27/01/2026 legrandsoir.info  6min #303055

Quand France 2 et « Complément d'Enquête » flinguent l'Algérie.

Jacques-Marie BOURGET

Cogner sur l'Algérie et les musulmans est le mot d'ordre qui mobilise la grande Nation Française qui rêve d'une police semblable à ICE, celle qui fonctionne si bien aux Etats-Unis. Contre Alger pas de nuance et ne jamais retenir ses coups. L'émission Complément d'Enquête a suivi cet ordre qui flotte dans l'air du temps. Et ce n'est pas mettre à l'honneur du service public, si indépendant.

Comme ce soir là il n'y avait ni foot ni film pour moi appétissants à la télévision, j'ai décidé de regarder, en décalé, le « Complément d'Enquête » consacrée par France 2 aux relations entre la France et l'Algérie, sous le titre « Rumeurs et coups tordus ». J'ai eu raison car c'était passionnant. Passionnant pour celui qui s'intéresse au journalisme, à ses règles, et aux références de la profession qui sont contenues dans « La Charte de Munich ». Ici j'ai sous les yeux deux des dix articles de la Charte en question, le 8 et le 9. Ils définissent la frontière entre le « journalisme » et la « communication ». En appuyant son reportage sur les propos de l'ambassadeur de France à Alger, aujourd'hui replié à Paris, « Complément d'Enquête » a ouvertement claironné la propagande de l'Elysée. Le diplomate questionné n'étant qu'un porte parole façon perroquet. Martelant que le Sahara Occidental était bien une terre marocaine. Le journalisme ne doit pourtant, nous dit la « Charte », se pratiquer ainsi. Mieux, comme dans une série télévisée -« le bureau des légendes » étant le modèle à reproduire-, nous avons eu droit à un one man show de l' ambassadeur mis en scène chez lui, et dans de bien jolis salons dont je suppose qu'ils ont été prêtés par le Quai d'Orsay, qui se rendait ainsi complice du forfait. Et, la sanction n'a pas tardé, le diplomate bavard a été déclaré « persona non grata » en Algérie. Observons que, pour être fidèle à son titre, le magazine a été très riche en rumeurs, constituant lui-même un coup tordu. La note finale est donc de vingt sur vingt, la mission « flinguer l'Algérie » a été accomplie.

Le « Complément », comme on le dit aussi dans les boutiques de régime, commence par un sujet sur l'emprisonnement de Christophe Gleizes, journaliste français condamné à 7 ans de prison. C'est moche pour le confrère mais on ne nous livre jamais le dossier qui a conduit ce naïf à une telle incarcération. C'est pourtant simple, sur le territoire algérien il a exercé son métier sans respecter la loi, c'est-à-dire sans un visa de presse obligatoire. Circonstances aggravantes, vu d'Alger, le reporter était en relations avec des militants du MAK, « Mouvement pour l'Autonomie de la Kabylie », organisation basée à Paris (avec de de solides appuis en Israël). Prononcer à Alger les trois lettres de MAK, c'est tendre le chiffon rouge dans la corrida, ce mouvement étant classé « organisation terroriste ». Sans imaginer qu'il allait enfoncer un peu plus Christophe Gleizes, depuis Paris interrogé par le média d'extrême-extrême droite « Frontières », le numéro 2 du MAK nous a expliqué comment il a facilité l'enquête du journaliste. En tant que partisan d'un journalisme sans entraves, je souhaite que ce confrère soit vite libéré. Mais il faut avouer que, ne mesurant pas bien le risque, ce spécialisé du sport a joué avec le feu. « Complément d'Enquête » n'a jamais fait état du dossier complet. Pour étoffer leur film, les reporters ne sont pas cassés la tête, se rendant bêtement dans les bureaux de Reporters Sans Frontières. Une organisation décrédibilisée quand on sait qu'elle a été financée par des fonds provenant de Washington et d'Israël. Une mauvaise clé pour ouvrir une serrure à Alger.

