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Un navire de pêche au thon semblable à ceux utilisés par les entreprises européennes dans les mers africaines. [Photo d'illustration]
Le chercheur Frédéric Le Manach, de l'ONG Bloom, révèle dans une étude relayée par la revue Nature comment l'argent public européen soutient un modèle de pêche destructeur en Afrique. Ses travaux pointent des accords déséquilibrés, aux lourdes conséquences pour les écosystèmes marins et les communautés côtières.
Présentée comme une analyse de référence, une étude de Frédéric Le Manach montre que la majorité des grandes entreprises thonières européennes seraient déficitaires sans subventions publiques. En cause : les accords de pêche financés par les contribuables européens et la détaxe sur le carburant, qui permettent à une poignée de navires industriels d'exploiter les eaux africaines à moindre coût.
Selon le chercheur, ce système alimente la surexploitation des ressources et fragilise les économies locales. En Afrique de l'Ouest, la sardinelle, autrefois pilier de l'alimentation, est désormais largement détournée vers la production de farine destinée aux élevages européens et asiatiques, au détriment de la sécurité alimentaire et de l'emploi artisanal.
Des pressions diplomatiques exercés sur les pays africains
L'étude dénonce également des pressions diplomatiques exercées sur certains États africains tentant de renforcer la protection de leurs ressources marines, limitant ainsi leur souveraineté halieutique.
Face à ce constat, Bloom formule plusieurs recommandations : dissocier l'aide au développement des accords de pêche, faire payer aux industriels l'intégralité des coûts d'exploitation, interdire la pêche minotière et supprimer les dispositifs de concentration de poissons, jugés incompatibles avec une pêche durable.
À l'heure où les subventions à la pêche sont débattues à l'OMC, ces travaux offrent aux pays africains des arguments solides pour renégocier des accords plus équitables, protéger leurs écosystèmes et préserver les moyens de subsistance des communautés côtières.