Brigitte Challande, 24 janvier 2026.- Une des priorités des équipes de l' UJFP : sauver le secteur agricole à partir de la réalité de l'agriculture à Gaza. Compte rendu du 23 janvier.
« Le secteur agricole a été l'un des plus durement touchés. De vastes superficies de terres agricoles ont été nivelées directement bombardées, en plus de la destruction des infrastructures, notamment les réseaux d'irrigation, les puits et les routes agricoles.
Cette situation difficile s'est répercutée directement sur la sécurité alimentaire et sur la vie de milliers d'agriculteurs qui dépendent de l'agriculture comme principale source de revenus pour eux et leurs familles. Malgré ces défis sévères, les tentatives de réhabilitation des terres ne se sont pas arrêtées. Des initiatives communautaires et institutionnelles ont vu le jour afin de redonner espoir aux agriculteurs et de les encourager à retourner travailler leurs terres.
Parmi les régions ayant connu un retour notable de l'activité agricole figure Deir al-Balah, où se concentrent la majorité des terres remises en culture pendant la période de guerre. Cela est principalement dû aux diverses initiatives agricoles lancées par l'UJFP, qui ont contribué à soutenir les agriculteurs, à fournir les intrants de base et à les encourager à reprendre le travail sur leurs terres malgré les conditions difficiles. Ce soutien a permis d'augmenter la superficie cultivée dans la région et de remettre en culture des parcelles qui avaient été abandonnées en raison des risques et du manque de ressources.
Cependant, le retour des agriculteurs sur leurs terres n'a pas été facile. Ils ont été confrontés à une série de défis complexes, notamment la salinité de l'eau, les coupures prolongées d'eau pouvant dépasser une semaine, la forte hausse des prix des intrants agricoles ainsi que l'augmentation générale des coûts de production. L'ensemble de ces facteurs a constitué un lourd fardeau pour les agriculteurs, menaçant la continuité de la saison agricole et affectant la qualité et les quantités des récoltes produites.
Dans la région de Deir al-Balah en particulier, la souffrance des agriculteurs est clairement perceptible. Lors de la saison précédente, ils dépendaient principalement de l'eau fournie par l'Autorité de l'eau et les municipalités pour les habitations, une eau provenant de puits d'eau douce situés dans la zone d'Al-Mawassi à Khan Younès et au sud de Deir al-Balah. Cette eau constituait une véritable artère vitale pour les terres agricoles, car elle permettait d'irriguer régulièrement les cultures et de préserver la qualité de la production. Mais depuis octobre 2025, la situation s'est aggravée : la région a connu des coupures répétées d'eau pouvant durer une semaine ou plus. Avec le temps, la crise s'est intensifiée jusqu'à aboutir à une interruption totale de la conduite principale d'eau qui passait à proximité des terres agricoles.
La municipalité de Deir al-Balah a délibérément détourné l'eau vers une autre conduite éloignée des terres agricoles afin d'approvisionner la population, notamment en raison de la forte consommation d'eau par les agriculteurs sur l'ancienne ligne. Il est bien connu que les terres agricoles consomment de grandes quantités d'eau pour l'irrigation des cultures, ce qui a entraîné une insuffisance de l'approvisionnement en eau pour les habitants. Cela a poussé les autorités compétentes à donner la priorité à l'usage domestique. Ainsi, les agriculteurs se sont retrouvés face à un choix difficile : soit arrêter la culture, soit revenir à l'utilisation de puits salins qui avaient été abandonnés auparavant.
Au cours de la saison actuelle, les agriculteurs ont été contraints de recourir à ces puits contenant de l'eau salée, ce qui a eu un impact direct et négatif sur les cultures. La majorité des terres agricoles de Deir al-Balah ont été touchées par la propagation de la maladie des nématodes, une maladie grave qui affecte les racines des plantes, provoque un affaiblissement de la croissance, une baisse de la production, voire la destruction totale des cultures. La principale cause de la propagation de cette maladie est l'augmentation de la salinité de l'eau utilisée pour l'irrigation, qui a affecté à la fois les sols et les plantes.
Les agriculteurs de la région ont lancé de nombreux appels et avertissements, affirmant qu'ils font face à une véritable catastrophe susceptible d'anéantir entièrement leur saison agricole si la propagation de la maladie se poursuit sans intervention urgente. Ces appels reflètent l'ampleur de la souffrance et l'état d'anxiété dans lequel vivent les agriculteurs, qui ont investi ce qu'il leur restait de ressources pour tenter de sauver leurs terres.
