
Georges GASTAUD
Nombre d'analystes militaires et/ou de géopolitistes patentés croient pouvoir traiter séparément les uns des autres les multiples théâtres d'affrontement ou de pré-affrontement militaire qui opposent l'hégémonisme euro-atlantique (sous pilotage plus ou moins direct selon les cas du super-hégémonisme étasunien) à un ensemble encore disparate d'Etats et de forces politiques.
Un regroupement certes hétérogène mais porté par de multiples dynamiques de résistance que la crise encore souterraine, mais clairement systémique et irrémédiable, du mode de production capitaliste, doublée d'une crise planétaire aiguë du consentement des peuples (Afrique, Eurasie et, avec un net recul ces derniers temps, de l'Amérique latine) à l' "ordre" euro-atlantique (résumé par la Trinité du dollar, de l'US Army et du soft power étasunien de moins en moins "soft" et de plus en plus invasif de la langue et de la culture étasunienne...), pousse de plus en plus, par-delà des défaites localisées et momentanées, à contester le suffocant "ordre" atlantique mondial porté par l'Hégémon étasunien (lui-même en crise explosive aux USA même). Celui-ci est du reste soutenu à divers degrés par sa valetaille mondiale allant du bloc anglo-saxon AUKUS (Australia, United Kingdom, USA) à l'Europe atlantique pilotée par l'Hégémon régional allemand et, loin derrière lui mais n'en paradant que davanatge en tirant mollement sur sa laisse germano-étasunienne, par le Parti Maastrichtien Unique "français" : ce "P.M.U." maléfique qui, de Sarko à Macron en passant par Hollande et, demain peut-être par le non moins atlantiste Bardella, s'inscrit continûment, malgré le désaveu du peuple français (référendum de mai 2005) dans la marche à un Etat fédéral européen centré sur le militarisme débridé d'un Merz exigeant que la France abandonne à l'UE sa force de frappe et son siège au Conseil de sécurité de l'ONU...
A quoi il faudrait ajouter, pour bien se représenter l'étau hégémoniste tenaillant la planète, le Japon impérial en voie de revanche historique sur la Chine, mais aussi le petit vassal sud-coréen, plus particulièrement chargé par l'Hégémon US qui l'occupe militairement de facto depuis les années 50, de réactiver à la demande la mal-éteinte guerre de Corée : un conflit terriblement sanglant qui n'a jamais connu de vraie trêve entre Pyongyang et le régime américano-dépendant de Séoul.
Il convient également de prendre en compte une série d'ébranlements plus latéraux mais importants stratégiquement : en Afrique, la confrontation fait rage entre l'hégémonisme euro-atlantique, tantôt directement américain et anglo-saxon (notamment dans le conflit sous influence entre le régimé ruandais et le Congo démocratique, ou dans l'interminable "guerre civile" soudanaise), tantôt "français" menaçant les pouvoirs populaires en place dans plusieurs pays francophones du Sahel, Burkina Faso "sankariste" en tête. Destructeur en France même de la souveraineté nationale, des acquis sociaux et des services publics, du produire en France agricole et industriel, voire de la langue française sacrifiée au tout-anglais "transatlantique", le sous-impérialisme français décadent et de plus en plus soumis à Washington et/ou à Berlin s'efforce en effet, à défaut de servir la nation qu'il détruit, de préserver ce qui reste du pré-carré français de l'Ouest africain à la Roumanie et à la Moldavie latinophones. Un lot de consolation que lui dispute en sous-mains l'impérialisme yanqui de plus en plus offensif dans le Mahgreb anciennement français et en voie de ralliement, de Rabat à Alger, à l'influence économique, politique, culturelle et linguistique anglo-saxonne, voire carrément israélienne s'agissant du Maroc.
