30/01/2026 investigaction.net  13min #303341

 L'Iran sur le pied de guerre : Trump menace d'intervenir pour «soutenir les émeutiers». Téhéran menace les intérêts américains et célèbre le «Conquérant de Khaybar»

Iran: Les médias occidentaux maquillent des émeutes meurtrières en s'appuyant sur des Ong financées par les Etats-Unis

Max Blumenthal

AFP

Alors que des émeutes meurtrières embrasent des villes en Iran, les médias occidentaux ignorent la vague de violence choquante, et se tournent plutôt vers des ONG financées par le gouvernement des États-Unis pour obtenir des données. Cette présentation à sens unique a contribué à pousser Trump sur le point d'autoriser de nouvelles attaques.

Les médias occidentaux ont ignoré le volume croissant de preuves vidéo qui montrent les tactiques terroristes déployées à travers l'Iran par des manifestants qu'Amnesty International et Human Rights Watch décrivent comme  « largement pacifiques ». Des vidéos récentes publiées à la fois par les médias d'État iraniens et par des forces antigouvernementales révèlent : les lynchages publics de gardes non armés ; les incendies de mosquées ; les attaques incendiaires contre des bâtiments municipaux, des marchés et des casernes de pompiers ; et les foules d'hommes armés ouvrant le feu en plein cœur de certaines villes.

Au lieu de cela, les médias occidentaux se sont concentrés presque exclusivement sur la violence attribuée au gouvernement iranien. Ce faisant, ils se sont principalement appuyés sur des bilans de morts compilés par des groupes de la diaspora iranienne financés par la  National Endowment for Democracy (NED) - l'instrument de changement de régime du gouvernement des États-Unis - et dont les conseils d'administration sont remplis de néoconservateurs engagés.

La NED  s'est attribué le mérite d'avoir fait avancer les manifestations « Femme, Vie, Liberté » qui ont rassemblé les foules dans des villes iraniennes tout au long de 2023 - et qui ont également été  marquées par des actes de violence atroces, ignorés par les médias occidentaux et par des ONG de défense des droits de l'homme. Aujourd'hui, la NED est loin d'être seule parmi les acteurs liés au renseignement cherchant à alimenter le chaos à l'intérieur de l'Iran.

Depuis son compte Twitter/X officiel en persan, l'agence israélienne d'espionnage et d'assassinats connue sous le nom de Mossad a publié un message qui  exhorte les Iraniens à intensifier leurs activités de changement de régime, tout en promettant un soutient sur le terrain.

« Sortez ensemble dans les rues. Le moment est venu », a intimé le Mossad aux Iraniens. « Nous sommes avec vous. Pas seulement à distance et verbalement. Nous sommes avec vous sur le terrain. »

Renverser Téhéran par la terreur

Les rassemblements ont commencé en Iran au début de janvier 2026, lorsque des commerçants sont descendus dans la rue pour protester contre la hausse de l'inflation déclenchée par les sanctions occidentales. Le gouvernement iranien  a réagi avec bienveillance aux manifestations des bazars, en leur fournissant une protection policière. Cependant, ces rassemblements se sont rapidement dissous, lorsqu'une masse informe d'éléments antigouvernementaux a saisi l'occasion pour lancer une insurrection violente encouragée par des gouvernements, d'Israël aux États-Unis - et par le « prince héritier » autoproclamé, Reza Pahlavi, qui  a qualifié les agents de l'État et les organes de presse publics de « cibles légitimes ».

Le 9 janvier, la ville de Mashhad est devenue le théâtre de certaines des émeutes les plus violentes : des forces antigouvernementales  ont incendié des casernes de pompiers, brûlé vifs des pompiers, mis le feu à des bus, attaqué des employés municipaux, vandalisé des stations de métro et causé plus de 18 millions de dollars de dégâts, selon les  autorités municipales locales.

À Kermanchah, où des émeutiers antigouvernementaux ont tué par balle Melina Asadi, âgée de 3 ans, des groupes d'activistes ont été  filmés qui tiraient à l'arme automatique sur la police. Dans des villes allant de Hamedan au Lorestan, des émeutiers  se sont filmés en train de battre  à mort des gardes de sécurité non armés pour avoir tenté d'empêcher leurs saccages.

 Max Blumenthal : « Kermanchah était infestée d'activistes armés et d'émeutiers lorsque Melina, âgée de 3 ans, a été tuée. L'administration Trump, contrôlée par Israël, qualifie les manifestants américains non armés de terroristes et soutient les terroristes en Iran. » • The Cradle : « VIDÉO |Cortège funèbre à Kermanchah, en Iran, où une foule immense s'est rassemblée pour pleurer Melina Asadi, une fillette de 3 ans tuée dans la province après avoir été abattue par des émeutiers antigouvernementaux. Selon les médias locaux, Melina a été assassinée il y a trois jours alors qu'elle se rendait à la pharmacie avec son père. »

Des images ont émergé d'une ville du centre de l'Iran, montrant des émeutiers attaquant un bus public et y mettant le feu, le 10 janvier.

