05/01/2026 euro-synergies.hautetfort.com  4min #300958

 De violents raids aériens américains sur Caracas et des bases militaires vénézuéliennes

Jongler et faire semblant de gagner - La nouvelle phase de la puissance américaine

Jongler et faire semblant de gagner

La nouvelle phase de la puissance américaine

Adnan Demir

Source:  facebook.com

Après la période de la Guerre froide, le système mondial s'est largement construit autour d'une architecture de puissance centrée sur les États-Unis. Cette architecture ne reposait pas seulement sur la supériorité militaire; elle dépendait également de la production de consentement à travers la justification du droit, du droit international, des finances mondiales, des institutions multilatérales et du discours sur un «ordre fondé sur des règles». La puissance hégémonique des États-Unis puisait non seulement dans leur capacité à utiliser la force, mais aussi dans un cadre normatif qui permettait de rendre cette utilisation invisible la plupart du temps et de la légitimer. Cependant, ces dernières années, les pratiques de la politique étrangère américaine montrent que ce cadre s'effrite rapidement et que la puissance entre dans une nouvelle phase.

Aujourd'hui, de nombreuses actions présentées comme des « succès » militaires ou politiques indiquent, lorsqu'on les examine de près, plutôt une légitimité en déclin qu'une expansion de la domination. L'hégémonie est un phénomène qui, dans l'histoire, ne se consolide qu'en gagnant le consentement ; quand elle n'est imposée que par la force, elle n'est pas durable. Si une puissance choisit de suspendre le droit, de désactiver des institutions et de normaliser l'usage brut de la force pour atteindre ses objectifs, cela indique plutôt un état d'usure que le sommet de la puissance. Dans ce contexte, les actions actuelles des États-Unis doivent être comprises comme des manifestations d'une défense de l'hégémonie plutôt que d'une expansion hégémonique.

Militairement, il n'est pas surprenant que les États-Unis puissent obtenir des résultats face à des acteurs non équivalents. Mais lorsque ces résultats militaires sont confondus avec le pouvoir politique, une erreur d'analyse apparaît. Le pouvoir politique ne consiste pas seulement à obtenir des résultats, mais aussi à construire un système qui garantisse la pérennité de ces résultats. Les gains actuels des États-Unis visent davantage à retarder l'effondrement du système existant qu'à établir un nouvel ordre. Par conséquent, le concept de «succès» a changé de contenu: gagner ne signifie plus étendre son influence, mais tenter de compenser la perte d'autorité.

La désaffection croissante du droit international est l'un des signes les plus évidents de ce processus. Bien que le droit ait souvent servi les intérêts des puissants, il est aussi le principal outil permettant à ceux-ci de maintenir leur pouvoir à moindre coût. Dans un environnement où le droit est suspendu et où les règles sont fixées arbitrairement, la puissance doit exercer davantage de coercition. Si cela ouvre parfois des marges de manœuvre à court terme, à long terme, cela engendre un système plus incertain, plus coûteux et plus instable pour tous. Les efforts américains pour affaiblir le droit ne font pas seulement peser un doute sur les normes mondiales, mais aussi sur leur propre position hégémonique.

Ce tableau implique que la puissance devient plus coûteuse. La caractéristique commune des puissances en déclin est qu'elles doivent dépenser de plus en plus de ressources pour atteindre le même résultat. Plus de personnel militaire, des budgets de sécurité plus importants, une propagande accrue et des mécanismes de contrôle interne renforcés sont les conséquences naturelles de ce processus. Aujourd'hui, les États-Unis donnent l'impression d'un acteur qui doit exercer plus de coercition pour maintenir sa position actuelle, plutôt que d'étendre son pouvoir. Cela montre que l'agression a un caractère plutôt défensif qu'expansif.

La constatation la plus claire à ce sujet est: l'Amérique n'est plus un acteur qui se renforce en gagnant, mais un acteur qui agit comme un vainqueur pour compenser ses pertes. Les actions présentées comme des succès ne reflètent pas une ascension historique, mais plutôt les symptômes d'une désintégration. Quand le pouvoir doit constamment faire ses preuves, il est déjà remis en question. Les pratiques d'aujourd'hui des États-Unis accélèrent la dégradation de l'ancien système plutôt que de construire un nouvel ordre mondial.

La question n'est donc pas de savoir si l'Amérique gagne ou non une action donnée, mais ce que cela signifie d'être obligé de lancer ces actions. La contrainte n'est pas l'expression de la puissance, mais la déclaration de ses limites. Et cette déclaration est aujourd'hui si évidente qu'elle ne peut plus être cachée.

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