Bien évidemment, l'Axe euro-atlantique (... et japonais) dominé par les USA n'attaque pas partout au même rythme et avec le même degré de violence sur ces théâtres d'opération bigarrés. D'abord parce qu'il est lui-même travaillé par les contradictions inter-impérialistes opposant les USA à l'UE avec des effets non négligeables sur l'OTAN ; ensuite parce que ces conflits régionaux sont inégalement "mûrs" pour des traitements directement guerriers qui ne sauraient être partout identiquement efficaces : ce sera donc ici la "guerre par procuration" menée par l'OtAN contre la Russie sur le dos de la jeunesse ukrainienne et du massacre, organisé depuis 2014 par les milices néonazies ukrainiennes, du Donbass ouvrier, russophone et historiquement prosoviétique. Là, ce sera le rapt insolent d'un président venezuélien en exercice et la volonté de mettre sous tutelle de confisquer cyniquement le pétrole caribéen. Ailleurs, ce sera l'immixtion occidentale directe via d'opportunes "révolutions oranges" badées de "sanctions" occidentales, de "lois extraterritoriales", de blocus économiques se muant en sièges affameurs (Cuba), d'intimidation militaire ou de frappes aériennes massives (Iran).
Enfin, l'hégémonisme euro-américain sait appliquer la tactique bien rodée des Horaces vaincant tour à tour les Curiaces car l'Oncle Sam sait d'expérience différencier ses manigances, moduler ses ingérences, échelonner ses opérations armées de manière, en un mot, "diviser pour régner". Les tactiques varieront à l'infini, mais il s'agira toujours de couper la Russie de la Chine, de séparer s'il se peut l'Axe russo-chinois de l'Inde et du Brésil. Ainsi Washington a-t-il récemment activé une vaste manoeuvre géomilitaire consistant à s'emparer d'abord de l'hémisphère occidental du Groenland à la Terre de feu en arraisonnant les patries de Marti, de Fidel et de Bolivar ; s'il le peut, il annexera le Canada en écrasant le souverainisme québécois, ce front avancé de la Francophonie assiégée de toutes parts. C'est du reste ce que signifie le slogan trumpiste M.A.G.A. : non pas un retour à l'isolationnisme nord-américain du XIXème siècle, ni même la reprise pure et simple de la Doctrine Monroe ("l'Amérique aux Américains !", en réalité, aux Anglo-saxons du Nord : à nous, élites suprémacistes blanches d'Amérique, non seulement l'ex-Empire comanche, mais l'Alaska russe, la Louisane française, la Californie mexicaine, l'Amérique latine, métisse et amérindienne) ; et cela dans le cadre d'une marche à deux temps (voire en fondu-enchaîné car Trump tente de jouer double jeu avec Poutine dans les "négociations" sur l'Ukraine) : gardant pour fin stratégique la domination planétaire, jusqu'à recourir s'il le faut à la guerre mondiale, la tactique trumpiste consiste à s'assurer d'abord du contrôle total des Amériques, à hypervassaliser l'UE, à contrôler plus directement encore ses gouvernements postnationaux (France lepéniste en tête) sans oublier d'éradiquer au passage de manière fasciste les forces marxistes occidentales et à réassurer aux USA même la suprématie ethnique de l'oligarchie W.A.S.P. sur les populations noires, asiatiques, latino-américaines et amérindiennes.