À Téhéran, pendant ce temps, des casseurs s'en sont pris à la  mosquée historique d'Abouzar en incendiant l'intérieur, tandis que d'autres bandes menaient des attaques incendiaires et brûlaient des exemplaires du Coran dans la  grande mosquée de Sarableh et dans le  sanctuaire de Mohammed ibn Moussa al-Kazim au Khouzistan.

  Hussein bin Saeed Ahvazi : « Les images montrent les dégâts causés à la mosquée d'ABOUZAR. [ #mosque] Ces derniers jours, des rumeurs ont circulé selon lesquelles des mosquées auraient été utilisées comme bases pour la répression ou comme lieux de détention. Cependant, les images indiquent que la mosquée était fermée à ce moment-là, sans aucun signe d'activité inhabituelle ou de détention à l'intérieur.  #IranProtests »

Des émeutiers  ont incendié un grand bâtiment municipal au cœur de la ville de Karaj, tout en  réduisant le marché en cendres dans le centre de Racht. À Boroudjen, lors d'une nuit de pillage et de destruction, des voyous antigouvernementaux auraient incendié une bibliothèque historique remplie de textes anciens.

  Max Blumenthal : « Les émeutiers ont réduit en cendres le marché de la ville iranienne de Racht. Netanyahou, Trump et tous les dirigeants occidentaux ont approuvé cette action. Bien sûr, ils sont un modèle de tolérance envers les manifestants dans leurs propres villes. »

Aucun de ces incidents n'a suscité la moindre réaction de la part des médias ou des gouvernements occidentaux, même après que le ministère iranien des Affaires étrangères  a obligé les ambassadeurs de Grande-Bretagne, de France, d'Allemagne et d'Italie à visionner des images de première main de la violence commise par les émeutiers.

Selon le gouvernement iranien, plus de 100 policiers et agents de sécurité ont été tués pendant les troubles. Cependant, deux ONG iraniennes basées à Washington et financées par le gouvernement des États-Unis ont fixé le bilan des morts du côté du gouvernement à un chiffre bien inférieur. Ces groupes sont devenus la source de référence des médias occidentaux sur les manifestations.

Les lobbyistes du changement de régime fixent l'agenda

Pour évaluer le bilan humain en Iran, des médias aux États-Unis et en Europe se sont appuyés sur deux ONG basées à Washington et financées par la NED : l'Abdorrahman Boroumand Center for Human Rights in Iran, et Human Rights Activists in Iran.

Un  communiqué de presse de 2024 de la NED a explicitement décrit l' Abdorrahman Boroumand Center for Human Rights in Iran comme « un partenaire de la National Endowment for Democracy (NED) ».

Ailleurs, une  déclaration de Human Rights Activists in Iran datant de 2021 indique que le groupe a « élargi son réseau et décidé de commencer à recevoir une aide financière de la National Endowment for Democracy (NED), une organisation non gouvernementale et à but non lucratif basée aux États-Unis », après avoir été accusé par le gouvernement iranien de liens avec la CIA en 2010.

La NED a été créée sous l'égide du directeur de la CIA de l'administration Reagan, William Casey, afin de permettre à Washington de continuer à s'ingérer à l'étranger malgré la défiance généralisée envers les services de renseignement US. L'un de ses fondateurs, Allen Weinstein, a d'ailleurs admis dans une formule restée célèbre : « Une grande partie de ce que nous faisons aujourd'hui était faite clandestinement il y a 25 ans par la CIA. »

Tout en omettant de reconnaître le financement de l'ONG par la NED, le  Washington Post et  ABC News ont cité en bonne place l'Abdorrahman Boroumand Center dans leur couverture des manifestations iraniennes. Au  conseil d'administration de l'ONG siège Francis Fukuyama, l'idéologue qui a signé la lettre fondatrice du Project for a New American Century - peut-être le manifeste le plus important du néoconservatisme moderne.

Les chiffres de Human Rights Activists in Iran ont été diffusés encore plus largement, l'estimation récente de 544 morts étant citée par des  dizaines de médias grand public étatsuniens et  israéliens sur tout le spectre politique, ainsi que par  Dropsite. La société de renseignement Stratfor - la « CIA de l'ombre » - a également cité l'ONG dans un article  intitulé « Les manifestations en Iran offrent une fenêtre pour une intervention des États-Unis et/ou d'Israël ».

