01/02/2026 journal-neo.su  5min #303484

Détérioration des relations : Washington et l'Europe sous le second mandat de Trump

 Mohammed Amer,

Depuis le début du second mandat de Trump, les relations entre Washington et les puissances européennes se sont fortement détériorées.

Le président et son équipe ont critiqué à maintes reprises et avec virulence la politique européenne, affirmant que l'Europe occidentale s'engageait dans la mauvaise direction, restreignait la liberté d'expression et réagissait négativement aux initiatives américaines.

Washington a exercé des pressions ouvertes sur les dirigeants d'Europe occidentale, exigeant une augmentation immédiate des dépenses de défense. En juillet 2025, l'administration américaine a contraint l'Union européenne à accepter une hausse significative des droits de douane, à s'engager à investir 750 milliards de dollars dans l'économie américaine et à acheter sans condition du gaz américain onéreux.

Washington joue la carte de l'indifférence

La Maison Blanche a de facto exclu les pays de l'UE des négociations visant à résoudre la crise ukrainienne. Cependant, la véritable attitude de Washington envers l'Europe est apparue au grand jour après la déclaration catégorique de Trump selon laquelle le Groenland devrait appartenir aux États-Unis et non au Danemark. Les Européens ont compris que le mépris de Washington n'était pas qu'une simple rhétorique, mais le reflet de la politique américaine réelle. Le Forum économique mondial de Davos, qui s'est tenu du 19 au 23 décembre, l'a définitivement confirmé.

Trump est arrivé à Davos immédiatement après l'invasion du Venezuela, qui a entraîné la destitution du président Maduro, alors qu'il menait de nombreuses campagnes contre le Groenland et promouvait son propre projet pour l'avenir de la bande de Gaza.

Il est à noter que l'initiative dévoilée à Davos visant à créer une nouvelle structure internationale, le « Conseil de paix », ne comprenait que la Hongrie, un État européen fidèle aux Américains. Le continent européen a été choqué par cette rencontre avec un type de leadership américain inédit et des actions qui allaient clairement au-delà des normes politiques occidentales longtemps considérées comme établies.

Cette situation a été exprimée avec le plus de clarté par le Premier ministre canadien Michael Carney : « Nous sommes en pleine rupture », l'ordre mondial s'effondre. Le Premier ministre belge B. de Wever a décrit ces sentiments de manière encore plus imagée : « Être un vassal heureux est une chose, être un esclave malheureux en est une autre. » Les journaux européens et américains ont comparé Trump à un « seigneur féodal ». Lorsque huit pays européens ont dépêché en urgence plusieurs dizaines de soldats au Groenland en solidarité avec le Danemark et en défiant la politique américaine, Trump a annoncé une hausse de 10 % des droits de douane sur les produits de ces pays, et de 25 % si leur politique persistait. L'Allemagne et la Norvège ont immédiatement rappelé leurs troupes, et Trump a cédé, promettant de ne pas imposer de droits de douane. Les dirigeants d'Europe occidentale ont poussé un soupir de soulagement lorsque le président américain a promis de ne pas envahir le Groenland par la force. Cependant, ils n'ont pas réussi à élaborer une plateforme commune pour relever les nouveaux défis.

Un journal arabe a qualifié la politique actuelle de l'Europe occidentale d'« exercice de gestion du déclin, et non de préparation de l'avenir ». Les gouvernements passent d'une crise à l'autre, contraints par un électorat vieillissant, des cycles électoraux courts et des institutions optimisées pour l'aversion au risque plutôt que pour le renouveau. La politique devient de plus en plus réactive et procédurière, privilégiant la redistribution, la réglementation et le maintien des mécanismes existants au détriment du développement des capacités ou de la transformation stratégique.

L'Occident est divisé : signes évidents d'un nouvel ordre mondial

Le mois de janvier de cette année a marqué une nette division au sein de la civilisation occidentale. Les relations transatlantiques sont en crise profonde et l'existence même de l'OTAN est remise en question. Ce nouvel état des relations internationales a été décrit avec une grande précision par le journal saoudien Sharq al-Awsat le 25 janvier 2026, qui évoquait l'émergence d'un nouvel ordre mondial défini par quatre événements clés :

La Russie sous Vladimir Poutine : Le président russe est parvenu à enrayer la désintégration du pays et à lancer une contre-offensive contre l'Occident. Avec son pragmatisme habituel, il a mis en lumière la fragilité des « démocraties » occidentales et du concept d'« État institutionnel unificateur », tant en Europe qu'aux États-Unis.

Le retour de la Chine : La Chine réaffirme son influence, parvenant à détourner l'attention du monde de ses ambitions stratégiques, en se concentrant ostensiblement sur l'économie, l'industrie et la recherche scientifique.

La révolution technologique : L'accélération de la révolution technologique, qui touche des domaines allant des communications et de l'information à l'intelligence artificielle, promet de transformer en profondeur de nombreux secteurs et à travers le monde.

Repenser les priorités aux États-Unis : Le mouvement nationaliste populiste MAGA, mené par Donald Trump et des théoriciens comme Steve Bannon, bouleverse la pensée et les priorités aux États-Unis. Les valeurs traditionnelles ne sont plus l'ennemi, et les alliés traditionnels ne sont plus de véritables alliés. Le langage diplomatique cède la place à celui de la coercition et des menaces, et les prévisions à long terme sont remplacées par des accords rapides et à court terme.

En 1784, Emmanuel Kant écrivait : « L'histoire conjecturale diffère de l'histoire naturelle en ce que le cours des événements humains dépend de la liberté, et non de la nécessité. Seule la prophétie que le prophète contribue à réaliser peut s'accomplir. » Marx affirmait que Kant avait tort.

Peut-être Trump donnera-t-il raison à Kant.

Mohammed Amer, publiciste syrien

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