L'Axe euro-atlantique n'hésite pas du reste à s'allier aux pires réactionnaires de la planète, des néonazis baltes à la mussolinienne Meloni, des intégristes génocidaires de Smotrich-Netanyahou à l'ex-numéro 2 syrien d'Al Qaida, le sanglant El Jolani, des messiano-évangélistes étatsuniens aux illuminés de la secte chinoise Falungong en passant par le bigot J.D. Vance : "réaction sur toute la ligne" disait déjà Lénine en 1916 pour qualifier la nouvelle phase impérialiste du mode de production capitaliste devenu "capitalisme monopoliste, capitalisme agonisant, capitalisme pourrissant". Un capitalisme d'autant plus agressif désormais que ce mode de production devenu obsolète et décadent ne porte plus aucun projet susceptible de fédérer les peuples, de cimenter les nations et de mobiliser la jeunesse du monde promise à l'"économie de guerre", à la casse sociale et à la fascisation, au recul des Lumières à contresens du progrès des sciences, au dévoiement des technologies et au saccage de l'environnement. Les maîtres de cet ordre déclinant n'excluent même pas de recourir à la guerre d'anéantissement si tel était le prix ultime qu'il lui faille être prête à payer pour assurer à tout prix le préséance planétaire de l'oligarchie euro-atlantique. C'est entre autres ce que signifie la thèse selon laquelle l'exterminisme est devenu le stade suprême du capitalisme impérialiste "moderne". Marx n'affirmait-il pas déjà dans Le Capital, à une époque où ce mode de production était pourtant bien moins dégénéré qu'aujourd'hui, que "le capitalisme ne génère la richesse qu'en épuisant ses deux sources, la Terre et le travailleur" ? Et Lénine n'écrivait-il pas à l'orée du premier conflit mondial que "le trust conçu pour l'extermination constitue le dernier mot du capitalisme moderne" ?
RACINES CONTRE-REVOLUTIONNAIRES DU GLISSEMENT TECTONIQUE AU TROISIEME CONFLIT GLOBAL
C'est en effet sur une grande ligne de faille sillonnant la mappemonde de la Baltique à la Corée (une ligne qui va des Pays baltes à l'Ukraine, qui sinue du Caucase à l'Iran, du Proche-Orient à la Mer rouge, de Taiwan à la Mer de Chine et que prolongent plus latéralement les failles secondes - mais pas secondaires pour les peuples ! - opposant l'hégémonisme atlantique à nombre de peuples eurasiens, sud-américains et africains épris de souveraineté), que s'accélère la marche déjà engagée - mais pas encore irréversible si nous agissons à temps ! - vers une troisième guerre mondiale impérialiste-hégémoniste. Une course à l'abîme engagée du reste durant les années 75/85 par l'impérialisme US chassé du Vietnam et alors en recul quasi-universel (masses iraniennes percutant l'odieux régime du Shah, insurrections du Nicaragua et du Salvador, révolution laïco-républicaine alliée à l'URSS à Kaboul, Révolution portugaise des Oeillets sous influence communiste et émancipation concomitante des colonies portugaises***, pouvoirs se réclamant du marxisme du Bénin à Madagascar en passant par l'Ethiopie, transition postfranquiste à haut risque (pour l'Occident, pas pour les travailleurs !) de l'Espagne, chute des colonels grecs pro-OTAN, montée des communistes en France et en Italie*) et que n'aura pas arrêtée, ni même vraiment freinée, l'auto-destruction contre-révolutionnaire de l'ex-URSS déstabilisée par Gorbatchov, puis démembrée par le nationalisme grand-russe ré-émergent d'Eltsine : en amont de cette contre-révolution d'impact planétaire, qui a permis la franche accélération de la "construction européenne" et qui a durablement affaibli le camp mondial du Travail et le mouvement anti-impérialiste Palestine en tête, souvenons-nous de la relance par Reagan et Bush Senior de la course aux armes nucléaires, de l'implantation des missiles Pershing II au coeur de l'Europe, de la rhétorique occidentale exterminatrice des années 80 sur le thème "plutôt morts que rouges !"**. Et de fait, nous n'avons peut-être échappé de peu à la conflagration nucléaire immédiate dans les années 83/85 que par le "reculer pour encore plus mal sauter" inhérent à la "nouvelle pensée politique" gorbatchévienne : elle prétendait en effet apaiser l'impérialisme occidental en renonçant à la lutte des classes, voire au socialisme ("préférer les valeurs universelles de l'humanité aux intérêts de classe du prolétariat", serinait Gorbatchev au risque de désorienter et de paralyser la défense anti-impérialiste de la paix). Peine perdue puisque, à l'issue de trente années d'unilatéralisme nord-américain, la Russie détachée de l'ensemble soviétique est bien plus faible face au méga-prédateur occidental que ne l'était l'URSS insérée dans leTraité de Varsovie : comme l'avait alors saisi Fidel Castro ("la patrie ou la mort, le socialisme ou mourir" clamait Fidel face au lâchage de Cuba par la nouvelle Russie), on n'achète pas la paix en bradant le socialisme et en abandonnant l'initiative historique à l'impérialisme dans la lutte des classes nationale et internationale...
