
La CIA ment-elle éhontément sur l'Ukraine & la Rus

sie pour troller Sy Hersh ?
Par Larry Johnson, le 21 janvier 2026
Le dernier article de Sy Hersh diffusé sur Substack est ahurissant, car il est truffé de faux renseignements et de propagande. Je connais Sy depuis 45 ans et il compte parmi mes amis les plus chers. Son dernier article est une abomination qui, selon moi, ternit son héritage. J'ai l'impression de voir une légende du basket-ball tenter de jouer encore sans pouvoir courir ni marquer de panier. Pour poursuivre la métaphore, ce dernier article est un tir manqué depuis la ligne des lancers francs. Il n'atteint même pas l'anneau.
Intitulé "Putin's Long War" [La longue guerre de Poutine], l'article sème le doute sur les capacités d'analyse des services du renseignement américains. Le premier paragraphe donne le ton :
"Le désespoir et la colère grandissent dans certains services de renseignement américains face au refus de Vladimir Poutine de mettre fin à la guerre en Ukraine. Le président russe est confronté à des problèmes économiques dévastateurs dans son pays et ignore ses hauts responsables militaires inquiets. À quoi joue-t-il ?"
Désespoir et colère ? Mais de quoi parle-t-il ? Pourquoi du désespoir ? Les plans de la CIA pour vaincre la Russie seraient voués à l'échec ? La CIA ou une autre composante de la communauté du renseignement serait terriblement frustrée parce que Vladimir Poutine ne veut pas jouer l'idiot ? Et idem pour la colère.
Mais le plus stupéfiant reste la dernière phrase : le ou les responsables qui s'adressent à Trump semblent vraiment croire que la Russie est confrontée à des problèmes économiques dévastateurs et que Poutine, qui s'est rendu au moins trois fois sur le front ces deux derniers mois, ignore l'état-major russe. C'est absurde !
Passons maintenant au prochain mensonge éhonté de l'article :
"Les entreprises sont en difficulté et les magasins ferment, en partie à cause des sanctions internationales, à Moscou et dans toute la Russie".
N'importe quoi ! Je suis allé deux fois à Moscou au cours des quatre derniers mois et n'ai rien vu de tel. Les entreprises se portent bien et ne mettent pas la clé sous la porte. Le dernier sondage de l'institut Levada (indépendant et non gouvernemental) indique que le taux de popularité actuel de Poutine atteint 85 % ! ! ! Si l'économie s'effondrait vraiment, il serait loin d'être aussi populaire !
Quant au paragraphe suivant, il trahit l'absence de sens critique de sa source :
"Un haut fonctionnaire américain expérimenté, spécialiste des questions russes depuis des décennies, est à la fois perplexe et frustré par le refus de Poutine, l'automne dernier, d'accepter une offre américaine soutenue par le président Donald Trump, mais vivement critiquée par l'Ukraine. 'En janvier', m'a-t-il dit, 'la guerre entre la Russie et l'Ukraine aura duré plus longtemps que leur guerre contre l'Allemagne. En 1945, ils étaient à Berlin. En 2026, ils ne contrôleront même pas Donetsk, une province de l'est de l'Ukraine à population majoritairement russophone, qui partage une frontière avec la Russie'".
Eh oui, l'armée russe ne vaut vraiment pas un clou. Elle combat une armée proxy de l'OTAN qui bénéficie du soutien total de l'OTAN, notamment en matière d'armement de pointe et de renseignement ultra-sophistiqué, et progresse sur l'ensemble du front. Mais pas aussi vite que le clown de Washington qui affirme à Sy que la Russie ne progresse pas. Si le manque de réactivité de la Russie devait témoigner de son incompétence militaire, que dire alors de l'armée américaine qui a passé 21 ans à combattre en Afghanistan des insurgés peu armés, sans soutien étranger, et qui a fui le pays en août 2021, laissant derrière elle pour 7,1 à 7,2 milliards de dollars d'équipement militaire financé par les États-Unis ? Les responsables de Trump, si prompts à jeter la pierre, devraient d'abord balayer devant leur porte.
Puis Sy reprend une affirmation manifestement fausse fournie par sa source :
"Poutine sait que le fantôme qui hante le Kremlin, c'est la révolution", a-t-il déclaré. Il a ensuite cité le général Valery Gerasimov, chef d'état-major russe : 'L'armée n'existe plus. Mes chars et mes véhicules blindés sont hors d'usage, mes canons d'artillerie sont obsolètes. Mes approvisionnements arrivent au compte-gouttes. Mes sergents et mes sous-officiers sont morts, et mes soldats sont d'anciens détenus'".
Ce responsable raconte des bobards. Penchons-nous plutôt sur les récentes déclarations publiques de Gerasimov (disponibles en vidéo) concernant l'état de l'armée dont il a la charge.
