13/01/2026 ssofidelis.substack.com  8min #301738

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L'inacceptable des manifestations en Iran (et ailleurs)

Par  Nate Bear, le 13 janvier 2026

Les manifestations en Iran, au Venezuela et dans les nombreux autres pays visés par les changements de régime occidentaux présentent un aspect acceptable, et un aspect inacceptable.

En tant que consommateurs de médias occidentaux, nous ne verrons jamais que l'aspect acceptable.

Vous devez savoir de quoi je parle, car on nous montre en boucle cette image acceptable de l'Iran depuis des jours. On y voit des gens manifestant contre le gouvernement iranien, scandant des slogans antigouvernementaux et brûlant des photos des dirigeants iraniens.

Mais en tant que consommateurs de médias occidentaux, nous ne verrons jamais la face inacceptable.

Vous ne verrez jamais les manifestations pro-gouvernementales, les gens scandant des slogans en faveur de leur gouvernement et contre l'impérialisme, ni ceux brûlant des photos des élites nationales en exil prétendant être les dirigeants légitimes du pays.

Vous ne verrez jamais les  énormes manifestations dans les villes d'Iran en soutien au gouvernement et à la révolution.

Vous ne verrez jamais les  jeunes femmes brûlant des photos de Reza Pahlavi, le prince en exil et fils du Shah corrompu renversé par la révolution, qui se proclame pourtant sauveur du pays.

Vous ne verrez pas non plus les images de cette jeune femme traitant Reza Pahlavi de  "chien que nous avons chassé d'Iran et qui ne doit jamais revenir".

Pour un public occidental, ce type de jeunes Iraniennes pourrait tout aussi bien ne pas exister.

Vous ne verrez jamais ces images, car Pahlavi est l'homme de l'Occident. Il est prêt à livrer le pays à l'Occident et à collaborer avec Israël et les sionistes, tout comme l'a fait son père.

Les seuls jeunes Iraniens (et les femmes en particulier) que les médias occidentaux nous permettent de voir sont ceux qui collent parfaitement aux stéréotypes de l'impérialisme.

Vous ne verrez jamais ceux qui protestent contre la résurgence écœurante et grotesque de la monarchie.

Ces visages sont censurés par les médias occidentaux.

La raison en est évidente.

Montrer des Iraniens soutenant leurs dirigeants actuels et s'opposant au retour de la monarchie ne sert aucun objectif impérialiste.

Les images que nous voyons sont délibérément conçues pour nous préparer à la violence impériale et au changement de régime.

Lorsque les missiles commenceront à pleuvoir depuis les avions de chasse et les navires de guerre américains, il faudra impérativement comprendre ce que veulent les Iraniens.

Lorsque le dirigeant soutenu par l'Occident montera sur le trône (comme ce serait le cas en Iran), il faudra alors envisager cela comme une victoire pour le peuple.

Mais quelle victoire pour quel peuple ? Ce point n'est jamais abordé.

Il en va de même pour le Venezuela.

Nous n'avons vu sur aucun de nos écrans la moindre image des  manifestations monstres qui durent depuis une semaine au Venezuela pour soutenir Maduro.

On ne saura jamais que des millions de personnes en Iran, au Venezuela, à Cuba ou dans les innombrables autres pays figurant sur la liste des régimes à abattre ne souhaitent pas la chute de leur gouvernement.

On ne saura jamais que des millions de personnes ne souhaitent pas de changement de régime, et encore moins par le biais d'une intervention occidentale, car ce sont des gens dotés d'une denrée rare, pour ne pas dire en voie de disparition en Occident : une conscience révolutionnaire.

L'Iran et le Venezuela modernes sont tous deux le fruit d'une révolution qui a chassé les élites dirigeantes corrompues, alignées sur les dirigeants néolibéraux occidentaux.

Le shah avec son fils, le prince héritier aujourd'hui en exil, après son couronnement en 1967

La révolution iranienne de la fin des années 1970 et la révolution bolivarienne des années 1990 ont été des révolutions populaires rassemblant des couches sociales très disparates.

Les gens savent ce qu'ils ont enduré pour y parvenir.

Ils savent quel est le véritable ennemi.

Cette réalité est systématiquement occultée par les partisans du changement de régime dans les médias et la classe politique occidentaux.

Exactement comme tout autre contexte impliquant l'Occident impliqué dans la fomentation de troubles.

Les sanctions punitives imposées aux pays non alignés du Sud illustrent de manière flagrante la stratégie des États-Unis et des pays occidentaux pour instaurer un climat de troubles et de chaos.