Par bonheur pour le monde, sinon pour les étudiants chinois sincères mais manipulés par l'Occident, et si dur que ce constat soit à admettre pour qui partage la grille de lecture des géopolitistes dominants, un coup d'arrêt au détricotage contre-révolutionnaire final du socialisme mondial fut apporté en 89 par le leader chinois Deng Xiaoping, pourtant instigateur contre Mao des contre-réformes néolibérales, quand un ultime sursaut "contre-contre-révolutionnaire" au sein du PCC stoppa les manifestations ouvertement pro-américaines de Tiananmen : tant pis pour l'impérialisme US si, ayant voulu aller trop vite en besogne après avoir englouti la RDA et l'URSS, l'ogre étasunien a alors subi un cinglant rappel politico-militaire à la réalité. Lequel aura permis en revanche le rebond idéologique du PC chinois rendu à une attitude plus combative et marxisante sur les scènes interne et internationale. Et c'est plus vrai encore depuis que, sous l'autorité de Xi Jinping, le PCC a pris ou repris le contrôle des grandes entreprises, y compris occidentales. C'est tout cela qu'il faut prendre en compte si l'on veut aujourd'hui saisir la cohérence sociopolitique du front anti-hégémonique mondial dans son extrême diversité. Car c'est une seule et même ligne de front planétaire qui
* confronte aujourd'hui le bloc atlantiste à la Russie (en réalité celle-ci se bat en posture défensive depuis 89 face au nouveau Drang nach Osten de l'impérialisme germano-américain) dans la guerre par procuration que l'UE/OTAN alliée au régime kiévien mène pour épuiser la Russie, la saigner militairement et la démanteler territorialement,
* se marque aux tentatives permanentes de l'Occident (USA, UE, mais aussi, plus spécifiquement, Grande-Bretagne, France et RFA) pour dominer le Caucase (Arménie, et surtout Azerbaidjian sous influence turco-franco-trumpiste), pour couper la Russie de la Chine en agressant l'Iran, pour génocider le peuple palestinien, pour revenir sur les accords initiaux de Mao et de Nixon affirmant qu' "il n'y a qu'une Chine" (dont Taiwan fait partie), pour mettre en place le "Grand Israël" en assurant un protectorat étasunien sur le Proche-Orient (Irak, Liban, Syrie...), et sur la Mer Rouge, pour placer la Libye sous le contrôle chaotique des forces pro-occidentales, pour réfréner les pouvoirs anti-impérialistes d'Afrique, pour entretenir les braises entre les deux Corées...
Enfin on ne saurait sous-estimer la portée politique et mondialement symbolique que comporte la décision trumpiste d'assiéger Cuba, d'y susciter artificiellement de prétendues "émeutes de la faim", d'y renverser le Parti communiste, d'installer Rubio (le secrétaire d'Etat nord-américain : un comble de cynisme !), d'annexer de fait l'île aux USA et par ce biais, d'assurer la mainmise impériale directe des USA sur l'hémisphère occidental purgé des forces marxistes et patriotiques pour, le moment venu, permettre aux USA de bloquer maritimement la Chine et la Russie pour se jeter plus commodément sur l'ensemble de la planète.
Et dire que pendant ce temps, la veule "gauche" établie française dénonce le "dictateur" Maduro baîllonné, assourdi, entravé et aveuglé par les Marines et fait bloc en Ukraine avec le gangster mondial Trump pendant que ce dictateur mondial affame La Havane, massacre Gaza par Israël interposé et a déjà fait main basse sans tirer un coup de feu, tant est grande la veulerie de l'UE, sur le canal de Panama ! Pauvre gauche établie européenne que Lénine eût impitoyablement qualifiée de "social-impérialiste", si ce n'est de "social-fasciste" : socialiste en paroles, mais impérialiste et fascisante en réalité !
