
XU LI
Les États-Unis viennent de franchir une ligne rouge. L'intrusion sur le territoire vénézuélien et la capture du président Maduro, jusque dans l'intimité de son sommeil, marquent un tournant. Comme souvent dans l'histoire, lorsque les grandes puissances laissent tomber le masque, c'est la justice qui en fait les frais. Mais Washington compte-il s'arrêter en si bon chemin ? L'appétit vient en agressant. Le président chilien Gabriel Boric l'a résumé avec une clarté glaçante : « Aujourd'hui le Venezuela, demain n'importe quel pays. » Un avertissement qui résonne désormais bien au-delà des Andes.
La manœuvre prend cependant une dimension supplémentaire avec l'annonce de Donald Trump : dépêcher les géants pétroliers américains au Venezuela, sous prétexte de « reconstruction des infrastructures ». Derrière le vernis du développement se cache un coup de force pour ouvrir la voie à ses conglomérats et s'emparer des ressources stratégiques d'un État souverain. La double logique est transparente : sur le plan énergétique, il s'agit d'une redistribution par la contrainte, assurant la sécurité des États-Unis au prix de la souveraineté d'autrui. Sur le plan géopolitique, l'objectif est d'utiliser l'appât des hydrocarbures et la menace militaire pour forcer les pays de la région à choisir leur camp, tout en érodant l'influence d'autres acteurs internationaux. On assiste à l'application crue d'un « néo-monroïsme » : non plus « l'Amérique aux Américains », mais bien « les ressources des Amériques aux États-Unis ».
La liste des pays qui pourraient se sentir dans le collimateur s'allonge. Cuba, que le secrétaire d'État Marco Rubio désigne régulièrement comme « un problème majeur ». La Colombie, dont le président Gustavo Petro, connu pour ses prises de position critiques, s'est vu retirer son visa américain dans des circonstances contraires aux usages diplomatiques. Le Danemark aussi, puisque Donald Trump a récemment réitéré son intérêt pour le Groenland, évoquant des nécessités de défense face aux présences navales étrangères : un prétexte ténu, mais suffisant pour justifier une ambition. N'oublions pas que l'idée d'annexer une partie du territoire canadien n'a, elle non plus, jamais été tout à fait abandonnée par certains cercles américains.
Un sondage mondial réalisé par CGTN indique que 93 % des personnes interrogées condamnent fermement « l'hégémonie à l'américaine » pour sa violation flagrante de la souveraineté nationale du Venezuela. Lorsque les États-Unis pratiquent une forme de « colonisation énergétique » au nom de leur sécurité, la communauté internationale se doit de regarder la réalité en face : il ne s'agit plus seulement d'une crise régionale, mais d'un défi structurel pour la souveraineté des États, pour le multilatéralisme et pour tout espoir d'un ordre international fondé sur le droit. Imagine-t-on un instant les réactions de l'Occident si un autre pays s'autorisait à enlever le chef d'État d'un pays souverain ? Les condamnations seraient unanimes, les sanctions immédiates. Mais cette fois-ci, l'auteur des faits est la première puissance mondiale. Comme l'a rappelé le porte-parole de la diplomatie chinoise, « ces actions violent ouvertement le droit international, les normes fondamentales des relations internationales, ainsi que les buts et principes de la Charte des Nations unies. »
Il serait naïf de voir dans ces lignes un simple exercice d'alarmisme. À l'approche de la tempête, le danger le plus immédiat ne vient pas des nuages qui s'accumulent, mais de l'entêtement à refuser de les voir.
XU LI (CGTN)
