05/01/2026 dedefensa.org  4min #300954

 Malfaisante bienveillance de la Grandecrise

Réalité de la géopolitique des Grandes Puissances

Andrew Korybko

Trump 2.0 a expliqué avec audace comment les États-Unis entendent restaurer leur « sphère d'influence » sur les Amériques, conformément à la nouvelle stratégie de sécurité nationale. Cette nouvelle approche hyperréaliste consiste à assumer explicitement la recherche du pouvoir comme objectif, au lieu de la nier comme auparavant.

L'opération militaire spéciale américaine au Venezuela, couronnée de succès et visant, à ce stade, à ajuster le régime et non à le renverser comme certains le croient à tort, a suscité une vague de réactions de la part des gouvernements du monde entier. Sans surprise, les partenaires stratégiques du Venezuela, la Russie et la Chine, ont condamné la capture du président Nicolas Maduro par les États-Unis, tandis que l'UE, partenaire mineur des États-Unis, a publié une déclaration qui, sans critiquer les États-Unis, n'approuvait pas non plus leurs actions.

C'est là que réside l'hypocrisie que vient de révéler l'opération militaire spéciale américaine au Venezuela : l'UE aurait certainement condamné avec la plus grande fermeté la capture hypothétique de Zelenski par la Russie. Leur excuse implicite pour ce double discours concernant la capture de Maduro par les États-Unis est son illégitimité. Or, la Russie considère désormais Zelenski comme illégitime lui aussi. Dès lors, l'évaluation de la légitimité des autres dirigeants par des tiers est, en fin de compte, subjective, ce qui conduit à la réalité qui vient d'être mise au jour.

En fin de compte, les grandes puissances comme les États-Unis (qui demeurent sans doute une superpuissance, même si leur influence était en déclin jusqu'au retour de Trump au pouvoir) poursuivent toujours leurs intérêts supposés, mais en les dissimulant sous le couvert du droit international ou des normes internationales, plus acceptable pour l'opinion publique mondiale. Ainsi, les États-Unis s'appuyaient auparavant sur le concept d'« ordre international fondé sur des règles » pour justifier leurs actions à l'étranger, mais les médias russes ont fini par dénoncer cette hypocrisie, expliquant ainsi pourquoi Trump 2.0 ne l'a pas utilisé cette fois-ci.

Le document explique avec audace comment les États-Unis entendent rétablir leur « sphère d'influence » sur les Amériques, conformément à leur nouvelle Stratégie de sécurité nationale (SSN). Il représente ainsi une approche hyperréaliste, puisqu'elle assume explicitement la recherche de la puissance comme objectif, au lieu de la nier comme auparavant. Selon la SSN, cette « sphère d'influence » vise à garantir les intérêts de sécurité nationale et la prospérité des États-Unis, un objectif similaire à celui que la Russie poursuit en Ukraine par le biais de ses opérations spéciales.

Sans la puissance conférée par le rétablissement de la « sphère d'influence» américaine sur ce que les États-Unis appellent leur « arrière-cour », ou par le rétablissement de la sienne par la Russie sur ce qu'elle appelle son « étranger proche », ces pays resteraient exposés à une multitude de menaces de la part de leurs rivaux, notamment économiques, susceptibles de nuire à la prospérité de leurs populations. Par conséquent, les grandes puissances cherchent également à affaiblir leurs rivales dans leur « sphère d'influence » respective, y voyant un moyen d'accroître leur influence, voire de prendre l'ascendant sur elles.

Voilà la réalité de la géopolitique des grandes puissances, jusqu'ici masquée par une rhétorique autour de la « démocratie », du « droit international » et/ou de l'« ordre international fondé sur des règles ». Mais les États-Unis ne se livrent plus à ces manœuvres de manipulation. Idéalement, ils devraient se comporter enfin comme une « puissance hégémonique bienveillante », continuant de tirer profit des pays de sa sphère d'influence (mais de façon moins excessive qu'auparavant) et assurant véritablement leur sécurité. Ce modèle, initié par Poutine, est en effet le moyen le plus durable de garantir la stabilité dans la région d'une grande puissance.

L'histoire de l'« hégémonie malveillante » des États-Unis a engendré les mouvements anti-hégémoniques apparus sur le continent américain. Répéter la même politique aboutira inévitablement au même résultat et nuira, par conséquent, aux intérêts de grande puissance des États-Unis. Il est prématuré de prédire si Trump 2.0 s'inspirera du modèle d'« hégémonie bienveillante » de Poutine, mais quelle que soit l'opinion que l'on porte sur le Venezuela, il est tout de même rafraîchissant de constater que les États-Unis viennent de révéler la réalité de la géopolitique des grandes puissances, puisque plus personne n'a besoin de maintenir la mascarade.

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