15/01/2026 mondialisation.ca  20min #301936

Le bilan d'un an du régime étasunien de Donald Trump : peu de réalisations, mais beaucoup de division, de destruction et d'agression

Par  Prof Rodrigue Tremblay

« Il est important... que les habitudes de pensée d'un pays libre inspirent la prudence à ceux qui sont chargés de son administration, qu'ils se limitent à leurs sphères constitutionnelles respectives, évitant d'empiéter sur les pouvoirs d'un département dans l'exercice de leurs fonctions. L'esprit d'empiétement tend à consolider les pouvoirs de tous les départements en un seul et à créer ainsi, quelle que soit la forme de gouvernement, un véritable despotisme. » George Washington (1732-1799), un père fondateur et le premier président américain (1789-1797), (dans un discours d'adieu, publié le 19 sept., 1796).

[Jeffrey Epstein] est d'une compagnie très agréable. On dit même qu'il aime les belles femmes autant que moi, et beaucoup d'entre elles sont plutôt jeunes... Donald Trump (1946-), tel que rapporté dans un article dans la revue  New York Magazine, le 28 octobre, 2002, « Jeffrey Epstein: International Moneyman of Mystery«.

« Le pouvoir tend à corrompre et le pouvoir absolu corrompt absolument. » John Dalberg-Acton (1834-1902), historien et moraliste anglais, (dans une lettre à un évêque anglican, 1887).

Comment peut-on évaluer le bilan du régime étasunien de  Donald Trump 2.0 quand, au cours de l'année écoulée, le président américain a violé plusieurs lois nationales et internationales et plusieurs traités, et rejeté tous les précédents, toutes les conventions, toutes les coutumes et tout bouleversé !

I- Depuis le 20 janvier 2024, le président américain Donald Trump (1946-) a fait montre d'un caractère instable et prédateur et d'un jugement douteux

Après un an au pouvoir, l'homme d'affaires Donald Trump n'a pas montré les qualités que la plupart des gens souhaitent voir chez un chef d'État dans une démocratie : compétence, modération, honnêteté, fiabilité, jugement, compassion, humanisme, empathie, responsabilité, stabilité et un respect pour la vie humaine et pour la  règle de droit.

Puisque Donald Trump ne semble posséder aucune de ces qualités, son  caractère prédateur et violent, son égocentrisme démesuré, son manque d'éthique et de moralité, son ignorance et son incompétence font de lui un homme politique extrêmement dangereux.

Au cours des annés, il s'est fait une  réputation, auprès de nombreux psychiatres et psychologues, d'être une  personnalité narcissique, tyrannique et instable, autrement dit une personne centrée sur elle-même et « qui prend plaisir à exercer son pouvoir ou son autorité de manière injuste et cruelle ».

Ce qui le rend dangereux, comme sa  directrice de cabinet l'a confié au magazine Vanity Fair, c'est que son patron a la « personnalité d'un alcoolique », qui n'a pas pleinement conscience des conséquences de ce qu'il dit ou fait. Il est aussi tellement peu sûr de lui-même qu'il a développé une  soif d'éloges insatiable et infantile et qu'il est continuellement à s'auto-congratuler et à  mentir.

• Son implication alléguée dans le scandale sexuel international de Jeffrey Epstein avec des jeunes filles mineures

Donald Trump a été accusé de dépravation sexuelle, en raison de ses  accusations pour viol. Il a aussi entretenue une longue  association avec son riche voisin et ami en Floride, Jeffrey Epstein, un criminel sexuel condamné pour avoir dirigé un important réseau international de  trafic sexuel de mineures.

Une fois devenu président, (malgré qu'il ait  promis de le faire en campagne électorale), M. Trump a refusé de rendre public les millions de pages dans les  dossiers Epstein du ministère américain de la Justice. Une telle publication pourrait mettre en lumière son présumé rôle dans le système de racolage de mineurs à des fins de prostitution mis en place par Jeffrey Epstein.

Le Congrès américain a adopté le 18 novembre 2025, une loi intitulée 'Epstein Files Transparency Act', laquelle oblige formellement le gouvernement Trump de rendre public tous les documents contenus dans les dossiers Epstein, un mois plus tard, mais sans grand succès.