Fin décembre, au cours de briefings (comme celui du 29 décembre avec Poutine et les commandants), Gerasimov rapportait que l'armée russe a libéré 334 localités et plus de 6 400 kilomètres carrés en 2025, dépeignant une progression constante et régulière à travers les défenses ukrainiennes.
Le 31 décembre 2025, lors d'une inspection du poste de commandement du groupement tactique Sever (Nord), Gerasimov a déclaré que les troupes russes "progressent sans difficulté à travers les défenses ennemies" et que le mois de décembre 2025 a été marqué par le plus grand nombre d'opérations offensives menées par l'armée russe. Il soulignait avoir libéré plus de 700 kilomètres carrés de territoire en un mois, et élargi une "zone tampon" près de la frontière russe (dans les régions de Soumy et Kharkiv) et occupé sept localités. Il a qualifié ces avancées de record et de conformes aux objectifs de sécurité des frontières fixés par le président Poutine dans les secteurs de Belgorod et de Koursk.
Le 15 janvier 2026, alors qu'il inspectait l'unité Tsentr (Centre) dans la région de Donetsk, Gerasimov a salué les succès des soldats à libérer certaines zones de la République populaire de Donetsk (RPD). Il a assuré que les forces russes progressent "dans pratiquement toutes les directions" sur le front, que les tentatives ukrainiennes de les arrêter ont échoué et que plus de 300 kilomètres carrés ont été conquis rien qu'au cours des deux premières semaines de janvier. Il a également rappelé la constante progression dans des zones comme Koupiansk, ajoutant que le contrôle de la région approche du terme, et a évoqué le rythme opérationnel soutenu.
Si les mensonges de cet anonyme s'expliquent aisément, la crédulité de Sy me laisse perplexe. Il se laisse instrumentaliser en porte-parole de la propagande. Le paragraphe suivant semble tout droit sorti d'un épisode de La Quatrième Dimension :
"L'Occident parvient aux mêmes conclusions et cherche à saper la détermination de Poutine. Pas via des attaques militaires, mais par des sanctions économiques touchant les élites ainsi que l'ensemble de la population."Et ça marche : 'Le niveau de vie est en chute libre, tandis que les impôts, l'isolement et les morts augmentent. La désillusion et la grogne augmentent. Le week-end dernier, la Russie a coupé toute connexion aux téléphones portables et à internet dans tout le pays'".
Commençons par le gros mensonge : "le week-end dernier, la Russie a coupé toute connexion aux téléphones portables et à internet dans tout le pays". J'ai pu échanger par message avec plusieurs personnes en Russie, dont trois Américains, ce week-end. Tous se servaient de leur téléphone portable et avaient accès à internet. J'ai interrogé l'un de mes amis, un officier de l'armée américaine à la retraite qui a fréquenté West Point et réside désormais en Russie, sur le quotidien à Moscou. Voici ce qu'il m'a répondu par SMS, alors que les téléphones portables étaient censés ne pas fonctionner :
"Il y a eu quelques soucis d'accès à internet. WhatsApp n'est plus vraiment opérationnel, mais la plupart des gens passent à Telegram ou d'autres applications. Le service de messagerie interne Max présente encore quelques dysfonctionnements, notamment pour ceux qui possèdent des iPhone plus anciens, comme ma femme et moi. J'ai lu quelque part qu'il ne fonctionne correctement que sur les iPhone 15 ou les modèles plus récents. Si c'est le cas, c'est clairement un dysfonctionnement. Toutefois, la plupart des gens utilisent plutôt des smartphones Android de fabrication chinoise, et nos enfants ont pu télécharger Max sans difficulté sur leurs propres appareils."J'ai acheté deux boîtes d'œufs mardi après-midi. Ma femme m'a demandé d'acheter une marque précise, vendue dans l'une des chaînes de supermarchés voisines, dont deux sont à quelques pas de chez nous (deux pâtés de maisons !).
"Ici, les œufs sont principalement vendus par douzaine métrique, soit 10 œufs.
"Quand je les ai achetés, le taux de change était de 77,78 roubles pour 1 dollar américain.
"La douzaine m'a donc coûté 54,99 roubles. Soit 10 œufs pour 71 cents (0,71 $) ! Ce qui revient à 7,1 cents par œuf, soit l'équivalent de 0,85 $ pour 12 œufs !
"C'est l'un des aliments les plus basiques, riches en protéines, de haute qualité et sans OGM.
"D'après diverses analyses, la plupart des salaires auraient même augmenté.
"Bien sûr, tout dépend aussi du secteur d'activité ou du métier. L'inflation est certes toujours présente et les impôts ont quelque peu augmenté. Mais n'est-ce pas le cas partout dans le monde ? On peut même dire que ces indicateurs économiques sont bien meilleurs que dans de nombreux autres pays occidentaux.
