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 Israël démolit le siège de l'Unrwa à Jérusalem

Quand l'Onu brûle : la démolition de l'Unrwa comme rupture morale et juridique de l'ordre international

Par  Claudia Aranda
Arrêt sur info — 28 janvier 2026

Pendant que les grands médias de masse détournent le regard, un seuil a été franchi. Le 20 janvier 2026, à Jérusalem Est occupée, le siège de l'UNRWA a été démoli puis incendié par les autorités israéliennes, sous regard politique assumé. Cet acte n'a pas seulement visé des bâtiments : il a frappé le cœur même du système international issu des ruines de la Seconde Guerre mondiale. Le réduire à une « controverse » ou à un incident local relève désormais de la falsification morale.

Face à cette rupture historique, une voix claire continue de s'élever, résolument seule : celle du Suisse Philippe Lazzarini, Commissaire général de l'UNRWA. En nommant ce que d'autres refusent de voir - la perte de la boussole morale, l'entrée dans une nouvelle ère barbare - Lazzarini ne défend pas seulement une agence humanitaire attaquée ; il défend l'idée même qu'il existe encore des lignes que les États n'ont pas le droit de franchir.

Ce texte que nous vous présentons, ci-dessous, est un hommage à cette parole, et à l'UNRWA elle-même : dernier rempart fragile entre un peuple maintenu dans l'exil depuis 1948 et son effacement total, entre le droit international et sa mise à feu. (Arrêt sur info)

Le Commissaire général de l'UNRWA, Philippe Lazzarini, rencontre des personnes réfugiées dans le sud de Gaza le 22 novembre 2023, lors de sa deuxième visite dans la bande de Gaza depuis le début de la guerre le 7 octobre 2023. (Photo by Mohamed Hinnawi / CC BY-SA 4.0)

La démolition et l'incendie ultérieur du siège de l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) à Jérusalem Est, perpétrés par les autorités israéliennes le 20 janvier 2026, ne constituent ni un épisode isolé ni une simple controverse administrative. Il s'agit d'un acte qui dépasse le cadre du conflit israélo-palestinien et s'inscrit dans une rupture structurelle de l'ordre juridique international issu de l'après Seconde Guerre mondiale. Par sa nature, son symbolisme et sa portée, cet événement constitue une atteinte au système de protection collective que l'humanité s'est donné pour empêcher le retour de la barbarie.

L'UNRWA a été créée en 1949 par l'Assemblée générale des Nations Unies au moyen de la résolution 302 (IV), en réponse directe au déplacement forcé de plus de 700 000 Palestiniens à la suite de la guerre de 1948. Depuis lors, son mandat est essentiellement humanitaire : éducation, santé, aide alimentaire et protection de base pour une population réfugiée qui, contrairement à tout autre collectif au monde, n'a jamais vu son statut juridique résolu ni son droit au retour reconnu par la résolution 194 (III) de l'Assemblée générale elle-même. L'existence même de l'UNRWA constitue ainsi la preuve vivante d'un échec politique prolongé de la communauté internationale, mais aussi un rempart minimal contre l'effondrement total de la vie civile palestinienne.

Ce rempart a été délibérément attaqué.

Selon les mots du Commissaire général de l'UNRWA, Philippe Lazzarini :

Philippe Lazzarini. Crédit photo: UNRWA

« Une boussole morale perdue ouvre une nouvelle ère barbare : après que des responsables israéliens se sont disputé le mérite d'avoir pris d'assaut et détruit un complexe des Nations Unies à Jérusalem-Est occupée, d'autres appellent à l'anéantissement de toute une communauté de personnel de l'UNRWA. »

Cette affirmation n'est pas rhétorique. Elle constitue un constat empirique d'un fait sans précédent dans l'histoire récente des Nations Unies : les autorités d'un État membre ne se contentent pas d'exécuter la démolition d'un site protégé par l'immunité internationale, elles célèbrent publiquement l'acte et tolèrent — voire encouragent — des appels à l'élimination physique de personnel civil international.

Lazzarini poursuit :

« Ces déclarations de responsables d'un État membre ne peuvent être tolérées par les États membres liés par la Charte des Nations Unies. Ces actions doivent être portées au plus haut niveau et combattues. »

C'est ici que s'active le cœur juridique du problème. Le siège de l'UNRWA à Jérusalem-Est est un site des Nations Unies, protégé par la Convention de 1946 sur les privilèges et immunités des Nations Unies, par la Charte de l'ONU (articles 2, 105 et dispositions connexes), ainsi que par le droit international coutumier garantissant l'inviolabilité des missions internationales. Jérusalem-Est est en outre un territoire occupé au regard du droit international, conformément à la Quatrième Convention de Genève de 1949 et à de nombreuses résolutions du Conseil de sécurité, notamment les résolutions 242, 338, 476 et 478.

