
par Serge Savigny
Les pays des BRICS prévoient de créer leur propre plateforme de paiement basée sur les monnaies nationales. Ils entendent ainsi affaiblir les sanctions occidentales et réduire leur dépendance au dollar. Cette initiative pourrait frapper durement le système financier mondial actuel. Une révolution financière est-elle imminente ?
Les pays des BRICS pourraient très bien franchir cette année une étape décisive vers la restructuration de l'architecture financière mondiale avec l'introduction prévue d'une plateforme de paiement commune, provisoirement nommée BRICS Pay.
En fait, il s'agit ni plus ni moins de contourner le dollar en tant que principale devise de paiement et d'affaiblir ainsi l'un des moyens d'influence les plus efficaces de l'Occident, à savoir les sanctions financières.
Selon les médias, l'initiative émane principalement de l'Inde, qui assure actuellement la présidence des BRICS. La Banque centrale indienne (RBI) a proposé de relier les monnaies numériques des banques centrales (CBDC) des pays membres via une plateforme technologique commune. L'objectif est de rendre possible les paiements transfrontaliers en monnaies nationales. Ce qui exclut le recours à des centres ou systèmes de compensation en dollars tels que Swift, écrit le Berliner Zeitung.
Il est à noter que ce nouveau projet n'a pas pour but une unification monétaire. Au contraire, selon les médias financiers indiens, l'idée est de créer une infrastructure purement technologique qui garantira l'interopérabilité des monnaies nationales existantes.
L'expansion récente du groupe des BRICS confère une pertinence particulière au projet. Avec l'adhésion de pays comme l'Arabie saoudite, l'Iran et les Émirats arabes unis, les débats financiers et politiques passent au premier plan. En effet, c'est précisément dans le domaine du commerce des ressources énergétiques, traditionnellement effectué en dollars, que de nouvelles possibilités s'ouvrent pour Riyad, Téhéran et Abou Dhabi.
Dans le même temps, les grands pays des BRICS ne font que commencer à mettre en œuvre des projets de création de monnaies numériques. La Chine, l'Inde et la Russie testent pour l'instant les monnaies numériques de leurs banques centrales uniquement dans le cadre de programmes pilotes. Les questions de compatibilité technique, de sécurité des données et de gouvernance partagée restent non résolues. C'est là que résident les principaux obstacles pour BRICS Pay. Néanmoins, il ne faut pas sous-estimer ce projet ambitieux. Si une infrastructure de paiement alternative fonctionnelle parvient à être créée, à long terme cela pourrait limiter considérablement les possibilités de sanctions de l'Occident.
Cependant, la volonté politique au sein des BRICS n'est pas uniforme. Alors que les pays sous sanctions, comme la Russie ou l'Iran, montrent un grand intérêt pour des systèmes de paiement alternatifs, d'autres membres continuent de bénéficier du système existant fondé sur le dollar.
À cela s'ajoute un fossé technologique important. Certains pays doivent d'abord parcourir tout le chemin du développement avant que la création d'une plateforme commune ne devienne réalité.
Le lancement de BRICS Pay à court terme dépend avant tout d'un consensus politique. Si les responsables politiques font preuve de volonté et que tous les chefs d'État et de gouvernement donnent leur accord, une telle plateforme pourrait être mise en œuvre relativement rapidement. Une chose est sûre : même si le projet est déployé progressivement, les premières fissures pourraient apparaître dans le fondement quasi immuable du système financier mondial axé sur le dollar.
source : Observateur Continental