Guillaume SUING
C'est LE sujet du moment, celui de toutes les angoisses, de tous les vertiges dystopiques. Beaucoup penseront d'ailleurs, pourquoi pas, que ce texte est signé ChatGPT. Appel à toutes les intelligences "naturelles" donc, pour s'en assurer ou s'en dissuader...
Nous sommes dans l'oeil d'une crise existentielle cyclonique, bien plus forte que celle de nos aïeuls luddites[1], puisque l'intelligence artificielle (IA) va s'imposer à la quasi-totalité du salariat, et plus seulement, comme c'est déjà le cas, à la seule classe ouvrière, par une automatisation exponentielle de la force de travail.
Crise économique oblige, doublée d'une crise morale, démultipliée par une crise climatique : Tout concourt à rejeter cette révolution technologique, noyés que nous sommes dans des questions de tous ordres sur l'avenir. C'est pourtant l'unanimité du rejet qui devrait nous interroger, par delà les diversions d'une peur du progrès consubstantielle à notre histoire humaine. Au niveau idéologico-politique bien sûr, mais aussi aux niveaux psychologique et épistémologique. Prenons les choses dans l'ordre.
Marx réfuté ?
Suivant de près la mécanisation industrielle qu'étudiait Marx, la robotisation ne date pas d'hier. L'angoisse de la fin du travail non plus. En fait, l'aliénation, déjà centrale dans son œuvre, ne fait que s'accentuer depuis deux siècles, avec le développement capitaliste. Or à moins de voir le "marché du travail" disparaître complètement un jour, s'accentuer signifie aussi se vérifier. L'appétit croissant du patronat pour supprimer nos jours fériés et allonger nos "durées de cotisation" ne plaide pas en faveur d'une théorie du "grand remplacement" du capital variable par le capital constant... Il semble d'ailleurs que les nouvelles usines chinoises[2] "entièrement automatisées" par plusieurs centaines de robots intégrant l'IA ne peuvent pas se passer d'une centaine d'ouvriers réparateurs permanents, qui gèrent l'entropie générale, loi fondamentale de la thermodynamique qu'aucune planification capitaliste ne saurait renverser.
Evidemment, l'accentuation de notre aliénation a de quoi faire peur. L'exemple de cette traductrice spécialisée dans la traduction de modes d'emploi de prothèses médicales[3] est symptomatique : son travail, loin d'être "remplacé", a été surtout dévalorisé par ChatGPT (60% de revenu en moins), tout en imposant un travail de relecture bien plus long et fastidieux. La barbarie capitaliste ne nous épargnera pas cette nouvelle opportunité, ce fugace rebond du taux de profit.
Pour une majorité d'intellectuels de plateau (Enthoven, Sadin, Julia,...), nous serions donc mal avisés d'exprimer quoi que ce soit de positif face à cette nouvelle révolution technique : Il faudra plutôt, à les entendre, revenir en arrière, retrouver les riches heures des Salons littéraires, renouer avec notre "Culture" avec un grand C, notre "génie français" perdu, sapé par les jeunes incultes d'aujourd'hui... Il faudra se rendre à l'évidence postmoderne : le progrès, c'est mal. C'était mieux avant, comme toujours. Et pourtant...
L'IA permet de gérer un tel torrent de données que des réponses aux grands problèmes climatologiques, agronomiques, pharmacologiques[4] et même, sous certaines conditions, économiques[5] sont désormais à portée de main. Qu'importe ! Il faut fustiger "l'abjecte horizontalité" des IA génératives, pour citer un auteur maurrassien[6] bien connu des réseaux sociaux. Sans rien proposer d'autre, puisque telle est l'habitude des réactionnaires millénaristes. Quelque soit l'ampleur des boycotts, l'IA s'imposera évidemment quoiqu'il arrive. C'est du moins mon point de vue, bassement matérialiste.