Malgré la loi adoptée par le Congrès américain, il y a de fortes chances que l'implication de Donald Trump dans le scandale ne soit jamais formellement connue. L'Administration Trump 2.0 pourrait détruire les preuves ou les retenir indéfiniment, tout en lançant des guerres à l'étranger pour faire diversion.

II- Les abus de pouvoir et la censure étatique contre la liberté d'expression

Le président étasunien a abusé de son pouvoir dans de nombreux domaines, notamment en ce qui concerne l'indépendance du ministère de la Justice. Il a même nommé son propre avocat au poste de procureur général adjoint au sein du ministère.

Il a également  instrumentalisé le système juridique et judiciaire américain et le gouvernement américain en entier, en lançant des  accusations arbitraires contre des personnes considérées comme ses 'ennemis politiques' présumés, aux frais des contribuables, pour se venger et pour les punir.

Par ailleurs, Donald Trump a également abusé du  pouvoir présidentiel de gracier des criminels. Il a commué les sentences de centaines de sympathisants condamnés par la justice, dont certains sont des  donateurs politiques, tandis que d'autres sont très proches des intérêts financiers de son entreprise privée et des entreprises de sa famille immédiate. (N. B.: Il a ordonné par décret plus de 1 500 annulations de condamnations par des cours de justice en une seule année, un record absolu.)

• En matière d'immigration, il est vrai qu'un pays a le droit de sélectionner ses immigrants. La manière cependant dont le gouvernement Trump a lancé des poursuites  cruelles contre des personnes vivant déjà aux États-Unis a suscité l'indignation.

En effet, faire arrêter des personnes par des  hommes de main armés et masqués, puis de les enfermer dans des cages servant de camps de concentration, que ce soit dans le pays ou à l'étranger, sont des actes cruels, digne d'un État policier. Certains Étasuniens ont même été  tués par la police d'immigration étasunienne (ICE) d'une manière horrible.

Il faut comprendre que de nombreux éléments du programme politique radical de D. Trump, et le fait de recourir à des  tactiques autoritaires pour intimider ses victimes, sont tirés d'un document de 920 pages intitulé « Projet 2025 », (également connu sous le nom de Projet de transition présidentielle 2025). Il s'agit d'un plan pour transformer en profondeur le gouvernement fédéral américain. En effet, l'objectif central du plan est de « proposer un programme de gouvernement, non seulement pour janvier prochain (2025), mais pour des années à venir ».

Fidèle à son approche égocentrique et  autocratique de la politique, et contrairement aux présidents américains précédents, le président D. Trump ne se considère pas le président de tous les Étasuniens, mais seulement de ceux ou celles qui  adhèrent à sa vision politique. C'est pourquoi il attise la haine et suscite la peur, et il encourage des divisions profondes dans son pays.

De plus, sans tenir compte du premier amendement de la Constitution américaine, le président D. Trump se comporte souvent comme s'il voulait nier la  liberté d'expression de ses  adversaires politiques.

En effet, Trump a fait, à répétition, des remarques désobligeantes et lancé des  insultes et des menaces, dignes d'un chef de la mafia, contre des journalistes, des intellectuels, des artistes et des  présentateurs de télévision, qui osent le critiquer, lui ou son équipe, niant ainsi leur droit fondamental à la liberté d'expression.

Ce fut notamment cas des  poursuites judiciaires ou d'autres formes de pression et de menaces concernant les licences d'opération qu'un président Trump égocentrique et ses acolytes ont lancées contre des médias américains, pour qu'ils congédient des humoristes qui leur déplaisent, dans le but de les intimider et de les réduire au silence.

III- Les attaques de D. Trump contre la constitution américaine et sa corruption politique

Les États-Unis ont une excellente constitution, conçue de manière à empêcher des despotes, des tyrans et des intérêts particuliers de s'emparer du gouvernement. Cela a été fait en consacrant dans celle-ci le principe de la séparation des pouvoirs et celui d'un système de freins et de contrepoids entre les différentes composantes du gouvernement.

Ce sont là des protections constitutionnelles que D. Trump, depuis son inauguration de janvier 2025, a vite fait de  fouler aux pieds, et il a centralisé la plupart des leviers de pouvoir politique à la Maison Blanche.

