Dans cette émission, Essentiel News a pris comme point de départ l'épidémie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) et la signature du traité de libre-échange avec le Mercosur pour mener une réflexion plus globale sur les crises permanentes rencontrées par les agriculteurs et sur les logiques sanitaires et économiques qui les engendrent.
Pour en parler, nous avons accueilli trois invités:
L'actualité récente a fait s'entrechoquer l'épidémie de dermatose nodulaire bovine en France et l'adoption de l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Mercosur, révélant une fois de plus la crise du monde agricole confronté à des décisions asphyxiantes venues « d'en haut ».
D'un côté, une maladie bénigne, mais gérée avec un autoritarisme sanitaire aveugle et disproportionné, aboutissant à l'abattage préventif de milliers de bêtes saines (parfois avec intervention musclée des forces de l'ordre) et à la fermeture de petites exploitations qui ne s'en relèveront sans doute jamais. Mais également des campagnes de vaccination obligatoire avec un produit dont les effets indésirables sont jugés plus délétères que la maladie.
De l'autre, l'ouverture du marché européen à une concurrence agricole déloyale, avec des importations de viande et autres denrées alimentaires à bas prix et de qualité médiocre.
Au-delà de cette actualité, on constate que les épizooties sont devenues monnaie courante: pas une année ne se passe sans que l'on abatte des élevages entiers. Selon le rapport 2023 de la direction générale de l'alimentation (DGAL), 22 millions de volailles ont été tuées pour raisons sanitaires en France en 2021-2022 en raison de la grippe aviaire, et encore 10 millions l'année suivante. Quand ce n'est pas la grippe aviaire, c'est la tuberculose bovine, la fièvre catarrhale ovine, la peste porcine, la maladie hémorragique épizootique... Les solutions proposées par les autorités sont toujours les mêmes: vaccination ou abattage. Mais comment se fait-il que l'on soit en état d'épidémies permanentes ? Ces crises sont-elles naturelles ou fabriquées ? Pourquoi les animaux d'élevage sont-ils toujours malades ? Et quelles sont les conséquences de leur hypermédication sur la santé des consommateurs?
En adoptant une vision encore plus large, une autre question se pose: derrière ces maladies et leur gestion sanitaire, se cache-t-il une logique de biopolitique appliquée au monde animal ? Surveiller, contrôler, optimiser et punir. L'objectif est-il vraiment d'éradiquer des maladies ou de réduire les cheptels, de diminuer progressivement le nombre d'éleveurs, voire de détruire la filière agricole toute entière au profit des marchés de libre-échange (le Mercosur n'en étant qu'un parmi tant d'autres)?
Si tel est le plan, comment en sortir ? Que peut-on faire, chacun à notre niveau, pour imposer notre volonté, retrouver notre souveraineté de consommateur et ne plus subir ces décisions prises par nos dirigeants ? Il en va de la survie de nos agriculteurs. Il en va aussi de notre santé.
Alexandra Joutel est une journaliste indépendante basée en France. Elle collabore également au magazine Nexus.