Les sanctions américaines et occidentales contre le Venezuela, l'Iran et tous les pays visés par un changement de régime impérialiste ont des conséquences dévastatrices pour les populations. Et c'est précisément l'objectif recherché, parfois même ouvertement revendiqué.

En 2019, Mike Pompeo, alors secrétaire d'État,  s'est exprimé sur  CBS News en ces termes :

"Nos sanctions aggravent considérablement la vie du peuple iranien, et nous sommes convaincus qu'elles l'amèneront à se soulever contre le régime".

Les sanctions contre l'Iran ont provoqué une  une pénurie critique de médicaments, notamment de traitements contre le cancer, et ont fait grimper les prix des produits de première nécessité pour les Iraniens lambda. Il en va de même au Venezuela, où les sanctions ont été délibérément conçues pour paralyser l'économie et provoquer un soulèvement, tout comme en Iran.

Nier le rôle de l'Occident dans la propagation du chaos et de la misère par le biais de la guerre économique dans les pays non alignés du Sud relève de la véritable CONNERIE impérialiste.

Ce que les Iraniens souhaitent réellement ne correspond pas à ce dont vous entendrez parler dans les médias impérialistes.  Selon les journalistes et universitaires iraniens, l'intervention que le peuple iranien souhaite par-dessus tout, c'est la levée des sanctions américaines.

Cette situation met en évidence un autre constat : les gouvernements dénoncés et condamnés par les élites occidentales ne sont jamais laissés livrés à eux-mêmes.

L'influence impériale est toujours dans la balance. Et lorsque, sous une pression immense et écrasante, elle finit par opter pour l'empire, on y voit une victoire organique des forces de la liberté et de la démocratie.

C'est d'ailleurs vraiment inquiétant qu'on puisse y croire. Étrêmement dérangeant. Mais de nombreux Occidentaux du noyau impérial, abreuvés jour après jour de propagande occidentale, finissent par y croire réellement.

Cela ne signifie pas pour autant que tout le monde en Iran, au Venezuela ou à Cuba approuve son gouvernement. Certains Iraniens, Vénézuéliens et Cubains souhaitent évidemment changer de gouvernement. Tout comme certains Américains, Britanniques, Allemands, Canadiens et citoyens de tous les autres pays de la planète aimeraient aussi se débarrasser de leur gouvernement.

Mais l'Occident, sous la houlette des États-Unis, est le seul à s'arroger le droit moral de dicter aux citoyens d'autres pays qui devraient diriger leur pays. Seul l'Occident abuse de son pouvoir pour se poser en arbitre du changement. Seul l'Occident, qui déclenche des guerres illégales les unes après les autres, finance et participe aux génocides et assassine des millions de personnes, y compris ses propres citoyens, a l'audace de se poser en donneur de leçons en matière de violence d'État.

Et bien sûr, lorsqu'il s'agit de promouvoir des alternatives, les élites occidentales privilégient toujours les dirigeants de l'opposition qui vendront leurs industries et leurs ressources naturelles à l'Occident.

Seul un impérialiste ou un imbécile peut croire à de telles coïncidences.

Et pourtant, le gouvernement vénézuélien tient bon.

Le gouvernement de Cuba aussi.

Le gouvernement iranien, cerné par ses ennemis, une bande de psychopathes et de fascistes dotés de l'arme nucléaire à l'ouest, ne fléchit pas.

Que ces révolutions, soumises à de telles pressions, n'aient pas encore été vaincues témoigne de l'esprit, de la résilience morale et des capacités d'organisation des anti-impérialistes en Iran, au Venezuela et à Cuba.

Et pourtant, même certains prétendus progressistes n'ont pas pu s'empêcher de stigmatiser l'Iran, de relayer la propagande en faveur d'un changement de régime.

Soyons très clairs : ce n'est pas aux Occidentaux complaisants, confortablement établis au cœur de l'empire, les mains tachées de sang et de richesses volées, de se prononcer sur la nature répréhensible d'un processus révolutionnaire qu'ils n'ont jamais eu le courage d'entreprendre.

Ce n'est pas aux militants de gauche aux allures d'esthètes, qui voient leurs propres gouvernements emprisonner des militants anti-génocide et tuer des manifestants, de se prononcer sur la liberté et les droits humains partout dans le monde.

Notre rôle consiste à mettre un peu d'ordre dans notre propre pays, tout en résistant à la propagande qui cherche à décider à notre place qui a le droit d'exister, et qui ne l'a pas.

Traduit par  Spirit of Free Speech

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