03/02/2026 reseauinternational.net  4min #303737

 Une nouvelle guerre américano-israélienne contre l'Iran embrasera toute la région (secrétaire général du Hezbollah)

Iran : la guerre qui n'aura peut-être pas lieu (et pourquoi cela arrange certains)

par Messaoud B.

La guerre d'Iran rapportera des milliards même si elle n'a pas lieu

Fermeture du détroit d'Ormuz, frappe israélienne, escalade régionale : les scénarios catastrophe font la une. Pourtant, dans les salles de marché, l'essentiel est déjà joué. Décryptage d'une mécanique où la tension géopolitique se transforme en actif financier avant même de devenir réalité.

Quand la tension devient un signal

Depuis la mi-janvier 2025, les déploiements navals américains dans le Golfe ont été renforcés, les déclarations de l'administration Trump se sont durcies, et les positions longues sur le pétrole brut ont atteint des niveaux records sur les marchés de New York et de Londres. Pourtant, aucune frappe n'a eu lieu. Aucun détroit n'a été fermé. L'escalade reste, pour l'instant, rhétorique.

Cette montée des tensions entre les États-Unis, Israël et l'Iran est le plus souvent analysée sous l'angle militaire : ultimatums diplomatiques, capacités de frappe, lignes rouges.

Cette lecture est nécessaire.

Elle est insuffisante.

Car bien avant toute confrontation réelle, les marchés financiers réagissent. Ils anticipent, se positionnent, arbitrent.
Dans cet univers, la possibilité crédible d'une guerre peut produire plus d'effets que la guerre elle-même.

Ce qui se joue aujourd'hui n'est pas nécessairement une marche inéluctable vers l'affrontement, mais une financiarisation du risque géopolitique, où la menace devient un actif temporaire, exploitable tant qu'elle reste suspendue.

La menace comme signal, pas comme décision

Les marchés modernes ne fonctionnent pas sur les faits accomplis, mais sur les probabilités perçues.

Il n'est pas nécessaire :

  • qu'un missile soit tiré,
  • qu'un détroit soit effectivement fermé,
  • qu'une guerre soit déclarée.

Il suffit que le scénario devienne crédible.

À partir de ce moment :

  • la volatilité augmente,
  • les couvertures s'activent,
  • les flux se déplacent,
  • les algorithmes exploitent l'incertitude.

La géopolitique cesse alors d'être une fin en soi.
Elle devient un déclencheur.

Le véritable champ de bataille : la volatilité

La zone Iran-Golfe Persique concentre plusieurs points de fragilité systémiques :

  • l'approvisionnement énergétique mondial,
  • les routes maritimes stratégiques,
  • des marchés de dérivés extrêmement sensibles.

Toute montée de tension crédible provoque mécaniquement :

  • des repositionnements sur le pétrole et le gaz,
  • des mouvements sur les devises dites refuges,
  • des ajustements sur les marchés obligataires,
  • des transferts rapides de liquidité.

Dans ce cadre, la crise est monétisable avant d'être réelle.

Les acteurs les mieux positionnés n'attendent pas l'événement.
Ils anticipent le narratif, entrent avant, exploitent pendant, et sortent avant la désescalade officielle.

Le billard à trois bandes

La mécanique observable suit une séquence récurrente, presque industrielle.

Première bande : la tension publique

Discours durs, posture militaire, ambiguïté stratégique.
Effet : montée de la peur, explosion de l'incertitude.

Deuxième bande : les flux

Volatilité exploitée, options activées, couvertures déclenchées, arbitrages accélérés.
Effet : transfert de valeur vers ceux qui étaient positionnés en amont.

Troisième bande : la sortie

Médiations discrètes, recul tactique, apaisement présenté comme responsable.
Effet : le public voit une crise évitée.
Les gains, eux, ont déjà été réalisés.

Dans ce schéma, la désescalade est aussi stratégique que la menace : elle permet de solder les positions.

Une logique transactionnelle du pouvoir

Cette dynamique est particulièrement compatible avec une approche du pouvoir fondée sur le levier, la pression et le rapport coût/bénéfice.

Dans cette grille de lecture :

  • le monde est un marché,
  • la crise est un outil,
  • la menace est un moyen de négociation,
  • le recul est une victoire narrative.

La menace n'a pas besoin d'être exécutée pour être rentable.
Elle doit seulement être crédible, suffisamment longtemps.

Le point de rupture

Ce système tient tant que :

  • les canaux de communication restent ouverts,
  • les acteurs interprètent la menace comme conditionnelle,
  • aucun événement tiers ne force la main.

Mais il suffit :

  • d'un incident naval,
  • d'une frappe non coordonnée,
  • d'une erreur d'interprétation,
  • ou d'une réaction automatique amplifiée,

pour que le signal financier bascule en enchaînement militaire réel.

C'est là que tout devient dangereux.

La main passe du financier au militaire :
la crise cesse d'être un actif
et devient un engrenage.

La vérité nue du scénario

La situation actuelle n'est ni une prophétie de guerre, ni une simple agitation médiatique.

C'est une spéculation géopolitique à fort levier, dans un monde où :

  • la finance précède la décision politique,
  • la menace agit comme un actif temporaire,
  • et l'accident reste la seule variable non contrôlable.

Les milliards n'attendent pas la guerre.
Ils sont déjà prêts à circuler.

Et lorsque l'argent est positionné,
la politique n'est plus le cœur du jeu :
elle n'en est que le signal de départ.

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