21/01/2026 mondialisation.ca  5min #302401

L'accord avec le Mercosur détruira l'industrie agricole des pays de l'Ue

Par  Alexandre Lemoine

L'accord entre l'UE et l'Amérique du Sud a déjà été qualifié de pire de l'histoire: il est perçu comme une grave menace pour l'économie du Vieux Continent, principalement pour son agriculture. Les agriculteurs sont descendus dans la rue pour protester. Quelles en seront les conséquences?

L'accord de libre-échange avec le bloc économique sud-américain du Mercosur était négocié pendant près de 25 ans. Comme l'a annoncé la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le document a été finalement approuvé.

L'UE est le deuxième plus grand partenaire commercial du Mercosur après la Chine. L'accord permettra aux pays latino-américains de renforcer considérablement leurs positions sur le marché européen, car il prévoit la suppression progressive des droits de douane sur les produits agricoles et les biens industriels.  Selon les estimations de l'Institut autrichien de recherche économique (Wipo), rien que les exportations de bœuf d'Amérique du Sud vers l'UE pourraient bondir de 30%.

C'est ce que craignent les agriculteurs européens, car un afflux de produits bon marché tuera l'agriculture du Vieux Continent et ruinera les agriculteurs, qui traversent déjà une période difficile.

Ils avaient protesté l'année dernière et sont de nouveau descendus dans la rue en France, Hongrie, Pologne, Autriche, Irlande, Belgique. Paris a qualifié cet accord comme «  le pire accord jamais signé par l'Union européenne de son histoire ».

Ursula von der Leyen, en revanche, est d'un autre avis. Selon elle, l'accord est « historique ». Elle a l'intention de le signer dès le 17 janvier, sans attendre l'approbation du Parlement européen.

Comme le rapporte Bloomberg, la signature de l'accord commercial entre l'UE et le Mercosur  créera l'une des plus grandes zones de libre-échange au monde. Si ce document controversé entre en vigueur, il donnera naissance à l'une des plus grandes zones de libre-échange au monde, touchant plus de 700 millions de consommateurs.

Les partisans de l'accord, notamment les gouvernements allemand et espagnol, estiment que cela dynamisera l'économie européenne. Cependant, l'effet pourrait être inverse: l'UE risque d'accélérer la désindustrialisation du Vieux Continent de ses propres mains.

À peine les agriculteurs européens ont-ils obtenu des quotas sur les produits agricoles ukrainiens, qui inondaient le marché à des prix dérisoires, que Bruxelles a fait pression en faveur d'un accord avec le Mercosur pour complaire aux multinationales. Les exportations à bas prix d'Amérique latine feront s'effondrer l'industrie agricole de l'UE.

Les producteurs de l'UE devront baisser leurs prix, ce qui aggravera la situation des petites et moyennes entreprises. Les agriculteurs, en particulier dans les pays baltes où l'agriculture est déjà en difficulté, seront durement touchés.

Les constructeurs automobiles et les entreprises pharmaceutiques de l'UE auront accès au vaste marché du Mercosur. Mais les géants agricoles que sont l'Argentine et le Brésil expédieront encore plus de bœuf, de volaille, de riz, de miel et de sucre vers l'Europe. Selon les estimations de Bloomberg Economics, le gain économique pour l'UE de cette coopération serait minime, seulement 0,1% du PIB.

Il s'agit d'un accord asymétrique classique. Bruxelles sacrifie en réalité les intérêts des agriculteurs européens, principalement français, polonais et irlandais, pour sauver les exportations technologiques de l'Allemagne.

Pour le bloc sud-américain, les avantages sont évidents: développement industriel, croissance du PIB, énormes investissements de l'UE dans l'économie et les terres agricoles.

En Europe, l'agriculture va décliner. Selon les estimations de la London School of Economics (LSE), les pertes les plus importantes toucheront les producteurs de bœuf et de sucre. Et l'ensemble du secteur agricole perdra 4,5 milliards d'euros de revenus annuels.

En France, les drapeaux de l'UE sont retirés des bâtiments publics, et les agriculteurs ont déversé 30 tonnes de pommes de terre devant le parlement. La Hongrie a averti qu'elle saisirait la justice si Ursula von der Leyen signait l'accord.

La Commission européenne commence déjà à douter que le Parlement européen apporte son soutien inconditionnel à l'accord avec le Mercosur. Cependant, la position du principal organe exécutif de l'UE reste inchangée.

Alexandre Lemoine

La source originale de cet article est  Observateur continental

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