
Par Pepe Escobar, le 8 janvier 2026
La situation pétrolière au Venezuela est bien plus complexe que ne le soupçonne le gang Donald 2.0.
Commençons par les nouveaux édits du néo-Caligula sur la satrapie impériale dont il dit désormais être propriétaire. Ce ne sont pas exactement des édits, plutôt des menaces directes adressées à la présidente par intérim Delcy Rodriguez :
- Réprimer les "flux de trafic de drogue". En réalité, ces mesures devraient concerner les trafiquants colombiens et mexicains de mèche avec les gros acheteurs américains.
- Expulser les Iraniens, les Cubains et autres "agents hostiles à Washington" avant que Caracas ne soit autorisé à augmenter sa production de pétrole. Cela n'arrivera pas.
- Cesser les ventes de pétrole aux "adversaires des États-Unis". Cela n'arrivera pas.
Par conséquent, le néo-Caligula va très certainement bombarder à nouveau le Venezuela.
Le néo-Caligula, dans une nouvelle offensive verbale, a également précisé son intention de réformer quelque peu le secteur pétrolier au Venezuela par le biais de subventions. Cela "pourrait prendre moins de 18 mois", puis le discours a évolué vers "nous pouvons le faire en moins de temps, mais cela coûtera beaucoup d'argent", et enfin "il faudra énormément d'argent, et ce sont les compagnies pétrolières qui le dépenseront".
Non, elles ne le feront pas, comme l'ont déjà fait remarquer plusieurs "initiés du secteur". Les grandes entreprises énergétiques américaines hésitent à investir des fortunes dans un pays qui pourrait sombrer dans le chaos total si le néo-Caligula impose un gouvernement traître à plus de 28 millions de personnes.
Selon Rystad Energy Analysis, il faudrait pas moins de 16 ans et au moins 183 milliards de dollars pour que le Venezuela produise seulement 3 millions de barils de pétrole par jour.
Le rêve ultime de Neo-Caligula est de ramener les prix mondiaux du pétrole à un maximum de 50 dollars le baril. À cette fin, le projet impérial Trump 2.0 contrôlera, en théorie, totalement PDVSA [Petróleos de Venezuela SA, la compagnie pétrolière appartenant à l'État vénézuélien], y compris l'acquisition et la vente de la quasi-totalité de sa production pétrolière.
Le secrétaire américain à l'Énergie, Chris Wright, a vendu la mèche lors d'une conférence sur l'énergie organisée par Goldman Sachs :
"Nous allons commercialiser le pétrole brut en provenance du Venezuela, en commençant par les stocks accumulés [jusqu'à 50 millions de barils], puis, par la suite, nous vendrons sur le marché toute la production du Venezuela".
En substance, le projet néo-Caligula veut accaparer, voire voler, la vente du pétrole brut de PDVSA, l'argent étant théoriquement déposé sur des comptes offshore contrôlés par les États-Unis au "profit du peuple vénézuélien".
Le gouvernement intérimaire de Delcy Rodriguez n'acceptera en aucun cas ce qui s'apparente à un vol pur et simple. Même si le conseiller à la sécurité intérieure Stephen Miller se vante que les États-Unis recourent à la "menace militaire" pour maintenir leur contrôle sur le Venezuela. Si vous contrôlez vraiment la situation, vous n'avez pas besoin de menaces, si ?
Et la Chine ?
La Chine importait environ 746 000 barils de pétrole par jour du Venezuela. C'est peu. Pékin s'efforce déjà de le remplacer par des importations en provenance d'Iran. La Chine n'est pas vraiment dépendante du pétrole vénézuélien. Outre l'Iran, elle peut également s'approvisionner en Russie et en Arabie saoudite.
Pékin comprend clairement que la surenchère impérialiste dans l'hémisphère occidental et en Asie occidentale ne concerne pas que le pétrole, mais vise surtout à forcer la Chine à acheter de l'énergie avec des pétrodollars. Ridicule, car avec la Russie, le golfe Persique et au-delà, tout repose déjà sur le pétroyuan.
