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Des policiers transportent un cercueil à l'aéroport militaire de Sion, après l'incendie du bar Le Constellation à Crans-Montana, le 5 janvier 2026. [Photo d'illustration]
Cinq jours après le drame du bar Le Constellation à Crans-Montana, qui a fait quarante morts et 116 blessés, l'avocat d'une dizaine de familles suisses de victimes pointe du doigt la suppression de vidéos et photos de la soirée par les gérants. Il interpelle également la commune sur l'absence totale de contrôles pendant cinq ans, malgré ses moyens.
Le 7 janvier, Romain Jordan, avocat de plusieurs familles suisses touchées par l'incendie survenu dans la nuit du Nouvel An au bar Le Constellation, a dénoncé ce qu'il qualifie de « destruction de preuves ». Selon lui, les gérants du bar ou une personne de leur entourage auraient suspendu l'accès aux pages Facebook et autres réseaux sociaux de l'établissement, supprimant ainsi des photos et vidéos de la soirée du réveillon. « Ça démontre qu'il y avait conscience d'un problème et qu'on a cherché à le minimiser », accuse-t-il.
L'avocat attire particulièrement l'attention sur une vidéo datant de 2019, diffusée par la Radio Télévision suisse, dans laquelle un serveur du bar s'inquiète d'un feu sur le plafond en mousse lors d'un réveillon précédent. « Cette vidéo est sidérante. Il y avait conscience de ce risque et possiblement une acceptation de celui-ci », explique-t-il. D'un point de vue juridique, cette connaissance préalable du danger pourrait modifier la nature des poursuites, passant d'une négligence à ce qui pourrait être considéré comme une forme d'homicide intentionnel.
L'absence de contrôles depuis 5 ans
Au-delà des gérants, l'avocat pointe également du doigt la commune de Crans-Montana, qui a reconnu le 6 janvier un manquement dans les contrôles périodiques. Le bar n'aurait été inspecté aucune fois entre 2020 et 2025, alors que la loi impose un contrôle annuel. « Cinq ans sans contrôle, ce n'est pas par manque de moyens. La commune de Crans-Montana est riche. Il y a une incompréhension totale et une consternation complète du côté des familles », souligne Romain Jordan.
Selon lui, l'enquête devra examiner la chaîne de responsabilités administratives, depuis le président de la commune jusqu'aux fonctionnaires chargés des inspections. « Plusieurs maillons de cette chaîne seront vraisemblablement sur la sellette », précise l'avocat, qui insiste sur le fait que ce manquement prolongé est un élément clé pour comprendre comment un tel drame a pu se produire.
Le président de la commune, équivalent du maire en Suisse, a reconnu ses responsabilités mais a annoncé son intention de se constituer partie civile, une démarche que l'avocat des familles juge « juridiquement insoutenable » et motivée par une stratégie, dénonçant le cynisme de cette position.