Je comprends, pour en être un moi-même après tout, qu'on puisse s'indigner du fait que les IA génératives dévaluent le capital culturel de la petite bourgeoisie française "lettrée", jusque-là bien à l'abri, grâce à une langue réputée ésotérique. Que n'a t-on assez de mépris pour la vulgarité de l'anglais ou la rugosité de l'allemand ? Combien méprise-t-on encore la langue arabe, dont le vocabulaire dépasse pourtant le nôtre d'un facteur dix ?
Le soudain malaise de la petite bourgeoisie vis-à-vis des IA génératives est effectivement une nouveauté, même si d'une certaine façon elle réédite le vol par les machines du riche savoir-faire artisanal pendant la première révolution industrielle. La crise existentielle de cette couche sociale trouve -c'est au fond ce qui est nouveau- un écho médiatique que les ouvriers et artisans de jadis n'ont pas eu. Comprenons-nous : je le regrette tout autant, sans aller jusqu'à m'émouvoir de cette "abjecte horizontalité".
Ce n'est pas l'horizontalité qui pose problème. Cette révolution technologique ne profitera, au contraire, qu'aux classes dirigeantes et aux détenteurs du capital culturel. Car pour se différencier de ChatGPT, il faudra redoubler d'esprit critique[7], d'inventivité conceptuelle, ce qui augmentera encore la domination de l'intelligentsia lettrée sur le "bas peuple" tout en dépréciant d'autant l'intellect de celui-ci. Le développement du "complotisme" naïf en a été, par exemple, un avant-goût. Le savoir est toujours (et peut être plus que jamais) une arme... et il faudra se battre durement, dans une nouvelle ramification du combat de classe, contre ce fossé qui se creuse aujourd'hui.
En attendant, constatons tout de même que l'IA apporte aux couches populaires acculturées par un système éducatif en ruine, des armes d'appoint inespérées pour s'exprimer, se défendre, connaître ses droits, etc. Moyens de lutte bien réels (pour peu qu'on soit "formé aux IA") qu'on ne saurait reprocher au militant syndical.
Le grand retour du dualisme...
De deux choses l'une : Soit l'IA générative est potentiellement une nouvelle forme de conscience, qui rivalise avec la nôtre (théorie de "l'IA forte"), soit elle ne peut être qu'une puissance de calcul, aussi gigantesque soit-elle, qui outille notre intelligence collective pour résoudre des problèmes bien réels sans pour autant innover conceptuellement (théorie de "l'IA faible"). Donc sans impacter vraiment notre capacité à penser, à évoluer, à progresser.
Les soviétiques, pionniers, auguraient déjà ce dilemme entre les deux théories, tout en y prenant clairement position de façon matérialiste : "L'intelligence artificielle, au sens littéral du terme, n'existe pas et n'existera pas"[8] affirmait un des pionniers en la matière, Germogen Pospelov, à l'Académie des Sciences en 1986. Pour la soviétologue Olessia Kirtchik : "L'approche soviétique de l'IA était caractérisée par une critique radicale de l'approche américaine"mécaniste"et"réductionniste"de l'intelligence humaine, et par une réticence à adopter le modèle cybernétique esprit-machine. Cette prémisse empêchait les théoriciens soviétiques de l'IA de considérer une machine intelligente, ou un ordinateur, comme une entité"pensante"à part entière." Pour eux, "les ordinateurs ne pouvaient pas produire des idées, des images ou des concepts véritablement nouveaux, mais seulement reproduire des modèles ou des clichés existants."[9]
La tradition matérialiste dialectique en URSS permettait même une seconde objection, d'ordre plus psychologique et liée à notre compréhension de l'intelligence humaine en elle-même. Compréhension sans laquelle on ne saurait comprendre l'IA, par analogie. La distinction se concentrait sur une approche moniste de l'intelligence et de la conscience.
Certains pensent ici, a contrario, que le développement des IA génératives produira une nouvelle "conscience", émergeant des réseaux électroniques comme la conscience humaine émergerait elle-même des réseaux neuronaux, sans leur être réductible. Cette conception, autorisée par une séparation virtuelle entre la conscience et la matière qui la conditionne -ou plus- entre le cerveau intelligent et le corps qui le nourrit, est indiscutablement une forme nouvelle de dualisme, au sens cartésien (le corps comme machine auquel s'ajoute une âme motrice). Un nouvel "animisme", très spéculatif et fort peu scientifique.