La Chine est indépendante à 80 % sur le plan énergétique. Le Venezuela ne représentait en réalité que 2 % des 20 % d'importations chinoises, selon les chiffres du gouvernement américain.
Les relations énergétiques de la Chine avec le Venezuela vont bien au-delà des formules américaines bas de gamme. Voiciun résumé succinct de la façon dont
"les accords pétroliers chinois avec le Venezuela sont de facto des contrats financiers contraignants, avec des mécanismes de remboursement, des systèmes de garantie, des clauses pénales et des liens dérivés profondément ancrés dans la finance mondiale (...) Ils sont liés, directement et indirectement, aux institutions financières occidentales, aux négociants en matières premières, aux assureurs et aux systèmes de compensation, y compris les entités liées à Wall Street. Si ces contrats sont rompus, la Chine ne subira pas une simple 'perte'. L'effet domino sera immédiat : les défauts de paiement entraîneront un risque pour les parties prenantes, les produits dérivés seront réévalués, des litiges juridiques traverseront les juridictions et un choc de confiance se propagera.À un certain stade, cela cessera d'être un problème vénézuélien pour devenir un problème mondial systémique".De plus, "au cours des vingt dernières années, la Chine est devenue le cœur opérationnel de l'industrie pétrolière vénézuélienne. Non seulement en tant qu'acheteur, mais aussi en tant que constructeur. La Chine a fourni la technologie de raffinage, les systèmes de valorisation du brut lourd, la conception des infrastructures, les logiciels de contrôle, la logistique des pièces de rechange (...) Sans les ingénieurs chinois, sans les techniciens maîtrisant la logique de contrôle, sans les chaînes d'approvisionnement pour la maintenance, sans le support logiciel, ce qui reste n'est pas une industrie pétrolière fonctionnelle en attente de 'libération', mais une coquille vide".
Conclusion : "La conversion du secteur pétrolier vénézuélien développé par la Chine en un secteur américain prendrait au minimum trois à cinq ans".
L'analyste financier Lucas Ekwame soulève les points essentiels. Le Venezuela produit un pétrole super lourd, aussi épais que du goudron. Il ne s'écoule pas naturellement. Il doit fondre pour atteindre la surface, et après extraction, il durcit à nouveau, nécessitant un diluant : pas moins de 0,3 baril de diluant doit être importé pour chaque baril exporté.
Ajoutez à cela l'infrastructure énergétique du Venezuela, conçue par la Chine et soumise depuis des années à des sanctions américaines encore plus lourdes que celles imposées à l'Irak au début des années 2000, et la "stratégie" pétrolière erronée du néo-Caligula saute aux yeux.
Cela ne change bien sûr rien à la fête à court terme des vautours des fonds spéculatifs impérialistes sur la carcasse du Venezuela, à commencer par l'effroyable Paul Singer, le gestionnaire de fonds spéculatifs sioniste milliardaire et donateur du super PAC MAGA (42 millions de dollars en 2024) dont la société Elliott Management a acquis en novembre la filiale de CITGO basée à Houston pour 5,9 milliards de dollars, soit moins d'un tiers de sa valeur marchande de 18 milliards de dollars, grâce à l'embargo sur les importations de pétrole vénézuélien.
Les spéculateurs financiers sont assurés d'empocher jusqu'à 170 milliards de dollars sur le marché de la dette. À elles seules, les obligations PDVSA en défaut de paiement représentent plus de 60 milliards de dollars.
La situation pétrolière au Venezuela est donc bien plus complexe que ne le soupçonne le gang Trump 2.0. Bien sûr, on peut imaginer un scénario dans lequel le vice-roi du Venezuela, ce gusano de Marco Rubio, coupe l'approvisionnement en pétrole de Caracas à Shanghai. À en juger par l'"expertise" stratégique de Rubio, il ferait mieux de se mettre tout de suite à mobiliser des bataillons de juristes.
Traduit par Spirit of Free Speech