QUE FAIRE POUR ARRÊTER LA MACHINE D'ASSERVISSEMENT GLOBALITAIRE ?
CUBA, GAZA, VENEZUELA SI, M.A.G.A. NO !
Face à ce péril, le plus grand qu'ait couru l'humanité depuis 1933, il faut certes continuer de défendre au cas par cas les populations agressées par l'impérialisme euro-atlantique et ses créatures de Gaza à la Cisjordanie, de l'Iran au Yémen, du Donbass à la Corée populaire. Mais surtout, il ne faut pas laisser l'Axe hégémoniste et ses marionnettes, y compris celles de la fausse gauche, diviser les résistances, opposer Gaza à Cuba, accabler Maduro humilié en s'alliant lâchement au bourreau impérial Trump, permettre à des organisations "progressistes" sans cervelle d'appuyer en Ukraine ou en Mer de Chine un impérialisme euro-atlantique qui est le bâilleur d'armes du génocide palestinien et le principal fauteur de guerre mondiale contre les BRICS. Le "progressiste" qui, de nos jours, lutte de la main gauche mais fusille ses amis de la main droite est surtout sûr de perdre et de se déshonorer... De même qu'en France, la tactique des états-majors syndicaux bloquant le tous ensemble des travailleurs du public et du privé, refusant de construire l'action commune des services publics asphyxiés, dénigrant la convergence des luttes entre salariés et paysans, ne peut mener qu'au triomphe du bloc UE/MEDEF/Macronie uni contre le peuple ; de même la dispersion continue des forces à l'échelle mondiale ne pourrait que garantir une victoire facile et de très longue portée historique au camp réactionnaire emmené par Trump.
Certes, le bloc contre-hégémonique mondial formé par les BRICS comporte des forces antisocialistes (Russie, Inde de Modi...), social-démocrates (Brésil), voire sévèrement antisyndicales (pouvoir sud-africain actuel) : mais, d'une part, la défaite mondiale du bloc atlantique fournirait une salutaire arrivée d'air aux luttes anti-impérialistes proprement dites, elle raviverait les luttes proprement anticapitalistes (pensons aux grèves de masse qui ont eu lieu depuis la fin de la pandémie en Inde, au Bangladesh, au Mexique, en Corée du Sud, aux USA, en Grande-Bretagne, et aussi dernièrement aux grèves générales des salariés grecs, italiens, belges et portugais, à l'élan syndical, francophone et souverainiste du Québec, sans oublier chez nous les Gilets jaunes, nos grandes manifs pour les retraites et le récent mouvement "Bloquons tout !" que Macron n'a stoppé qu'en sacrifiant le soldat Bayrou au Parlement...). En outre, la défaite du bloc hégémonique mondialement fédéré par Washington et cogéré par ses subalternes de l'UE-OTAN remettrait au centre de la problématique concrète les questions indissociables, du moins en France, du Frexit progressiste et du socialisme-communisme de nouvelle génération (ce qui prescrit pour commencer de refuser le scandaleux renvoi dos-à-dos par l'UE du Troisième Reich et de son principal vainqueur l'URSS...)
Cela signifie aussi qu'il faut s'adresser, en France et ailleurs, à l'ensemble des forces populaires, pacifiques et progressistes, ainsi qu'aux forces républicaines éprises de souveraineté, pour qu'elles défendent ensemble au moyen de meetings pluriels, de tracts communs, etc. non seulement Gaza, Cuba et le Venezuela, ces saillants du front anti-hégémonique, non seulement le droit du Donbass ouvrier martyrisé depuis 2014 à rallier la Russie si tel est son voeu majoritaire, non seulement le droit des Etats du Sahel à rompre avec la Françafrique pour oeuvrer à l'unité panafricaine et bâtir une relation égalitaire avec le peuple français, mais qu'il faut aussi défendre plus globalement la paix mondiale, et cela sur tous les fronts car la guerre nucléaire d'extermination peut partir à notre époque de dix théâtres différents ! Et pour cela, il faut désigner l'hégémonisme euro-atlantiste comme l'ennemi principal des peuples, refuser de soutenir les prédateurs de l'Europe atlantique - qui ne sont nullement une alternative contre le suzerain étasunien (et qu'en outre, nous vivons en Europe et il nous faut comprendre que "l'ennemi principal est sur ton propre continent"). Il convient aussi de saisir les liens entre la fascisation euro-macroniste de l'Europe et de la France et la marche lepéno-bardelliste vers l'Elysée.