Le caractère pionnier des objections des soviétiques en la matière n'est sans doute pas un hasard : Leur tradition les mettait, si j'ose dire, à l'abri des deux approches typiquement occidentales, qui s'affrontent encore à grands traits chez nous aujourd'hui : Freudisme d'une part et constructivisme d'autre part.
En matière de psychologie comme dans beaucoup d'autres sciences, on doit généralement affronter une contradiction d'ordre épistémologique entre deux points de vue antagonistes, l'un mécaniste et réductionniste, l'autre plutôt vitaliste et dualiste. L'URSS a connu, comme ailleurs, ce type d'affrontements entre théoriciens, comme en agronomie, en biologie, et même en géologie. Mais ces affrontements ont souvent pu être ou ont été dépassés par l'analyse matérialiste dialectique, qu'on moquait à l'Ouest. A la même époque, ici, s'affrontaient (et souvent s'affrontent encore) le vitalisme freudien, remplaçant instinct par pulsions, et le mécanicisme piagétien, d'apparence plus matérialiste certes, mais qui minore clairement la dynamique propre à la vie, dynamique qui la distingue du monde inorganique[10].
D'un côté donc, la psychanalyse, pratique ésotérique assumée, feignant une approche "biologisante" pour dissimuler son caractère spéculatif et non-scientifique. Beaucoup de progressistes ont pu trouver cette approche plus libératrice, plus souple, plus douce que celle qu'on développait aux USA à la même époque pour manipuler les foules[11] ou traiter les troubles psychiques de façon brutale, rapide, standardisée et peu coûteuse.
De l'autre, une approche plus expérimentale, quoique antérieure à la révolution de l'imagerie cérébrale. Celle-ci, qui va du behaviorisme américain aux constructivistes français, parmi lesquels plusieurs marxistes d'ailleurs, en passant évidemment par l'influence structuraliste, aura plus facilement les faveurs du matérialiste. Et pour cause ; le fondateur de cette approche n'est autre que Ivan Pavlov, pionnier de la physiologie et de la psychologie expérimentale, "héros de la science soviétique" comme on disait jadis.
Il faut cependant tenter de comprendre comment le "néopavlovisme" soviétique, cette science qui a posé les principes de l'accouchement sans douleur (non chimique) ou des traitements (non chimiques) fondés sur l'effet placébo[12], a muté à l'Ouest en une pensée mécaniste et, disons-le franchement, hostile à la biologie[13] en tant que telle.
Je formule ici une hypothèse qui peut paraître caricaturale. Mais c'est le propre de toute proposition qu'étayent des expériences oubliées ou négligées, et humblement soumise à la critique collective : De Pavlov aux behavioristes, le retour du problème de l'acquis et de l'inné, passant de contradiction dialectique à opposition métaphysique, explique la mutation théorique hors du "rideau de fer".
Skinner négligeait sciemment l'innéité, trop biologisante, autant que Freud la considérait au contraire cruciale (pulsions). En ce sens, ni l'un ni l'autre n'y voyait une interaction dynamique entre les comportements instinctifs, c'est à dire les réflexes inconditionnels, et les fameux réflexes conditionnels générés et décrits par Pavlov[14] : Chez ce dernier, le réflexe inconditionnel est en effet bien différent de la "pulsion" psychanalytique : il est précablé par une histoire évolutive commune à toute l'espèce (et non spécifique au moi), dirigé vers la satisfaction d'un besoin vital (et s'éteignant avec lui) et non d'un plaisir insaisissable.
La plasticité cérébrale (découverte aussi par Pavlov puis vérifiée par la neurologie moderne), c'est-à-dire la capacité des neurones à se recâbler, non pas à partir de rien, mais sur la base d'un réseau préexistant et commun à tous, fait du cerveau le lieu d'un mouvement permanent, non seulement fondé sur l'inné, mais construisant l'acquis sur la base de "reconditionnements" de degrés successifs, base de la conscience individuelle (puis collective).