Ce faisant, D. Trump a montré son intention de ne point respecter son serment officiel de « préserver, protéger et défendre la Constitution des États-Unis ».

• La corruption politique du gouvernement de D. Trump atteint des niveaux inégalés

Le journal  New York Times a fait une recherche sur l'étendue de la corruption politique de Donald Trump. À titre d'exemple, le journal a analysé comment, après l'élection de 2024, quelques 346 donateurs de D. Trump ont bénéficié d'avantages de l'administration Trump 2.0, en échange de contributions monétaires totalisant plus de 500 millions de dollars.

Tout semble indiquer que le politicien Trump est le président  le plus corrompu de l'histoire des États-Unis.

IV- Comment la Cour Suprême américaine a joué un rôle dans la chute de la démocratie aux États-Unis

En juin 2008, en janvier 2010 et en juillet 2024, une majorité de la Cour Suprême américaine a rendu trois importantes décisions constitutionnelles.

a- Dans le premier cas, la décision portait sur un droit personnel limité de porter des armes en public, afin d'être en mesure de « joindre une milice bien organisée ». En effet, le deuxième amendement de la Constitution américaine se lit comme suit : « Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d'un État libre, le droit du peuple de détenir et de porter des armes ne doit pas être transgressé. »

Or, dans un jugement rendu le 26 juin 2008  District of Columbia v. Heller, une majorité républicaine de 5 juges contre 4 interpréta plutôt le droit individuel de posséder et de porter des armes comme étant un droit presqu'absolu. En effet, la majorité républicaine y substitua l'objectif d'une « défense légitime à l'intérieur d'un domicile » à l'objectif de pouvoir joindre une « milice bien organisée », ce qui a élargi considérablement le droit de posséder et de porter des armes.

b- Dans le deuxième cas, dans un jugement rendu le 21 janvier 2010, encore par une majorité de 5 juges contre 4 Citizens United v. FEC, la décision concernait le droit des sociétés et des syndicats de dépenser des sommes d'argent presque illimitées lors des élections, selon l'argument que 'dépenser de l'argent' était une « forme d'expression ». Ce droit ne doit pas être réservé aux seuls citoyens ayant droit de vote, mais doit, selon la Cour être étendu à des organisations légalement constituées. Cependant, l'argent en politique est beaucoup plus qu'une simple 'expression', c'est surtout un instrument pour accéder au pouvoir politique et pour influencer les gouvernements élus.

c- En troisième lieu, le 1er juillet 2024, la Cour Suprême étasunienne a rendu une décision historique, très favorable à l'actuel occupant de la Maison Blanche.

En effet, divisée par 6 voix contre 3, elle a statué, dans l'affaire Trump contre les États-Unis, qu'un président américain en exercice bénéficiait d'une large  immunité contre des poursuites pour des actes criminels commis dans l'exercice de ses fonctions, violant ainsi le principe ancestral selon lequel « nul n'est au-dessus des lois ». N'oublions pas non plus que Donald Trump est le seul ancien président ou président en exercice des États-Unis à avoir été reconnu coupable de  crimes graves.

[N.B. : Parmi les neuf juges actuellement en fonction à la Cour Suprême des États-Unis, six ont été nommés par un président républicain et trois ont été nommés par un président démocrate.]

V- Une politique économique isolationniste et protectionniste envers les autres pays

En termes de politique économique internationale, le président Trump privilégie les pouvoirs réglementaires et des taxes unilatérales et arbitraires à l'importation. Son objectif semble de vouloir démanteler le système économique mondial, établi au cours des 80 dernières années, soit depuis 1945, et de le remplacer par un système unilatéral et isolationniste.

Pour concrétiser cette vision, le 2 février 2025, le président D. Trump a lancé une  guerre commerciale contre la plupart des pays commerçants du monde, y compris contre des pays voisins ayant conclu des accords commerciaux de longue date avec les États-Unis. Il invoque de nombreux  prétextes pour justifier l'imposition unilatérale et arbitraire de taxes douanières élevées sur les importations en provenance de divers pays et pour contourner les lois nationales existantes, par décret.