Pour mettre aussi des couleurs sur ses images, l'émission ne nous épargne pas, sur le dos du chanteur kabyle assassiné Lounès Matoub, une petite réunion de berbères à Paris avec robes chamarrées et bijoux d'argent pendants un peu partout. Séquence qui va plaire au MAK embusqué derrière tout cela. En revanche, pas la moindre vue d'une autre manifestation tenue en décembre dernier place de la Nation à Paris. Et qui regroupait des Kabyles « fiers de le berbéritude », mais pour autant et en « même temps », supporteurs d'une « Révolution algérienne » dans laquelle leurs ainés ont joué un rôle si important. Ce jour-là de cette manifestation « pro Algérie », les reporters de « Complément d'Enquête » avaient piscine.

La suite de cette fiction continue d'en être une, puisque les scènes « reconstituées », les images « fake » s'additionnent, faute de vérités à mettre à la lumière. On y voit des « barbouzes » d'Alger, pourquoi pas, et un diplomate algérien mis en prison pour s'être pris pour James Bond. Enfin on nous affirme « la volonté des services d'outre Méditerranée de contrôler des élus français, algériens d'origine ». Cette volonté étant certifiée par « des notes de la DGSI », le service de contre espionnage français. Hélas on ne nous montre aucun document et devons croire France 2 sur parole. Et c'est bien léger. Cette pasta tchouta de rumeurs devient lassante avec ce mode « on ne sait rien mais on vous dit tout ». Nous restons chez Netflix, ce qui provoque de gros dégâts dans le journalisme.

On pouvait s'attendre à ce que, pour être « objectif » dans le recensement des coups tordus, « Complément d'Enquête » décrive comment l'Algérie accuse la DGSE, service d'espionnage tricolore, d'avoir exfiltré du pays, vers la Tunisie, une opposante qu'Alger entendait juger. Aucun mot non plus sur Mohamed Amine Aïssaoui, un djihadiste qui dit avoir été « pris en main par les espions français avec pour mission de créer des cellules terroristes en Algérie »... Un entretien avec monsieur Aïssaoui nous aurait été fort utile. Mais rien. Conclusion, les barbouzes françaises sont donc trop bien élevées pour mettre un pied en Algérie. La séquence finale, celle traditionnelle où un témoin, assis dans un fauteuil rouge est cuisiné par le chef de « Complément ». Notons que pour jouer cette scène d'apothéose, l'ineffable Jack Lang a prêté les salons de l'Institut du Monde Arabe. Un lieu parfait pour coller l'Algérie au mur. Dans le rôle du témoin ultime c'est la député Verte, d'origine algérienne, Sabrina Sebaihi qui sert d'otage volontaire. Bien fait pour elle, quand on veut jouer les Saint Sébastien on prend des flèches. Tristan Waleckx, grand prêtre de ce « Complément » qui ne complète rien, va boxer la malheureuse avec d'autant plus de dureté qu'il sait qu'elle est sans défense. Mettez Mélenchon devant ce tigre de papier et vous verrez la différence. Je constate ce comportement, un poil colonial, avec autant de tristesse que j'ai été un ami de Benoît Duquesnes, le créateur de « Complément », alors conçu avec une grande rigueur, dans un bureau sans légende. J'ai même eu en 2003, un soir de guerre en Irak, l'honneur de m'asseoir dans le fauteuil rouge.

Pour conclure mon compte rendu de ce « Journalisme pour les Nuls », je veux rappeler que Waleckx, l'homme qui n'a que deux chaussures blanches, est un récidiviste. En février 2024 ce maître du vrai a déjà eu une autre bonne idée : pour réaliser un reportage sur le Hamas il a passé commande à la femme -franco-israélienne et sioniste ultra-, du porte parole de l'armée de Tel Aviv. Alors certain que la vérité allait sortir du puits. Tout habillée.

Jacques-Marie BOURGET

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