L'occupation ne confère pas la souveraineté. Elle n'autorise pas la démolition. Elle ne permet pas la destruction de biens appartenant à des organisations internationales ou à des civils, sauf nécessité militaire impérative, inexistante en l'espèce.

Lazzarini décrit les faits avec précision :

« Tôt ce matin, les forces israéliennes ont pris d'assaut le siège de l'UNRWA, un site des Nations Unies, à Jérusalem-Est. Des bulldozers sont entrés dans l'enceinte et ont commencé à démolir les bâtiments à l'intérieur, sous la surveillance de législateurs et d'un membre du gouvernement. »

Ce point est crucial. Il ne s'agissait ni d'une action incontrôlée ni d'un excès opérationnel. Il y avait une présence institutionnelle, une supervision politique et, par conséquent, une responsabilité directe de l'État. L'incendie ultérieur du site aggrave encore la violation :

« Après avoir été pris d'assaut et démoli par les autorités israéliennes, le siège de l'UNRWA à Jérusalem-Est occupée a désormais été incendié. Il n'y a aucune limite au défi ouvert lancé aux Nations Unies et au droit international dans le Territoire palestinien occupé. »

Du point de vue juridique, cet ensemble d'actes viole de manière cumulative la Charte des Nations Unies, la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques par analogie fonctionnelle, la Convention sur les privilèges et immunités de l'ONU, la Quatrième Convention de Genève, le Statut de Rome de la Cour pénale internationale — en particulier les dispositions relatives à la destruction extensive de biens et aux attaques contre le personnel humanitaire — ainsi que des principes fondamentaux du droit international humanitaire tels que la distinction, la proportionnalité et la protection des biens civils.

Mais la portée de l'acte dépasse le droit positif. Lazzarini le formule comme un avertissement adressé à l'ensemble de la communauté internationale :

« Ce qui arrive aujourd'hui à l'UNRWA arrivera demain à toute autre organisation internationale ou mission diplomatique, que ce soit dans le Territoire palestinien occupé ou ailleurs dans le monde. »

C'est ici que se révèle la thèse centrale : il ne s'agit pas d'une attaque contre une agence spécifique, ni même uniquement contre le peuple palestinien. Il s'agit d'une répétition générale de la démolition du système multilatéral. Si un État peut détruire en toute impunité une installation des Nations Unies en territoire occupé, sans conséquences réelles, alors aucune enclave humanitaire, diplomatique ou internationale n'est en sécurité. Le précédent est universel.

Lazzarini conclut :

« Il ne s'agit pas seulement d'une attaque contre l'UNRWA ; c'est une attaque contre le système international et contre l'État de droit lui-même, et elle doit être affrontée par la réponse la plus forte possible de tous les États engagés dans la défense des normes internationales. »

D'un point de vue historique, l'UNRWA a fait l'objet de campagnes systématiques de délégitimation précisément parce qu'elle incarne une mémoire dérangeante : celle d'un peuple déplacé dont l'existence juridique contredit le récit de la clôture du conflit. Attaquer l'UNRWA revient à tenter d'effacer cette mémoire, à démanteler les mécanismes de protection et à imposer une solution par l'épuisement humanitaire.

D'un point de vue éthique, la destruction d'une agence humanitaire dans un contexte de crise extrême constitue une forme de violence structurelle qui dépasse ses victimes directes. Elle affecte l'idée même d'une humanité partagée, celle qui, après Auschwitz, Srebrenica et le Rwanda, a juré que certaines limites ne seraient plus jamais franchies.

Si un jour la Cour internationale de Justice ou la Cour pénale internationale parvient à exercer pleinement son mandat sans entraves politiques, ces actes devront être examinés à la lumière la plus rigoureuse du droit international. La démolition d'installations de l'ONU, la persécution du personnel humanitaire et le mépris ouvert des obligations internationales ne sont ni des actes neutres ni des faits discutables : ce sont des violations graves qui engagent la responsabilité des États et des individus.

D'ici là, le texte de Lazzarini demeure comme un document historique. Non seulement comme une dénonciation, mais comme un acte d'avertissement. Lorsque la boussole morale se perd, ce n'est pas une institution qui tombe en premier. C'est le principe même d'humanité qui se retrouve exposé aux flammes.

Par  Claudia Aranda 27.01.26 - Montréal, Canada

Journaliste chilienne, spécialisée en Sémiologie et Analyse Politique. Analyste internationale consacrée à l'analyse prospective des processus sociaux. Résidente à Montréal, Québec, elle couvre pour Pressenza les fronts d'actualité de l'agence et les sujets de débat philosophique contemporain dans le cadre de l'analyse de divers faits conjoncturels, avec un accent sur les droits humains, la géopolitique, les conflits armés, l'environnement et le développement technologique. Humaniste et activiste pour des causes justes.

Source:  pressenza.com

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