VI- Les agressions militaires de Donald Trump contre des pays souverains

Côté défense, le président Trump a signé un "décret″ le 6 septembre 2025 pour changer le nom du ministère de la Défense américain en celui de «  département de la Guerre ». Une telle appellation guerrière pourrait mieux représenter son idée que « la force fait loi » et justifier ses  excursions militaires à l'intérieur et  à l'étranger.

Le 3 janvier 2026, D. Trump a utilisé l'armée américaine pour lancer une guerre illégale et non déclarée contre le pays souverain du Venezuela. Le but était de semer le chaos, de priver le pays de ses importantes réserves de pétrole, les plus importantes au monde, et d'empêcher la Chine d'acheter du pétrole vénézuélien, ce qui constitue un casus belli.

Cela fait  sept pays que le gouvernement américain sous Trump a bombardés illégalement en une seule année : la  Somalie, le  Nigeria, l' Iran, le Yémen, l'Iraq, la Syrie et le  Venezuela.

D. Trump voit le monde avec les yeux d'un  potentat du 19e Siècle, quand une poignée d'empires militarisés recouraient à l' arnaque pour se partager le monde entre eux, à la pointe du fusil.

Sous son joug, il n'est pas surprenant que les États-Unis se retrouvent aujourd'hui classé parmi les pays qui se situent tout  en bas de liste dans le classement mondial des pays pacifiques, selon un récent rapport de l'Institut pour l'économie et la paix (IEP).

Conclusions

Il devrait être évident aujourd'hui, après une première année d'un second mandat plus extrémiste et chaotique que le premier, que Donald Trump est un individu qui est hors contrôle, impulsif et irresponsable et qui semblerait être inapte à occuper un poste élevé d'autorité et de prise de décision à la tête d'un gouvernement.

En effet, après une année complète au pouvoir, force est de constater que Donald Trump a été un agent de division à l'intérieur de son pays et de chaos et de destruction à l'étranger. Il a influencé négativement la vie de millions d'Étasuniens et d'habitants des autres pays, et certains y ont laissé leur vie.

Sous Trump, on observe aux États-Unis un climat général de décadence morale. Cela va de l'établissement de camps de concentration jusqu'au recours à des interventions militaires illégales contre plusieurs pays, afin de les intimider et de s'approprier leurs ressources naturelles. Cela équivaut à un comportement prédateur et, moralement parlant, à du vol qualifié.

Au plan politique, pour la première fois dans leur histoire, les États-Unis ont un résident à la Maison Blanche qui professe ouvertement ne pas se sentir obligé de respecter la lettre et l'esprit de la constitution américaine, à laquelle il a pourtant prêté un serment d'office. Ce devrait être une raison suffisante de le disqualifier pour le poste de président.

Au plan économique, les politiques du gouvernement Trump depuis le 20 janvier 2025 sont interventionnistes, isolationnistes, impérialistes et colonialistes. Elles sont souvent improvisées, malavisées et perturbatrices.

C'est pourquoi, la conclusion générale est que sous le régime autocratique de Donald Trump, le gouvernement fédéral américain et ses politiques sont de facto devenus une menace sérieuse et un danger pour les citoyens américains imbus de démocratie et pour le monde civilisé.

Rodrigue Tremblay

Image en vedette (source) :  America's New Foreign Policy: The Wild West Rules, Might‑Makes‑Right

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Rodrigue Tremblay est professeur émérite d'économie à l'Université de Montréal et lauréat du Prix Richard-Arès pour le meilleur essai en 2018, La régression tranquille du Québec, 1980-2018, (Fides). Il est titulaire d'un doctorat en finance internationale de l'Université Stanford. Ministre de l'Industrie et du Commerce dans le cabinet Lévesque du 26 novembre 1976 au 21 septembre 1979.

On peut le contacter à l'adresse suivante :  email protected

Il est l'auteur du livre de géopolitique  Le nouvel empire américain et du livre de moralité  Le Code pour une éthique globale, de même que de son dernier livre publié par les Éditions Fides et intitulé  La régression tranquille du Québec, 1980-2018.

Site internet de l'auteur :

 rodriguetremblay.blogspot.com

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