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L'Empire du Chaos ravage, pille et met le feu aux quatre coins du monde de peur d'être expulsé d'Eurasie

Par  Pepe Escobar, le 19 janvier 2026

La planète entière est en quelque sorte chamboulée par la dernière manœuvre de néo-Caligula : comme il n'a pas obtenu son Nobel de la paix de la Norvège, l'une de ses vengeances narcissiques et mégalomanes se traduit par la revendication du Groenland danois (qui s'en soucie, d'ailleurs ? Ces Scandinaves sont tous les mêmes, après tout).

Selon ses propres mots :

"Le monde n'est pas en sécurité tant que nous n'aurons pas le contrôle complet et total du Groenland".

Il scelle ainsi la mutation définitive de l'Empire du chaos en Empire du pillage, puis en Empire des frappes perpétuelles.

Divers euro-chihuahuas ont osé dépêcher une petite troupe de meneurs de chiens de traîneau pour défendre le Groenland contre le néo-Caligula. Mais en vain. Ils ont immédiatement été frappés de droits de douane. Ces droits de douane resteront en vigueur jusqu'à ce que le Groenland soit "intégralement et définitivement acquis".

Comme le Sud global, les euro-chihuahuas ont peut-être enfin pris conscience du nouveau paradigme, soit la géopolitique du bras de fer.

Le néo-Caligula n'a pas réussi à faire tomber le régime de Caracas, et son mirage pétrolier a même été démenti par les grandes compagnies énergétiques américaines. Il n'a pas non plus obtenu de changement de régime à Téhéran, malgré les manœuvres acharnées de la CIA, du Mossad et de diverses ONG.

Le plan C est donc le Groenland, un territoire essentiel pour les ambitions impériales en matière d'espace vital, mais aussi une garantie pour la dette impayable de 38 000 milliards de dollars qui ne cesse de prospérer.

Ce qui ne signifie en aucun cas d'abandonner l'obsession iranienne. Le porte-avions USS Abraham Lincoln est désormais déployé en mer d'Oman et dans le golfe Persique, d'où il pourrait frapper l'Iran avant la fin de la semaine. Tous les scénarios offensifs restent d'actualité.

Si l'enfer se déchaîne, il pourrait s'agir d'une répétition encore plus humiliante de la guerre de 12 jours de juin dernier, que le culte de la mort qui sévit en Asie occidentale a passé 14 mois à planifier.

Cette guerre de 12 jours a non seulement échoué en tant qu'opération de changement de régime, mais elle a également donné lieu à une riposte iranienne si virulente que Tel-Aviv ne s'en est toujours pas remis. Téhéran a clairement fait savoir à maintes reprises que le même sort serait réservé aux forces néo-caliguliennes en Iran et dans l'ensemble du Golfe, en cas de nouvelles frappes.

Pourquoi cette obsession du changement de régime ?

L'opération de changement de régime en Iran, dont l'échec lamentable a été observé ces dernières semaines, a surtout servi à promouvoir le pathétique prince clown Reza Pahlavi, confortablement établi dans le Maryland. Les médias américains le présentent comme un "leader politique unificateur" capable de remédier à la "catastrophe vécue du régime des mollahs".

Le néo-Caligula était bien trop occupé pour se soucier de ces subtilités idéologiques. Ce qu'il veut, c'est accélérer le processus en appliquant la logique de l'Empire des frappes perpétuelles : bombarder l'Iran.

Comme on pouvait s'y attendre, la diversion a pris des proportions démesurées. Le culte de la mort en Asie occidentale a probablement demandé à Moscou de convaincre Téhéran de ne pas attaquer le premier, en échange de quoi il serait prêt à ne pas le attaquer non plus. Comme si Téhéran - et Moscou - pouvaient se fier à quoi que ce soit venant de Tel-Aviv.

Les pays du Golfe (Arabie saoudite, Qatar et Oman) ont sans doute conseillé au néo-Caligula de ne pas frapper, histoire de ne pas mettre le feu à toute la région du Golfe et d'éviter de graves retombées.

Le véritable enjeu, une fois encore, est le TACO [pour "Trump Always Chickens Out". Traduire : le président américain finit toujours par "se dégonfler"]. Aucun scénario de frappe américaine n'aurait en effet permis un changement de régime rapide, la seule issue jugée acceptable. On en revient donc toujours au projet de prendre le contrôle du Groenland.

Quelques jours ont suffi pour démasquer la campagne de propagande massive menée par l'OTANstan sur les "pertes massives" parmi les manifestants iraniens.

Ces chiffres, purement fictifs, provenaient du Centre pour les droits de l'homme en Iran, basé à New York et financé par le National Endowment for Democracy (NED) de Washington, une organisation contrôlée par la CIA et d'autres entités de désinformation.