"Les factures d'électricité, d'Internet et de communication mobile sont tellement moins élevées qu'aux États-Unis que c'en est ridicule !
"Les frais médicaux sont inexistants. On peut choisir de payer si on le souhaite. Ma femme et moi avons tous deux subi des interventions chirurgicales majeures et mineures, entièrement gratuites. Les enfants aussi, bien sûr. Nous avons dû payer l'appareil dentaire de mon fils, mais la somme était dérisoire comparée aux tarifs pratiqués aux États-Unis.
"En tant que retraité/pensionné officiel, je peux désormais bénéficier gratuitement de soins orthopédiques. J'ai besoin d'un nouvel implant, car j'ai dû me faire extraire une dent il y a plusieurs mois. On m'a conseillé d'attendre six mois avant de me faire poser un nouvel implant.
"Si je commande un implant suisse, cela me coûtera 55 000 roubles, soit 708 dollars américains. Pour quoi faire ? J'aurai un implant russe gratuit. Après tout, je vais avoir 74 ans le mois prochain. À quoi m'avancerait un implant suisse dernier cri ?
"Je bénéficie également de la gratuité des transports publics. Et comme notre fille est handicapée, elle et ma femme peuvent aussi se déplacer gratuitement. (Pas dans les trains longues distances, mais presque partout à Moscou et dans sa région.)"
Je rappelle que ce témoignage émane d'un officier des forces spéciales américaines à la retraite. Si le fonctionnaire qui se confie à Seymour Hersh informe aussi Donald Trump, comment lui reprocher de ne rien comprendre à la situation réelle sur le terrain en Ukraine ? Il est entouré de gens qui lui racontent des mensonges effarants.
Une dernière remarque sur la prétendue crise économique en Russie. Le fonctionnaire a déclaré à Sy :
"La population ne soutient plus l'armée, les revenus nationaux provenant du pétrole et du gaz ont baissé de 22 % et il n'est plus possible d'emprunter à l'étranger pour financer la guerre contre l'Ukraine".
Si les recettes pétrolières et gazières sont effectivement en baisse, le responsable a omis de mentionner que le secteur pétrolier et gazier (y compris la production, et pas seulement les taxes budgétaires) représentait 9,67 % du PIB en 2021, selon la Banque mondiale. Les données de Statista/Rosstat montrent que la part de l'industrie pétrolière et gazière dans le PIB oscille entre 10 et 15 % depuis le début de l'année 2024 (les chiffres pour 2025 ne sont pas encore entièrement à jour, mais devraient confirmer cette tendance à la baisse).
Quant aux finances, le déficit de la Russie s'est creusé pour atteindre 2,6 % du PIB en 2025 (le plus élevé depuis 2020), en partie à cause de cette baisse des recettes. Cependant, ce déficit ne représente que la moitié des difficultés financières auxquelles sont confrontés les États-Unis. Pour l'exercice 2025 (clos le 30 septembre 2025), le déficit américain s'élevait à 5,9 % du PIB, selon le rapport final du Congressional Budget Office (CBO) sur l'examen budgétaire mensuel et les données du Trésor. Soit un déficit total de 1 800 milliards de dollars, en légère baisse par rapport aux 1 840 milliards de dollars (soit 6,3 %) de l'exercice 2024.
En comparant les ratios dette/PIB de la Russie et des États-Unis, on voit clairement lequel des deux pays est réellement confronté à une catastrophe financière. La Russie affiche un ratio dette/PIB de 16 à 20 %, tandis que celui des États-Unis atteint le niveau colossal de 118 à 125 % (dette fédérale brute), soit plus de six fois celui de la Russie. Ce ratio est l'un des plus élevés des économies développées, en raison de déficits conséquents et persistants (5,9 % du PIB pour l'exercice 2025), des dépenses liées à la pandémie et de problématiques structurelles telles que l'augmentation des dépenses sociales. Le fardeau de la dette de la Russie pèse bien moins lourd au regard de son économie, ce qui lui confère une plus grande flexibilité budgétaire, malgré les sanctions et les dépenses de Défense. Par contre, les États-Unis sont confrontés à des défis à long terme plus lourds, liés aux coûts des intérêts de la dette et à la pression croissante des dépenses sociales.
Je ne sais pas si la source de Sy croit sincèrement aux mensonges qu'elle lui a racontés ou si elle participe à une opération de désinformation destinée à maintenir le public américain dans l'ignorance. En tout cas, Sy s'est fait manipuler.
Voici mes derniers podcasts. Le premier est un extrait d'une conversation avec Danny Davis. Le deuxième est mon entretien, enregistré vendredi dernier, avec Pascual Lottaz, de Neutrality Studies. La dernière vidéo est un cadeau de Marcelo, qui se trouve pour l'instant au Brésil.
Traduit par Spirit of Free Speech