaque. Elle avait peut-être pour but de convaincre les Russes de ne pas faire confiance à l'OTAN ni aux États-Unis quant au respect d'un éventuel cessez-le-feu ou d'un accord de paix.

Comme l'attaque présumée s'est apparemment produite alors que Zelensky rencontrait Donald Trump dans le but officiel d'élaborer une proposition de paix pour la Russie, la question se pose de savoir si Trump en était informé, faisant de Washington le complice potentiel d'une tentative de déstabilisation de son propre accord de paix. Quoi qu'il en soit, la Russie a répondu aux drones de Kiev par une attaque massive de ses propres drones le jour de l'An, frappant des sites énergétiques ukrainiens. L'assassinat de Poutine aurait indubitablement modifié la donne entre Kiev et Moscou, mais il aurait aussi et surtout pu mener à une troisième guerre mondiale potentiellement nucléaire, selon les acteurs impliqués, les circonstances et les interprétations. Ce qui s'est passé est en tout cas controversé et fait l'objet d'une enquête des États-Unis, de la Russie et des médias.

Mais plus important encore, ce sont les propos de Trump lui-même, toujours prompt à ouvrir la bouche, qui font craindre une guerre après sa rencontre avec Netanyahu. On ignore qui a pris l'initiative de cette rencontre, mais les deux hommes sont arrivés avec leur idée en tête et, lors d'une récente fête de Hanoukka à la Maison Blanche, Trump a d'ailleurs confirmé être le "premier président juif". Malgré l'ambiguïté de cette déclaration, certains se sont peut-être dit que Trump en profiterait pour inviter Israël à calmer le jeu à Gaza pour appliquer son "plan de paix". Même si c'aurait certainement été flatteur pour l'ego de Trump, beaucoup s'attendaient à ce que Bibi appelle à un raid contre l'Iran avec le soutien des États-Unis, et c'est précisément ce que Netanyahu a obtenu, et plus encore. Trump, qui a encore  qualifié Netanyahu de "héros de guerre", a confirmé qu'Israël œuvrait en faveur du cessez-le-feu à Gaza, un mensonge éhonté puisqu'Israël a  ouvertement violé l'accord dès le premier jour, tuant plus de 400 Palestiniens, refusant de retirer son armée et interdisant l'acheminement de nourriture et de fournitures médicales. Le soir du Nouvel An, il a durci sa prise de contrôle en  expulsant un certain nombre d'organisations caritatives internationales (37), dont Médecins sans frontières, une organisation humanitaire reconnue, qui portait secours aux Palestiniens blessés. Si Donald Trump réfléchissait, hypothèse discutable, il reconnaîtrait qu'Israël accroît la pression sur les Arabes, tant à Gaza qu'en Cisjordanie, pour éliminer chrétiens et musulmans de la Palestine historique. Une parlementaire israélienne d'extrême droite, Revital Swid, a même appelé à une frappe nucléaire sur Gaza pour "régler le problème" une fois pour toutes.

Netanyahu, qui a décerné à Trump le "Prix Israël" pour services rendus à l'État juif, a aussi obtenu un délai d'un mois pour désarmer le Hamas, faute de quoi "les Gazaouis passeront un sale quart d'heure". Le Hamas affirme à juste titre qu'il a besoin d'armes pour résister aux attaques israéliennes, mais Trump et Bibi ne sont pas convaincus par l'argument. Ils ont également L'Iran en ligne de mire, Netanyahu affirmant que Téhéran ne se contente pas de mener un programme secret d'armement nucléaire, mais développe également un arsenal de nouveaux missiles qui menacent à la fois les intérêts d'Israël et ceux des États-Unis. Quelle surprise ! Trump a donc annoncé son intention de soutenir pleinement Israël face à la nouvelle menace iranienne, et d'unir ses forces à l'État hébreu pour "abattre l'ennemi".

Si vous vous demandez ce que notre président a accompli pour l'intérêt du peuple américain ces deux dernières semaines, la réponse tient évidemment en un mot : rien ! À moins de soutenir ses attaques contre des bateaux de pêche en eaux internationales, le détournement de pétroliers sous pavillon étranger ou l'envoi de son  émissaire au Groenland à des fins d'annexion. Ou de cautionner les insultes infligées aux journalistes, de préférence des femmes qui posent des questions qu'il ne comprend pas ou qui, selon lui, portent atteinte à la dignité de sa fonction. Il devrait commencer par apprendre le sens du terme "dignité", un concept qui semble avoir été quelque peu négligé dans son médiocre parcours universitaire en Ivy League.

Traduit par  Spirit of Free Speech

* Philip M. Giraldi est directeur exécutif du Council for the National Interest, une fondation éducative qui milite pour une politique étrangère américaine au Moyen-Orient davantage axée sur les intérêts. Son site web est  councilforthenationalinterest.org son adresse postale est P.O. Box 2157, Purcellville VA 20134 et son adresse e-mail est informcnionline.org

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