
par Dr. Eloi B. Keita
Il existe des attaques qui relèvent de la violence ordinaire. Et il existe des attaques qui relèvent d'un message stratégique.
L'assaut contre l'aéroport international de Niamey n'est pas un simple événement sécuritaire : c'est une déclaration de guerre. Une guerre sale, asymétrique, lâche - mais parfaitement calculée.
Quand des terroristes ciblent un aéroport, ils ne cherchent pas seulement à tuer. Ils cherchent à humilier l'État, à frapper l'idée même de souveraineté, à démontrer l'impuissance supposée des institutions, et à installer dans les esprits une vérité toxique : «nul n'est en sécurité, nulle part».
Cette attaque doit donc être condamnée avec la dernière énergie, dans des termes nets, sans hypocrisie, sans neutralité molle :
c'est un acte criminel, odieux, inhumain, dirigé contre une nation sœur, le Niger, et contre l'ensemble de l'Alliance des États du Sahel (AES).
I. Un aéroport n'est pas une cible : c'est un symbole
Dans l'architecture d'un État moderne, un aéroport n'est pas un simple bâtiment.
C'est :
- un nœud de souveraineté (contrôle du territoire, de l'air, des frontières) ;
- une artère économique (commerce, diplomatie, connexions, mobilité) ;
- un symbole international (crédibilité de l'État, stabilité, attractivité) ;
- un point critique de projection militaire et de logistique.
L'attaque contre l'aéroport de Niamey vise donc plus large que des victimes immédiates : elle vise la souveraineté nigérienne dans sa forme la plus visible.
Elle dit :
«Nous pouvons frapper le cœur, pas seulement la périphérie».
C'est précisément pour cela qu'il faut refuser le vocabulaire qui banalise («incident», «attaque isolée», «événement regrettable»).
Non : c'est une offensive.
II. Pourquoi cette attaque ? Les raisons profondes (au-delà des slogans) 1) Punir le Niger pour son choix historique : la souveraineté
Ce que le Niger paie, ce n'est pas seulement une vulnérabilité sécuritaire.
Il paie un choix politique : celui de refuser la tutelle, de rompre les dépendances et de rejoindre une logique d'autonomie stratégique avec l'AES.
Dans ce contexte, toute victoire symbolique du terrorisme devient une tentative de démontrer que :
«l'État souverain ne protège pas»,
«l'AES promet mais échoue»,
«la rupture coûte cher».
C'est une guerre psychologique.
2) Tester les lignes rouges de l'AES
L'objectif n'est pas uniquement le Niger : c'est l'AES en tant que nouveau bloc.
Chaque attaque majeure est aussi un test :
- capacité de réaction en minutes/heures ;
- coordination renseignement (Mali-Burkina-Niger) ;
- efficacité des forces unifiées ;
- capacité de contrôle des narratifs médiatiques.
Autrement dit, les terroristes et leurs soutiens observent :
«Est-ce que l'AES est une idée... ou un bouclier réel ?»
3) Saboter la normalisation et l'économie
Un aéroport attaqué, c'est :
- suspension d'activités ;
- peur des voyageurs ;
- perte d'investissement ;
- hausse des coûts de sécurité ;
- affaiblissement de la logistique.
En clair : on cherche à asphyxier l'État par l'instabilité.
III. Les «autres raisons» : les complicités, les brèches et l'économie criminelle
Il faut le dire brutalement :
aucun terrorisme ne survit sans réseau.
Il y a toujours :
- des complicités logistiques ;
- des filières de financement ;
- des réseaux de renseignement adverse ;
- des «agents dormants» ;
- des relais idéologiques et médiatiques ;
- et souvent une économie criminelle : drogue, carburant, or, bétail, armes.
Le terrorisme dans le Sahel n'est pas seulement une idéologie :
c'est un business de déstabilisation, une entreprise d'occupation indirecte.
Ceux qui attaquent Niamey ne sont pas des «fous de Dieu».
Ils sont les soldats d'une industrie géopolitique : créer le chaos pour contrôler les choix.
IV. La réaction des FDS nigériennes : réponse militaire, réponse morale
Le RECOBAP-MALI a eu raison de saluer la réponse : elle est décisive.
Car en matière de terrorisme, la différence entre effondrement et maîtrise tient souvent à un facteur :
la vitesse de réaction.