... ou celui de Pavlov
Cet acquis avait selon lui une capacité à devenir, dans certaines circonstances prédéfinies, héréditaire. Sa conception n'est pas restreinte à la seule "psychologie" du reste : C'est aujourd'hui la base de l'épigénétique au sens large, nouveau champ de recherche bousculant depuis quelques décennies les idées reçues de la génétique classique du vingtième siècle. Il ne s'agit pas d'une hérédité de l'acquis "lamarckienne" attribuée (à tort) au cas du cou des girafes de plus en plus long à mesure que les cimes s'élèvent, à force de tendre la tête vers le haut. C'est plutôt un mécanisme selon lequel, quand des conditions environnementales inhabituelles sont répétées sur plusieurs générations, la sur-expression d'un gène (ou son interruption), devenue avantageuse chez un individu, n'est plus "rebootée"[15] dans ses cellules sexuelles, et est conservée (sans répétition des conditions préalablement) pour de nombreuses générations ultérieures, de façon réversible si ces conditions ont durablement disparu. On trouvera en note un article sur cette capacité, illustrée par l'expérience d'un souvenir d'odeur alimentaire attractive, rendu héréditaire chez le ver Caenorhabditis elegans[16]. Modalité épigénétique identifiée, depuis, pour la plupart des espèces vivantes, animales et végétales. Les soviétiques se disaient non-lamarckiens de ce point de vue, et insistaient déjà sur l'importance de la répétition des conditions d'ébranlement initiales pour plusieurs générations, et la réversibilité du caractère hérité si ces conditions ne reviennent plus ensuite[17].
"On peut admettre que certains réflexes conditionnels nouvellement formés se transforment ultérieurement par l'hérédité en réflexes inconditionnels" disait Pavlov (L'expérience de 20 ans). Le psychologue soviétique néopavlovien Ezra Askarian précisait à propos de ces découvertes : "Confrontant continuellement les réflexes inconditionnels et les réflexes conditionnels, (...) Pavlov faisait remarquer en véritable évolutionniste que cette différence entre deux principaux genres d'activité nerveuse n'a qu'un caractère relatif : Il soulignait la liaison historique entre eux et la possibilité de transformer les réflexes conditionnels en réflexes inconditionnels sous l'influence d'une impérieuse nécessité historique" (Pavlov, sa vie, son oeuvre, 1953).
A l'époque où l'épigénétique n'était pas encore connue, les scientifiques occidentaux se moquaient de telles conclusions (et les niaient) : "Dans la conception de Pavlov, la notion de localisation n'entre pas en ligne de compte. Il parle de l'écorce cérébrale comme d'un tout, et ceci introduit une notion essentielle, celle de malléabilité[18], permettant ainsi une fonction correctrice du milieu. Nous rejoignons un des thèmes essentiels de l'éducation et de la psychiatrie soviétique, celui de la primauté du milieu, notamment humain. C'est pour des raisons analogues que la psychiatrie soviétique a rejeté avec un apriorisme outrancier le dogme de la génétique classique issu des travaux de Mendel, à savoir la non transmissibilité des caractères acquis." (Cyrille Koupernik, Psychiatrie soviétique, tendances et réalisations, 1962).
Dépasser l'opposition entre inné et acquis (imposée par la génétique classique) dans le sillage du néo-pavlovisme -oublié puis ravivé tacitement par l'épigénétique- permet peut-être de dépasser aussi la vieille hostilité des sciences humaines en général et de la psychologie matérialiste en particulier, vis-à-vis de la biologie : La biologie moderne a rompu avec la prédestination des gènes, codes porteurs de "sens" et supposant un mystérieux "encodeur". Chemin faisant, elle a renoué avec cet interactionnisme darwinien des origines, que ternissait l'idéalisme mendélien pendant une bonne partie du siècle dernier, y compris, sous une forme plus discrète, dans la génétique moléculaire (à l'époque de la cybernétique).
