23/01/2026 francais.rt.com  5min #302646

Armes nucléaires, épées vikings et centralisme bruxellois : le plan de Der Spiegel pour sauver l'Europe de Trump

Giorgia Meloni, Emmanuel Macron, Friedrich Merz, Ursula von der Leyen et Mette Frederiksen, en couverture de Der Spiegel. [Capture d'écran]

Pour protéger sa souveraineté, Der Spiegel appelle l'Union européenne à la résistance. Entre iconographie guerrière et recettes bureaucratiques, le magazine allemand plaide pour une Europe recentralisée, nucléarisée et affranchie du «parrain» de la Maison Blanche.

En pleine crise des relations entre les États-Unis et les pays européens, sur fond d'ambitions américaines autour du Groenland, Der Spiegel a publié un long article-manifeste imaginant la riposte européenne à Donald Trump. Pour frapper les esprits, la couverture du magazine affiche un message sans détour - « Donald, ça suffit ! » - accompagné d'une illustration montrant des dirigeants européens en cottes de mailles, haches et épées à la main, dans une mise en scène aux accents vikings, montrant comment les pays doivent s'opposer à « l'impérialisme de Trump ».

Cependant, au regard du contenu de l'article, l'image semble assez comique. Der Spiegel estime en effet que le président américain représente une « menace existentielle » pour l'Europe, car il a cessé de la considérer comme une alliée et agit de plus en plus souvent comme un adversaire. Comparant le chef de la Maison Blanche à un « parrain de la mafia », le magazine écrit que Trump répond à toute faiblesse par la dureté et utilise la pression économique, le chantage et même des revendications territoriales, comme dans l'affaire du Groenland.

Der Spiegel dépeint un sombre scénario pour l'avenir si l'Europe ne change pas de cap. Les auteurs de l'article préviennent que, sous Trump, le continent risque de perdre sa souveraineté et de devenir un territoire dépendant, « une colonie qu'il contrôle politiquement et dont il peut arracher des morceaux à sa guise ». De plus, selon le magazine allemand, l'Europe pourrait se retrouver rongée de l'intérieur par les « adversaires de l'Europe » et perdre son avantage économique.

Der Spiegel propose... de réduire la souveraineté des pays européens

En réponse, le magazine appelle l'Europe à opérer un revirement radical de sa politique, et la première mesure proposée par Der Spiegel consiste à réduire la souveraineté des différents pays de l'UE et à renforcer les pouvoirs de la bureaucratie européenne. Les auteurs de l'article proposent également de renforcer le pouvoir des institutions européennes et de passer à une gestion plus centralisée des pays de l'UE.

Le magazine allemand appelle également l'Europe à déployer son parapluie nucléaire sans compter sur les États-Unis, recommandant l'extension du potentiel nucléaire français à l'ensemble de l'UE ou la création d'une coalition de pays européens clés avec une stratégie de défense commune, des options qui ne correspondent guère au thème médiéval de la couverture du numéro.

L'article note que la future architecture de la sécurité européenne doit être construite en tenant compte de l'Ukraine comme élément clé. Selon Der Spiegel, l'Ukraine dispose de « l'armée la plus importante et la plus aguerrie d'Europe » et devrait idéalement faire partie de l'alliance des pays responsables de la sécurité du continent, aux côtés de l'Allemagne, de la France, du Royaume-Uni, de l'Italie et de la Pologne.

Sur le plan économique, Der Spiegel propose d'utiliser la puissance du marché intérieur de l'UE comme arme politique contre les États-Unis. Il s'agit d'appliquer de manière stricte les règles numériques et antitrust à l'encontre des géants technologiques américains, d'introduire éventuellement une taxe numérique, de passer à des solutions logicielles européennes, de réduire la dépendance vis-à-vis du dollar et d'utiliser des leviers financiers que l'Europe n'utilise pratiquement pas aujourd'hui. Selon le magazine, seule une combinaison d'indépendance politique, militaire et économique permettra à l'UE de se protéger contre la pression de Trump et de « préserver sa souveraineté ».

La situation autour du Groenland a rendu les pays européens nerveux, provoquant des critiques de la part des représentants européens à l'égard de la politique de la Maison Blanche. Le Premier ministre belge, Bart De Wever,  a ainsi estimé que « trop de lignes rouges » avaient été franchies, jugeant qu'en cédant aux exigences américaines sur le Groenland, l'Europe « perdrait sa dignité » et passerait du statut de « vassal heureux » des États-Unis à celui d'« esclave malheureux ».

Pendant ce temps, Donald Trump  a déclaré qu'un accord avec le Danemark serait bientôt conclu, selon lequel Washington pourrait obtenir un accès militaire illimité et gratuit au Groenland. En Russie, une hypothèse a été émise, d'après laquelle, même en cas de prise de contrôle américaine de l'île, les Européens «  avaleraient la pilule » et finiraient par trouver « une formule » pour expliquer qu'il ne s'est rien produit de grave. Le président russe Vladimir Poutine, lui,  affirme que ce dossier ne concerne en rien la Russie.

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