Le courage et la discipline des Forces Armées Nigériennes et des Forces Unifiées de l'AES doivent être reconnus publiquement, car :
- ils ont contenu une attaque à haut potentiel létal ;
- ils ont protégé un site vital ;
- ils ont empêché l'effet domino et la panique nationale.
Mais il ne suffit pas de «repousser».
Il faut neutraliser, démanteler, remonter les chaînes, frapper :
- les stocks,
- les ateliers explosifs,
- les chauffeurs,
- les financiers,
- les recruteurs,
- les informateurs.
Et surtout, il faut mener une guerre complète : militaire + renseignement + économie + information.
V. Condamnation implacable : appeler les choses par leur nom
Nous condamnons cette attaque :
- parce qu'elle est lâche (cible civile) ;
- parce qu'elle est criminelle (terrorisme pur) ;
- parce qu'elle est anti-sahélienne (contre le peuple) ;
- parce qu'elle est anti-islamique (meurtre et chaos) ;
- parce qu'elle est anti-africaine (retard et destruction).
Et nous condamnons aussi tous ceux qui, par calcul ou par cynisme, jouent au double jeu :
- ceux qui financent, directement ou indirectement ;
- ceux qui «dénoncent l'État» mais excusent les terroristes ;
- ceux qui pleurent des larmes diplomatiques mais sabotent l'unité sécuritaire.
La neutralité dans une guerre existentielle est une complicité.
VI. Leçons stratégiques pour l'AES : comment se prémunir réellement
Cette attaque doit produire un choc doctrinal.
Voici les principales leçons :
1) La doctrine : protéger les «nœuds vitaux»
L'AES doit classer les infrastructures en «cibles critiques absolues» :
- aéroports
- ponts stratégiques
- centrales électriques
- stations de carburant
- hubs télécoms
- bâtiments de commandement
- dépôts logistiques
Chaque site critique doit disposer d'un bouclier permanent :
- forces dédiées
- surveillance multi-couches
- plan anti-drone
- unités cynophiles
- reconnaissance nocturne
- protocoles d'alerte
2) Le renseignement : priorité absolue
Aucune armée ne gagne durablement sans renseignement intégré.
Il faut :
- fusion des bases AES
- cellules communes dans les capitales
- partage en temps réel
- infiltration des réseaux
- cartographie des complicités
Le terrorisme est une hydre :
on ne la tue pas en coupant une tête, mais en frappant le système nerveux.
3) Le champ informationnel : couper l'arme psychologique
Chaque attaque a deux objectifs :
- faire des morts
- gagner l'opinion
Donc l'AES doit répondre en 3 temps :
- contrôle de l'information (rapidité, clarté, crédibilité)
- contre-propagande (exposer la lâcheté et les réseaux)
- confiance nationale (expliquer, rassurer, mobiliser)
La panique est une victoire offerte à l'ennemi.
4) Le civil : faire du peuple un bouclier actif
Le peuple doit être intégré comme force de sécurité citoyenne :
- numéros verts
- récompenses informationnelles
- culture de signalement
- protection des lanceurs d'alerte
- vigilance dans marchés, gares, sites sensibles
Le silence et la peur sont les meilleurs alliés du terrorisme.
5) Stratégie offensive : imposer un coût insupportable
Le terrorisme se nourrit de «zone grise».
Il faut donc :
- frapper les sanctuaires
- détruire les routes logistiques
- tarir le financement
- priver de mobilité (motos, pick-ups)
- assécher les complicités urbaines
La paix ne se quémande pas.
Elle se sécurise. Elle se construit par la force organisée.
Conclusion : Niamey n'est pas seule - l'AES est ciblée
Cette attaque est une alerte :
le terrorisme ne veut pas seulement tuer des citoyens, il veut tuer une idée (Eloi B. KEITA).
Cette idée s'appelle : Souveraineté.
Et cette souveraineté, le Niger, le Mali et le Burkina Faso l'ont placée au sommet.
Alors la réponse doit être claire :
- solidarité totale
- vigilance totale
- riposte totale
Niamey attaquée, c'est l'AES testée.
Et l'AES ne doit pas seulement survivre : elle doit durcir, évoluer, surclasser l'ennemi.
Parce que le Sahel n'est pas un terrain de chasse.
Le Sahel est une patrie.