Alors que le nombre précis de victimes des manifestations reste difficile à établir, un groupe hétéroclite d'influenceurs en ligne a comblé le vide informationnel avec des affirmations outrancières et à la source douteuse. Parmi ces propagandistes figure la suprémaciste juive proche de Trump, Laura Loomer, qui  a claironné que « le nombre de manifestants iraniens tués par les forces du régime islamique dépasse maintenant 6 000 ! », en citant une prétendue « source dans la communauté du renseignement ».

Le casino numérique Polymarket a lui aussi gonflé le bilan. Il  a affirmé sans source que « plus de 10 000 » personnes avaient été tuées par des « forces iraniennes [utilisant] des fusils automatiques sur des manifestants » ; il a également déclaré à tort que l'Iran avait « perdu presque tout contrôle » sur trois de ses cinq plus grandes villes.

Ces derniers mois, Polymarket est devenu tristement célèbre pour avoir permis à des initiés d'abuser de leurs connaissances avancées sur les développements politiques - comme la récente attaque militaire des États-Unis contre Caracas et l'enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro - afin d' empocher des centaines de milliers de dollars. Ce « plus grand marché de prédiction au monde », selon sa propre description, a été créé grâce à un investissement majeur de Peter Thiel,  magnat de l'intelligence artificielle ; il  compte désormais Donald Trump Jr. parmi ses conseillers.

 Max Blumenthal : « Polymarket diffuse de la désinformation néocon afin de susciter l'adhésion à l'idée de bombarder l'Iran. Il rémunère également des influenceurs sur l'ensemble de ce site afin de populariser sa marque. Le "plus grand marché de prédiction au monde" s'appuie sur la guerre psychologique pour manipuler le marché des paris. » • Polymarket : « BREAKING : Les forces de sécurité du régime iranien ont perdu presque tout contrôle sur : - la capitale, Téhéran - la 2e plus grande ville, Mashhad - la 5e plus grande ville, Shiraz. »

En diffusant des chiffres clairement exagérés sur le nombre de morts, les militants en faveur d'un changement de régime et les acolytes de Trump semblent inciter le président, connu pour sa crédulité, à lancer une nouvelle offensive militaire contre Téhéran.

Dans une  évaluation des manifestations datée du 7 janvier, Stratfor a décrit le chaos dans les rues iraniennes comme une occasion propice à la guerre : « Même s'il est peu probable que le régime s'effondre, les troubles actuels pourraient ouvrir la voie à Israël ou aux États-Unis pour mener des activités secrètes ou déclarées visant à déstabiliser davantage le gouvernement iranien, soit indirectement en encourageant les manifestations, soit directement par des actions militaires contre les dirigeants iraniens. »

Cependant, le contractant de la CIA a reconnu que « de nouvelles frappes militaires contre l'Iran mettraient aussi probablement fin au mouvement de protestation actuel, en conduisant plutôt à une manifestation plus large de l'unité et du nationalisme iraniens, un schéma déjà observé après les frappes des États-Unis et d'Israël en 2025 ».

« Nous sommes prêts, armés et parés à intervenir »

La dernière vague de manifestations antigouvernementales en Iran a, sans surprise, reçu des soutiens enthousiastes de la part d'un ensemble de dirigeants occidentaux, dont le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et le président des États-Unis Donald Trump.

« Si l'Iran tire [sic] et tue violemment des manifestants pacifiques, comme c'est sa coutume, les États-Unis d'Amérique viendront à leur secours », a annoncé Trump. « Nous sommes prêts, armés et parés à intervenir. »

Quelques jours plus tard, il  a de nouveau menacé l'Iran : « Vous feriez mieux de ne pas commencer à tirer [sur les manifestants] - parce que nous aussi, nous commencerons à tirer. » Puis, le 12 janvier, Trump  a décrété que tout pays pris en train de commercer avec l'Iran se verrait imposer un tarif douanier de 25 % sur les biens échangés avec les États-Unis.

À présent, Trump envisagerait une attaque en examinant des options allant de la cyberguerre aux frappes aériennes. Cependant, le rythme des manifestations antigouvernementales semble avoir ralenti, un calme relatif revenant dans les grandes villes.

Alors que la poussière retombe, des  millions de citoyens iraniens envahissent les rues des villes, de Téhéran à Mashhad, pour  exprimer leur indignation face aux émeutes,  dénoncer les éléments étrangers qui ont contribué à déclencher la vague de violence visant à renverser le régime, et proclamer leur soutien au gouvernement. Mais dans les salles de rédaction occidentales, il semble interdit de donner la parole à ces masses de manifestants iraniens.

Article original:  The Grayzone (12 janvier 2026)
Traduit de l'anglais par  En dehors de la boîte

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