Après la tenue d'une réunion élargie avec les agriculteurs et l'écoute d'une explication détaillée du problème, plusieurs propositions pratiques ont été formulées pour apporter des solutions possibles. Les agriculteurs ont signalé l'existence d'un ancien puits artésien inutilisé depuis de nombreuses années, contenant de l'eau douce pouvant constituer une solution radicale à la crise s'il était remis en service et relié aux terres agricoles. Ils ont confirmé que l'utilisation de cette eau contribuerait à éliminer la maladie des nématodes, à améliorer la qualité du sol et à augmenter la productivité des cultures.
Sur cette base, le puits a été examiné et un échantillon d'eau a été prélevé pour effectuer les analyses de laboratoire nécessaires afin de mesurer le taux de salinité. Les résultats ont montré que l'eau du puits présente une salinité d'environ 2 500 parties par million, ce qui est l'un des meilleurs taux de la région et est considéré comme adapté à la culture de nombreuses plantes et légumes. Ce type d'eau permet la culture de produits tels que le poivron doux, le concombre et de nombreuses autres variétés qui ne peuvent être cultivées à Deir al-Balah qu'en cas de recours à l'eau dessalinisée, laquelle nécessite des coûts élevés qui pèsent lourdement sur les agriculteurs.
Dans le cadre de son engagement à soutenir les agriculteurs et à renforcer la durabilité du secteur agricole, l'UJFP a lancé l'initiative Renforcement des ressources en eau. Cette initiative vise à remettre en service le puits artésien et à fournir tous les équipements techniques nécessaires pour garantir l'acheminement de l'eau douce vers les terres agricoles.
L'initiative comprend la fourniture d'une pompe à eau de 3 chevaux avec tous ses accessoires, tels que les tuyaux, les câbles et les cordes. Elle inclut également l'installation d'une conduite principale reliant le puits au bassin situé à l'intérieur des terres agricoles, afin d'assurer le stockage de l'eau et son utilisation de manière organisée. Une seconde pompe a également été installée sur le bassin, avec l'extension du câble électrique et de ses équipements, afin de pomper l'eau directement du bassin vers les champs agricoles et de la distribuer aux différentes parcelles bénéficiaires.
Ce projet représente un véritable tournant dans la vie des agriculteurs de la région de Deir al-Balah, car il contribuera à irriguer des dizaines de dunums de terres agricoles avec de l'eau douce. Il permettra également d'améliorer la qualité du sol, de limiter la propagation des maladies agricoles, d'augmenter la production des cultures et de renforcer l'efficacité du travail agricole en général. De plus, la disponibilité de l'eau douce réduira la dépendance des agriculteurs à l'égard de l'eau salée ou de l'eau dessalinisée coûteuse, ce qui aura un impact positif sur la réduction des coûts de production et l'augmentation des marges bénéficiaires. Le projet contribuera également à renforcer la sécurité alimentaire locale en augmentant la production de légumes frais et en les mettant à disposition sur les marchés à des prix abordables.
L'impact de ce projet ne se limite pas au seul aspect agricole, mais s'étend également aux dimensions sociales et économiques, puisqu'il contribue à créer des opportunités d'emploi, à améliorer les revenus des familles agricoles et à renforcer l'esprit de solidarité au sein de la communauté locale. Dans les conditions difficiles que traverse la bande de Gaza, de telles initiatives constituent un modèle vivant de la capacité de la société à se relever des décombres et à reconstruire ce qui a été détruit par la guerre grâce à la volonté et au travail collectif.
Le projet de renforcement des ressources en eau à Deir al-Balah représente une véritable bouée de sauvetage pour les terres agricoles et une étape stratégique vers la protection de ce qu'il reste du secteur agricole à Gaza. Il constitue un message d'espoir pour les agriculteurs, affirmant que leur terre est toujours capable de produire et que l'investissement dans l'agriculture est un investissement dans la stabilité et l'avenir.
Ce projet souligne l'importance de la poursuite du soutien et des initiatives de développement afin de garantir la durabilité de la production agricole, de renforcer la capacité des agriculteurs à faire face aux défis : préserver la terre et l'être humain. »
Photos et vidéos ICI.
Retrouvez l'ensemble des témoignages d'Abu Amir et Marsel :
*Abu Amir Mutasem Eleïwa est coordinateur des Projets paysans depuis 2016 au sud de la bande de Gaza et correspondant de l'Union Juive Française pour la Paix. *Marsel Alledawi est responsable du Centre Ibn Sina du nord de la bande de Gaza, centre qui se consacre au suivi éducatif et psychologique de l'enfance. Tous les deux sont soutenus par l'UJFP en France.