En France, cela signifie mettre en résonance les combats de plus en plus indissociables pour la paix et contre l'économie de guerre, pour la solidarité internationale et contre le supranationalisme européiste, pour le progrès social et contre l'euro-austérité, pour les libertés démocratiques et contre l'euro-fascisation à l'ancienne (Bardella) ou "moderne" (von der Leyen et Cie). Ce qui imposer de mettre en accusation le trio MEDEF/Macronie et UE-OTAN : l'argent pour les salaires, pas pour la guerre ! Investir dans l'Education, pas dans les porte-avions ! Europe atlantique ou monde pacifique, il faut choisir ! Telle est l'urgence vitale dont tous doivent prendre conscience rapidement.
Plus structurellement, il faut reconstruire aussi rapidement et solidement que possible les outils de la contre-attaque tant il est vrai que la meilleure des défenses est l'attaque : reconstruire en France un Parti franchement communiste qui fait défaut à notre peuple depuis que le PCF a rallié le mythe démobilisateur de la "réorientation progressiste de l'UE", cet ennemi de tous les travailleurs et de tous les peuples anciennement souverains d'Europe. Il faut aussi reconstruire une Internationale communiste et ouvrière (I.C.O.) sans laquelle le prolétariat mondial ne pourra pas redevenir le porteur historique de la marche au progrès et aux Lumières. Reconstruire en France même un large Front populaire, patriotique et pacifique isolant la réaction et rouvrant à notre peuple la voie du changement social. Reconstruire en France et dans le monde un syndicalisme de classe synonyme de conquêtes sociales alors que l'euro-syndicalisme d'accompagnement actuel ne fait que ponctuer les régressions sans même les ralentir. Enfin, reconstruire partout des Lumières partagées qui ne redeviendront pas culturellement hégémoniques sans l'émergence d'un matérialisme dialectique connectant l'essor vertigineux des sciences moderne aux regain prévisible, contre la guerre et la casse sociale, des luttes ouvrières et populaires, y compris en France, en Europe et aux USA.
Georges GASTAUD
Auteur de Mondialisation capitaliste et projet communiste (Temps des cerises, réédité chez Delga)
* En 1973, le PCF inséré dans l'union de la gauche était encore le premier parti dans la classe ouvrière, à gauche et dans le pays et il le fût peut-être resté si, tournant "eurocommuniste" oblige, il n'avait pas capitulé idéologiquement devant le PS de Mitterrand. Quant au PC italien, il atteignait 33% des voix au début des années 80. Il est vrai cependant que sa direction de plus en plus antiléniniste, européiste, voire atlantiste (Berlinguer prétendait qu'il serait plus facile à l'Italie de construire le socialisme en restant dans l'Alliance atlantique qu'en se solidarisant aux pays socialistes !) n'a eu de cesse de désorienter le prolétariat italien et que c'est même à son initiative que le PCI a cessé officiellement de s'appeler parti communiste en 1989. Avec de tels dirigeants, les communistes européens n'avaient pas besoin d'ennemis !
** Glucksmann-le-Papa osait même écrire en 1983, dans la Force du vertige qu'il "préférait succomber avec (mon) enfant que j'aime dans un échange de Pershing et de SS 20 plutôt que l'imaginer entraîné vers quelque Sibérie planétaire". Avec un tel papa, du reste ex-supporteur de la Révolution culturelle maoïste et de ses très humanistes exactions, étonnez-vous que le jeune Raphaël soit devenu le chef des va-t-en-guerre français !