
Que se passera-t-il après Davos ? Des empires ou un empire?
Cristi Pantelimon
Le discours du Premier ministre canadien à Davos était vraiment génial. Avec un seul bémol: parler de Vaclav Havel maintenant, c'est trop tard, beaucoup trop tard. Et ce n'est pas approprié. Voici pourquoi.
Vaclav Havel a été victime d'une grande illusion, et pas seulement celle du communisme. Mais SURTOUT de l'illusion de l'après-communisme, qui lui semblait être la délivrance après l'effondrement du communisme. Et cela parce que l'illusion communiste était déjà une illusion consommée, alors que l'autre, libérale, venait à peine de naître, bien qu'elle eût déjà été tuée une fois, pendant l'entre-deux-guerres.
Le libéralisme avait été tué par les Italiens et les Allemands pendant l'entre-deux-guerres. Il avait été asphyxié par la révolution corporatiste de Salazar au Portugal. Personne ne parle plus aujourd'hui du corporatisme de Vichy, car il a été de courte durée et associé à l'Allemagne nazie, mais lui aussi était antilibéral. Et la Roumanie s'était alors débarrassée, elle aussi, de l'illusion libérale.
La Seconde Guerre mondiale a toutefois voulu que le libéralisme revive une seconde fois, mais pas partout, seulement en Europe occidentale, avec l'aide des Américains. Un mourant en Europe, ressuscité par la fraîcheur américaine.
Après 1989, l'illusion communiste (qui, en fait, était également d'origine occidentale) s'étant évaporée, le libéralisme revient pour la deuxième fois, fantomatique, en URSS et sur l'ancien territoire du socialisme dépendant de Moscou. Havel était lui-même un homme dépassé dès l'instant où il a placé ses espoirs dans ce fantôme de seconde main qu'était le libéralisme.
Il a fallu que Trump vienne pour enterrer le fantôme aujourd'hui, alors qu'il était mort depuis les années 20. Nous avons donc eu cent ans de politique fantomatique.
Nous ne savons donc pas quelle illusion nous envahira dès demain; et c'est mieux ainsi, car sinon nous aurions certainement beaucoup de Vaclav Havel pour nous délivrer du libéralisme mondialiste afin de nous orienter vers la véritable illusion, celle qui vient de naître.
Les Chinois ne produisent pas d'illusions et c'est là leur grande qualité.
Les Américains et les Russes reviennent aux empires - là, nous pouvons nous entendre avec les uns et les autres. Mais l'époque des empires est-elle encore d'actualité ? C'est à cette question-là qu'il faut chercher une réponse.
N'est-il pas temps d'essayer la mondialisation sans illusions et un empire mondial unique et harmonieux, sans mensonges, comme celui des États-Unis, dénoncé aujourd'hui par le Premier ministre canadien ? Il semble que c'est ce à quoi nous appelle la Chine. Mais elle ne nous attire pas avec des illusions. C'est là le problème !
Ce n'est qu'après Davos que la recherche commence. Nous verrons ce que nous trouverons !