17/01/2026 reseauinternational.net  5min #302069

La guerre mondiale qui vient ne sera pas déclarée : elle est déjà organisée

par Dr Eloi Bandia Keita

Ce que beaucoup prennent encore pour une suite d'excès verbaux, de provocations désordonnées ou de gesticulations électoralistes du régime américain relève en réalité d'une stratégie impériale cohérente, froide, méthodique, orientée vers un seul adversaire systémique : Chine.

Depuis son retour sur le devant de la scène, Donald Trump ne gouverne pas : il active. Il ne négocie pas : il contraint. Il ne stabilise pas : il fracture. Et toujours selon la même logique impériale : forcer le monde à choisir son camp, sous peine de sanctions, d'asphyxie économique ou de violence militaire.

Du Venezuela à l'Iran : l'arme énergétique comme instrument de guerre globale

L'opération brutale menée contre le Venezuela - enlèvement politique déguisé, reconnaissance unilatérale de dirigeants fantoche, pressions économiques et militaires - n'a jamais eu pour objectif Caracas. Elle visait Pékin.

Pourquoi ? Parce que la Chine absorbe plus de 80% du pétrole vénézuélien.
Même logique contre Iran, dont 90% des exportations pétrolières sont destinées à la Chine.
Les nouvelles taxes américaines sur les importateurs de pétrole iranien ne sont rien d'autre qu'un blocus indirect, une tentative d'étranglement énergétique ciblé.

Il s'agit d'une guerre logistique mondiale, menée sans déclaration officielle, mais avec une brutalité assumée.

Le mensonge du Groenland et la vraie bataille de l'Arctique

L'annonce délirante d'une annexion du Groenland sous prétexte d'une prétendue «invasion économique chinoise» est un mensonge grossier.
Les chiffres sont sans appel : 0,006% du commerce extérieur chinois.

Le véritable enjeu est ailleurs :

  • le contrôle de l'Arctique,
  • l'anticipation de la fonte des glaces,
  • le verrouillage des routes futures pour la Chine et la Russie.

Ce n'est pas une question commerciale, c'est une guerre géo-climatique anticipée.

La piraterie navale comme doctrine officielle

Les États-Unis ne se contentent plus de sanctions.
Ils arraisonnent, inspectent, saisissent.

Dans les Caraïbes, l'Atlantique, les routes maritimes stratégiques, les garde-côtes américains testent déjà ce que le Pentagone appelle officiellement le retour du «droit des prises», un dispositif juridique datant de la Seconde Guerre mondiale, destiné à saisir légalement les navires ennemis en haute mer.

Le rapport American Sea Power Project 2026 est explicite :

  • asphyxier le commerce chinois,
  • voler ses ressources,
  • réquisitionner ses navires pour compenser l'effondrement de la construction navale américaine (230 fois inférieure à celle de la Chine).

Nous ne sommes plus dans l'hypothèse.
Nous sommes dans la répétition générale.

Taïwan : le point de bascule du système mondial

La Chine ne combattra pas pour le Venezuela, ni pour l'Iran, ni pour le Groenland.
Mais Taïwan est une ligne rouge existentielle.

Trois raisons stratégiques majeures :

1. Neutralisation militaire préventive

Avant l'arrivée complète des 11 milliards de dollars d'armes américaines, dont des missiles capables de frapper le territoire chinois.

2. L'arme des semi-conducteurs

Taïwan concentre 80 à 90% des puces les plus avancées au monde, via TSMC.
Si Washington veut couper le pétrole, Pékin peut couper le cerveau technologique mondial.

Même détruites, ces usines affaibliraient davantage les États-Unis que la Chine, qui a déjà engagé une relocalisation accélérée de ses chaînes industrielles.

3. Bloquer la remilitarisation du Japon

L'extrême droite japonaise, soutenue par Washington, instrumentalise Taïwan pour justifier une rupture constitutionnelle.
Un conflit rapide empêcherait Japon de redevenir une puissance militaire offensive.

La réalité militaire : l'Amérique le sait, la Chine est prête

La Chine a achevé son architecture A2AD :

  • missiles hypersoniques,
  • drones sous-marins,
  • aviation furtive,
  • flotte moderne de guerre côtière.

Le Pentagone reconnaît lui-même qu'une guerre prolongée dans le Pacifique occidental serait dévastatrice pour le territoire américain.

Le mythe de l'invincibilité occidentale est déjà fissuré.
Une défaite à Taïwan l'anéantirait.

Conclusion stratégique pour le Mali et l'AES : penser comme les grands, survivre comme les sages

Le Mali et l'AES doivent tirer six leçons majeures de cette recomposition brutale du monde :

•  La neutralité passive est une illusion

Dans un monde de blocs, ne pas choisir, c'est être choisi.

•  La souveraineté commence par l'énergie et la logistique

Sans contrôle énergétique, alimentaire et des routes commerciales, aucun État n'est libre.

•  La guerre moderne est cognitive avant d'être militaire

Celui qui contrôle le récit, la donnée, la norme juridique, prépare déjà la victoire.

•  L'unité régionale est une nécessité vitale

Un Mali isolé est vulnérable.
Une AES fédéralisée, intégrée économiquement, culturellement et stratégiquement devient inattaquable.

•  Refuser l'alignement automatique

L'AES ne doit être ni un pion occidental, ni un vassal oriental.
Elle doit être un pôle autonome du monde multipolaire.

•  Anticiper au lieu de réagir

Ceux qui attendent que la guerre arrive sur leur sol ont déjà perdu.

Mot final

L'histoire n'épargne jamais les naïfs.
Elle ne respecte que les peuples lucides, organisés, unis et stratèges.

Le monde entre dans une ère de chocs systémiques.
Le Mali et l'AES doivent y entrer debout, armés de raison, de souveraineté et de vision.

Dr. Eloi Bandia Keita
Intellectuel souverainiste - Analyste géopolitique

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