La liste des arguments justifiant un changement de régime urgent en Iran reste toutefois impressionnante, avec notamment ces quatre éléments clés :

  1. Téhéran doit renoncer à soutenir l'Axe de la résistance en Asie occidentale, qui apporte notamment son soutien à la Palestine.
  2. L'Iran, situé au carrefour stratégique des corridors commerciaux et énergétiques en Eurasie, doit être coupé de ses connexions avec le corridor international de transport nord-sud (INSTC) et les nouvelles routes de la soie chinoises (BRI). C'est-à-dire faire imploser la coopération organique intra-BRICS entre la Russie, l'Iran, l'Inde et la Chine.
  3. Les exportations pétrolières iraniennes, qui représentent plus de 90 % de ses exportations totales, sont en effet destinées en grande partie à la Chine et sont réglées en yuans, constituant ainsi une menace sérieuse pour le pétrodollar, l'ultime anathème. Voilà pourquoi, dans l'Empire des frappes perpétuelles, l'Iran rejoint le Venezuela. Telle est notre devise - le pétrodollar - ou rien.
  4. L'Iran doit se soumettre à notre rêve sans fin d'un régime du Shah 2.0, avec une police secrète SAVAK, des alliances étroites avec le Mossad pour contrôler ces barbares arabes et un vaste réseau de sites de surveillance gérés par la CIA ciblant à la fois la Russie et la Chine.

Comment contrer une "guerre de changement de régime"

Téhéran ne craint pas les sanctions, puisqu'il en a subi plus de 6 000 en quatre décennies, destinées à asphyxier radicalement son économie, voire à ramener ses exportations de pétrole à zéro, selon le jargon impérial.

Malgré ces pressions, l'Iran a réussi à développer l'une des infrastructures industrielles les plus avancées d'Asie occidentale, à investir sans relâche dans l'autosuffisance et dans du matériel militaire de pointe, à rejoindre l'OCS en 2023 et les BRICS en 2024, et à développer une économie innovante de premier plan dans le Sud global.

Des tonnes d'encre numérique ont été consacrées à explorer les raisons pour lesquelles la Chine n'a pas, jusqu'à présent, efficacement soutenu l'Iran face à la pression maximale exercée par l'impérialisme, notamment en protégeant Téhéran contre les opérations spéculatives visant le rial. Cela n'aurait pratiquement rien coûté à Pékin, eu égard au niveau de ses réserves de change.

L'attaque spéculative contre le rial a sans doute été le déclencheur majeur des manifestations à travers tout l'Iran. Il est primordial de se souvenir que les salaires de misère ont été déterminants dans l'effondrement de la Syrie.

C'est à Pékin qu'il revient de répondre, de manière diplomatique, à cette question délicate. L'esprit des BRICS+ - appelons-les " Bandung 1955 Plus" - pourrait ne pas y survivre, alors que nous savons tous que la guerre mondiale actuelle porte essentiellement sur les ressources et la finance qu'il faut mobiliser et gérer avec efficacité.

Les dirigeants chinois doivent donc sérieusement s'interroger sur l'opportunité de rester une sorte de version grand format de l'Allemagne, embryonnairement égocentrique, en proie aux angoisses et fondamentalement individualiste sur les plans économique et financier. Une alternative prometteuse consisterait pour la Chine à créer des facilités de crédit d'une ampleur suffisante au sein des BRICS pour un ensemble de nations amies.

Quoi qu'il advienne par la suite, il est clair que l'Empire des frappes perpétuelles entend rester "activement hostile" à un monde multipolaire et multinodal, et que cette hostilité se teindra d'une haine toxique, de rancune et de vengeance, dominée par la peur ultime et irrationnelle que l'Empire soit progressivement mais inexorablement expulsé d'Eurasie.

Et c'est là qu'intervient l'émissaire de la Maison Blanche, Witkoff, le Bismarck de l'immobilier, qui énumère les diktats impériaux à l'Iran :

  1. Cessez d'enrichir de l'uranium. - Hors de question.
  2. Réduisez vos stocks de missiles. - Hors de question.
  3. Réduisez vos stocks de matières nucléaires enrichies d'environ 2 000 kg (3,67 à 60 %). - Peut-être pourrait-on négocier.
  4. Cessez de soutenir les "mandataires régionaux" de l'Axe de la résistance. - Hors de question.

Téhéran ne se pliera jamais à ces diktats. Et même s'il le faisait, la contrepartie impériale promise consisterait à lever les sanctions (ce que le Congrès américain ne fera jamais) et à permettre un "retour dans la communauté internationale". L'Iran en fait déjà partie, notamment à l'ONU, au sein des BRICS, de l'OCS et de l'Union économique eurasienne (UEE).

L'obsession néo-caligulienne de changement de régime, dont l'OTAN se fait l'écho, restera donc de mise. Téhéran ne se laisse pas intimider. C'est ce qu'affirme Mahdi Mohammadi, conseiller stratégique du président du Parlement iranien :

"Nous savons que nous sommes confrontés à une guerre de changement de régime, et que la seule façon de gagner revient à donner corps aux menaces qui, lors de la guerre de 12 jours, n'ont pu être mises en œuvre : une guerre d'usure géographiquement étendue, axée sur les marchés énergétiques du golfe Persique, avec une puissance de feu de missiles toujours croissante, une guerre susceptible de durer plusieurs mois".

Traduit par  Spirit of Free Speech

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