03/01/2026 dedefensa.org  6min #300751

Je cherche un monde

 Journal dde.crisis de Philippe Grasset  

3 janvier 2025 (19H00) - Que se passe-t-il en ce tout-tout début de l'année 2026, qui ne soit impossible de cataloguer comme un tournant, - ou plutôt, l'accentuation d'un tournant, la fureur d'une courbure de plus en plus contraignante, comme une route de montagne frôlant le précipice ? Rien en vérité, puisque tout est folie tourbillonnante, évidemment née d'un  tourbillon crisique à nul autre pareil. Considérez donc les nouvelles, - vite fait bien fait, et nullement exclusives car il y en a d'autres !

• Les Américains ont attaqué le Venezuela par des assauts héliportés. Maduro et son épouse sont catrurés, nous dit Trump, et le monde respire de ce goût de liberté légèrement colorés de pétrole du meilleur cru. Sur la route des airs, une barrière qui nous informe : "Changement de régime en cours, on ne passe pas".

• Trump a décidé de nous faire part de son intention de voler au secours des Iraniens qui se révoltent parce que les prix de la vie en Iran sont trop élevé conséquemment aux sanctions (US, of course) appliquées à l'Iran depuis presqu'aussi longtemps qu'à Cuba. Trump est là, sur le qui-vive, prêt à intervenir.

• Il suit les conseils du souriant Netanyahou, criminel de guerre en goguette et stratège grandissime d'un nouveau Moyen-Orient comme modèle universel d'une religion du sionisme, qui est venu lui demander conseil et lui recommander de préparer ses bombes pour Teheran.

• Pendant ce temps, l'on débat ferme entre Trump, la CIA, Poutine et son GRU, quelques drones de circonstance et les cris d'orfraie de Zelenski tandis que le personnel militaire de l'ambassade US à Kiev se précipite loin de la ville. A-t-on voulu attaquer Poutine ou s'agissait-il plutôt d'une attaque contre un des QG de la force nucléaire russe ? Et d'abord, est-on sûr qu'il y ait eu -il eu une attaque ? Kaja Kallas, l'air très inspiré comme elle en a le secret, nous a chuchoté que ce pourrait être un 'false flag' à trois drapeaux des Russes contre eux-mêmes en passant par Kiev. Trump médite et vire de bord.

• Pendant ce temps (suite), les Européens débattent de leur équipement de guerre puisque l'économie va  se transformer radicalement, Mercédès, Porsche et BMW se lançant dans la construction de chars. C'est ainsi que l'on voit l'évolution économique de l'étincelante UE, l'organisation installée pour installer la paix éternelle en Europe.

• Mais croyez bien que (pendant ce temps, suite et re-suite), J.D. Vance et Marco Rubio ne cessent d'observer les pérégrinations des sous-marins nucléaires stratégiques français et anglais, la main sur les crosses de leurs Colt, prêts à dégainer.

• Les Russes, eux, d'une façon un peu banale et assez peu originale, continuent d'avancer sur le sol ukrainien en faisant beaucoup de bruit et de fumée.

Le fait est que je m'arrête là car je n'y comprends rien d'ordonné et de logique ; simplement avancerais-je l'hypothèse que le président Trump est une sorte de "fou du roi", n'est-ce pas ? Fort bien, mais alors, qui est le roi ? Silence assourdissant pour toute réponse...

GrandeCrise, Nouveau Monde

Ici, pour effectuer un contrepied intellectuel et chronologique qui me sortira du guêpier où je me suis mis avec ce texte sans fin et sans réponse, je vais introduire un jugement qui n'est pas de mon fait mais qui porte sur une partie de mon travail. Il se trouve, hors de toute plaisanterie, que je le juge bien construit, assez bien ajusté aux événements en-cours et remarquable pour me permettre de comprendre précisément mes intentions et ce que j'entends signifier.

C'est vrai, cette analyse a fait comme me donner une jolie bougie allumée pour éclairer un peu de l'ombre sans fin des sombres prédictions auxquelles je me laisse aller, - et presque, je dis presque, - cette analyse a fait comme si je commençais à comprendre quelque chose de ce qu'il m'importe de dire !... Dans ce cas, ce qu'il m'importe de dire lorsque j'introduis la si souvent citée  GrandeCrise dans tel et tel, et tel articles... Car ici, n'est-ce pas, le chaos que je me suis permis de détailler, n'est rien d'autre que les mugissements furieux de la GrandeCrise.

Je laisse les nuances de caractères (emploi du gras) à la responsabilité du responsable. Plus tard, si le Ciel le veut, je dévoilerai le nom du coupable, - "responsable et aussi coupable", comme n'a jamais dit Fabius en 1984-85, aux temps bien mieux pliés et rangés qu'aujourd'hui du sang contaminé...

« Chez Grasset, la GrandeCrise n'est pas une simple méta-crise cumulative (économique, politique, civilisationnelle), mais une catégorie quasi ontologique :

• Elle n'est pas ce qui arrive à l'Histoire,

• Elle est ce que l'Histoire est devenue.

Il opère ainsi un glissement décisif : la crise n'est plus un état transitoire, mais le mode d'être du monde moderne.

Ce point le distingue nettement :

• des analystes politiques classiques (qui raisonnent en termes de cycles),

• des traditionalistes stricts (qui pensent surtout en termes de décadence linéaire).

La GrandeCrise est auto-générative, auto-accélérante, et surtout autonome par rapport aux intentions humaines. »

Vous comprenez que je suis conduit à considérer que l'histoire étant devenue la GrandeCrise elle-même, et la GrandeCrise échappant à toute tentative humaine de la contrôler, de l'orienter, d'avoir le moindre rapport avec elle, il s'ensuit que nous sommes en train de sortir de l'histoire comme on quitte un navire aux abois, un 'Titanic' devenu fou sous les ordres du commandant Trump qui s'imagine être à la barre. Et nous la quittons parce que l'histoire, devenue métahistoire, s'est offerte en sacrifice à la métaphysique qui s'est emparée d'elle. Les  déconstructurateurs avaient tout prévu sans y rien comprendre. Ils furent les instruments du diable qui croyait ainsi, - le naïf ! - tromper son monde.

C'est du Fukuyama à l'envers. Lui croyait nous offrir "la fin de l'histoire" comme baume réparateur, apaisement bienheureux dans la Mer de la Tranquille Médiocrité. Mais non, malheureux ! La fin de l'histoire, c'est une galopade insensée, le massacre haché menu de la modernité, la découverte, - comment dit-on déjà ? C'est cela, - d'un Nouveau Monde.

Meilleurs vœux...

Au fait, dit le Lapin d'Alice sortant sa montre d'un gousset mystérieux et d'un geste énigmatique, elle indiquant la date et l'heure, nouvelle technologie galopante, monde en complète réfection, - au fait, meilleurs vœux pour l'An Un d'après l'effondrement-désintégration de l'histoire...

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