21/01/2026 essentiel.news  5min #302484

 Sanctionné par l'Ue, lâché par la Suisse

Sanctionnée par l'Ue, Nathalie Yamb livre sa lecture géopolitique du monde

Avant «l'affaire Jacques Baud», il y a eu «l'affaire Nathalie Yamb». Également de nationalité suisse, mais aussi camerounaise, cette militante politique était en voyage en Afrique lorsqu'elle a appris, le 26 juin 2025, qu'elle avait été ajoutée à la liste des personnes sanctionnées par l'Union européenne en raison de supposées activités pro-russes (cette  liste comprend actuellement 59 personnes physiques et 17 personnes morales, entités et organismes).

Interdite d'entrée et de transit sur le territoire de l'UE, y compris par voie aérienne, la Suissesse n'a jamais pu rentrer chez elle à Zoug. De plus, et de façon tout à fait anormale, ses avoirs bancaires suisses ont été gelés, alors que les sanctions européennes à son encontre n'ont pas été reprises par le Conseil fédéral helvétique, tandis que ses comptes africains ont été fermés.

Dans cet entretien accordé à TheSwissBox Conversation, Nathalie Yamb revient sur les répercussions de ces sanctions dans sa vie quotidienne, sur leur arbitraire et sur les raisons politiques qui les ont amenées, liées selon elle à son activisme panafricaniste et à l'hostilité de la France à l'égard de son discours.

Nathalie Yamb estime en effet que «la France n'a jamais voulu décoloniser réellement» et qu'elle «a bâti son modèle économique sur le pillage de l'Afrique». «C'est pour cela que c'est très difficile pour elle de repenser un nouveau modèle. Malgré le fait qu'ils expliquent à longueur de journée que l'Afrique ne représente rien dans leur commerce extérieur (...), ils n'intègrent pas tout ce qu'ils pillent en termes de ressources en Afrique et qu'ils amènent en France et en Europe sans problème (...). Dès lors que vous avez des gens qui arrivent à la tête des États et qui décident qu'ils vont remettre en cause ce pillage, qu'ils vont réétudier les contrats qui ont été signés, qui sont complètement léonins, et que dorénavant il faut que le partenariat se fasse de façon gagnant-gagnant pour les parties impliquées, cela met en péril tout le modèle économique et le modèle de confort sociétal français.»

Nathalie Yamb livre également sa lecture géopolitique des événements actuels, comme le génocide en Palestine ou l'impérialisme de Donald Trump, qui révèlent aux Occidentaux l'illusion du droit international, alors que l'Afrique en est victime depuis des décennies. Quant à la guerre en Ukraine, «dont le premier but était d'affaiblir l'Europe» (notamment par la destruction des gazoducs Nord Stream), elle juge que la manœuvre a parfaitement réussi, puisque l'Europe est désormais «affaiblie économiquement et même politiquement.»

Selon Nathalie Yamb, l'asservissement de l'Union européenne aux États-Unis est en train de provoquer une recolonisation inéluctable de l'Afrique. «Quand Trump tord le bras à l'Europe et la met à genou de la façon dont nous l'avons tous vu (...), qu'il impose des accords à l'Europe, je ne sais pas où ils vont prendre l'argent pour payer ce qu'ils ont accepté, ce que Von der Leyen a accepté de payer à Trump, les 650 millions de dollars, etc. Mais le seul endroit où ils pourront reprendre cet argent, c'est en Afrique. (...) Donc il y a une recolonisation violente de l'Afrique qui est en cours de préparation et il est temps que nos dirigeants et nos populations se rendent compte de ce qui arrive.»

Si le combat de Nathalie Yamb est d'abord celui pour l'émancipation africaine, elle est également convaincue que les populations européennes doivent réagir pour retrouver leur propre souveraineté, même si «on criminalise tous ceux qui essaient de se lever». «Mais si vous vous levez à 50, on va vous taper dessus. Si vous vous levez à 100 000, ce sera beaucoup plus difficile de vous taper dessus. La seule force que nous avons, c'est le nombre. Et le nombre, on l'obtient dans l'unité des luttes», affirme-t-elle.

Sur sa chaîne Youtube, Jean-Dominique Michel vient de lancer une nouvelle série de vidéos intitulée « L'Archipel des Dissidents », dont le premier numéro est consacré à Jacques Baud. À travers son exemple, l'anthropologue suisse revient sur les sanctions abusives mises en place par l'Union européenne et rappelle ce qu'est le complexe industriel de la censure, qui en tire les ficelles et comment ce système de contrôle des médias permet de maintenir la propagande officielle en place, notamment concernant le conflit en Ukraine.

Jean-Dominique Michel note cependant que ce n'est plus seulement la liberté d'expression qui est aujourd'hui empêchée, mais aussi la liberté de circuler et la liberté de jouir de son argent, dès lors que l'on est soupçonné ou accusé de ce que la novlangue orwellienne nomme « crimepensée » (dans le roman 1984 de George Orwell, le « crimepensée » est celui qui englobe tous les autres: il consiste à entretenir une croyance ou un doute contraire au parti au pouvoir, de quelque manière que ce soit).

En s'appuyant sur les arguments développés par Mattias Desmet dans son ouvrage  Psychologie du totalitarisme, Jean-Dominique Michel propose une grille de lecture pertinente du cas Jacques Baud, que l'on peut également appliquer à Nathalie Yamb:

Cette incapacité croissante à tolérer la moindre parole divergente serait, selon Mattias Desmet, le propre du totalitarisme. Seul antidote à ce resserrement: refuser de se taire et continuer à user de sa liberté d'expression pour maintenir ouvert un espace de pensée encore respirable.

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