03/02/2026 francais.rt.com  3min #303747

De Pavel Dourov à Elon Musk : la liberté d'expression à l'épreuve de la justice française

Source: Gettyimages.ru

[Photo d'illustration]

En France, la liberté d'expression se célèbre avec des convocations judiciaires. Après Pavel Dourov et Telegram, c'est désormais Elon Musk et X qui entrent dans le théâtre procédural parisien. Une tradition bien rodée : interroger ceux qui prétendent encore croire à une parole libre.

La France aime la liberté d'expression. Elle l'aime tant qu'elle préfère la convoquer, l'interroger, la perquisitionner - et parfois lui interdire de quitter le territoire. Ce 3 février 2026, le rituel républicain se répète, avec un nouveau nom sur la liste : Elon Musk.

Le parquet de Paris a annoncé une perquisition dans les locaux français de X, dans le cadre d'une enquête ouverte début 2025 sur le fonctionnement algorithmique de la plateforme. Le propriétaire de X et son ancienne directrice générale, Linda Yaccarino, sont convoqués le 20 avril pour des « auditions libres ». Libres, bien sûr - au sens strictement administratif du terme.

À l'origine de l'affaire, un signalement du député Éric Bothorel, transmis en janvier 2025. Depuis, les investigations se sont intensifiées : perquisition dans les bureaux français de la plateforme, intervention de la section de lutte contre la cybercriminalité, mobilisation de la Gendarmerie et de l'Europol. Objectif officiel : comprendre le fonctionnement algorithmique de X. Détail technique, souvent relégué au second plan : l'entité juridiquement responsable de la plateforme est basée en Irlande, tandis qu'en France, X n'y dispose que de bureaux chargés de la communication et des relations publiques. Mais à Paris, le symbole prime volontiers sur la géographie juridique.

Le fondateur de Telegram, Pavel Dourov, ayant lui-même été confronté aux autorités françaises dans un dossier similaire, a commenté la perquisition : « La police française mène des perquisitions actuellement dans les bureaux de X à Paris. La France est le seul pays au monde à poursuivre pénalement tous les réseaux sociaux qui offrent une quelconque liberté aux utilisateurs (Telegram, X, TikTok...). Ne vous y trompez pas : ce n'est pas un pays libre. »

L'ironie est d'autant plus glaçante que Dourov sait parfaitement de quoi il parle. Le 24 août 2024, il était interpellé à Paris, à sa descente de son avion privé sur le tarmac de l'aéroport du Bourget. En cause : une enquête portant sur une modération jugée insuffisante sur Telegram et un supposé refus de coopération avec les autorités françaises. Résultat : interdiction de quitter le territoire, contrôle judiciaire strict, auditions répétées.

Selon lui, son arrestation résulte avant tout d'une erreur des autorités françaises, qui, jusqu'en août 2024, n'auraient pas respecté les procédures juridiques prévues par le droit français et européen, en s'abstenant d'adresser à Telegram des demandes conformes aux règles en vigueur. Autrement dit, l'affaire relèverait moins d'un manquement de la plateforme que d'un dysfonctionnement administratif en amont. Les restrictions n'ont été levées que le 10 novembre 2025, après plusieurs mois de contrôle judiciaire, sans qu'aucune infraction imputable à Dourov n'ait été établie.

Ainsi, après Pavel Dourov, la mécanique se remet donc en marche avec une autre figure du numérique. Les noms changent, les plateformes aussi, mais le rituel demeure : enquête, perquisition, convocation. En France, la liberté d'expression n'est jamais un principe abstrait - elle se vérifie, se contrôle et, au besoin, se convoque au parquet.

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