La croyance dans une intelligence artificielle qui remplacerait la nôtre n'oublie pas seulement le caractère collectif (donc dialectique, formée par la lutte et l'unité intellectuelle d'une large diversité d'individus) de l'intelligence humaine, mais aussi le fait qu'on ne saurait concevoir d'intelligence individuelle coupée des stimulations du milieu et de son action sur lui, émergeant du câblage nerveux de façon dualiste. Si on développe les conceptions dialectiques de Pavlov[19], on présentera le câblage nerveux comme une structure innée, tendanciellement "stable", mais dont la finalité (ou plutôt le mode d'existence) est de se reconditionner avec le milieu changeant, donc de perdre sa structure de départ en tant que telle. Impossible autoconservation donc, consubstantielle, si on élargit le raisonnement, au vivant lui-même[20].
... et de Vernadsky ?
En somme, la révolution des IA génératives est -aussi- l'occasion d'une révolution de la recherche en psychologie, d'une obligation nouvelle de mieux comprendre, de redéfinir notre psyché, notre conscience, notre intelligence (sans vouloir mélanger ces notions, pourtant liées), par comparaison, par confrontation à un nouveau problème, de taille. Si la cybernétique et l'informatique ont été jadis contemporains des thèses de psychologie constructiviste, structuraliste, bien souvent par proximité géographique et chronologique (ce qui est logique du point de vue d'une épistémologie matérialiste), les IA génératives seront, peut-être a contrario, l'occasion d'une différenciation cette fois, l'occasion d'un retour à la biologie, à la dynamique du vivant, loin des analogies faciles et des réflexes anti-scientifiques.
De son côté, l'IA peut renforcer à la fois la circulation des idées et des concepts (et non leur création, puisqu'elle ne fait que recycler l'existant) entre les hommes, et notre esprit critique vis-à-vis de leurs associations dans le langage (distinguer l'IA de ce qui reste authentique et innovant).
C'est moins l'IA que notre rapport à elle, qui inquiète aujourd'hui. Ce nouveau moyen de production (intellectuelle) est directement associé, comme outil, à ce que les matérialistes appellent l'intelligence humaine collective. Pour le meilleur (socialisme) ou pour le pire (capitalisme), son intervention massive sur la noosphère sera de toute façon incontournable, comme toute avancée scientifique et technique dans l'histoire humaine.
Nous allons vivre une crise épistémologique d'une ampleur qui dépassera peut-être celle qu'a vécue Lénine, quand il écrivait Matérialisme et empiriocriticisme au début du siècle dernier. A l'époque, les avancées historiques de la physique (relativité, physique quantique) ont conduit certains savants à s'exclamer avec angoisse : "la matière disparaît"[21]. C'était pour Lénine, recycler avec un semblant de modernité et sans Dieu, les thèses de l'immatérialisme de jadis.
Cette fois, deux directions épistémologiques sont possibles face à la robotisation de la noosphère, cet univers "matériel" des connaissances humaines, selon la façon qu'on aura de définir le concept de noosphère lui-même. Il est double : Il représentait d'une part une sphère matérielle (le savoir, enregistré sur des supports) indissociable des autres (biosphère, lithosphère, atmosphère, etc.) pour celui qui l'a décrit le premier, Vladimir Vernadsky, autre "héros de la science soviétique" et grand dialecticien (découvreur aussi du concept de biosphère, mieux connu).
Il représentait, d'autre part et à l'inverse, une sphère transcendante, détachée de nous et progressant vers sa finalité ultime (Dieu) pour un contemporain catholique très idéaliste de Vernadsky, Pierre Teilhard de Chardin.
A nous de lutter pour maîtriser l'aiguillage du train inarrêtable du progrès ! L'un est un tel développement des forces productives que le socialisme, nous libérant du travail aliéné, sera plus clairement encore à portée de main. L'autre est la fuite en avant d'un capitalisme agonisant, nous précipitant dans une aliénation centuplée par la technique, s'appuyant sur une vision idéaliste, nostalgique, fataliste et réactionnaire, donc utile à l'ennemi de classe.
Guillaume Suing
