Brigitte Challande, 9 février 2026.- Compte rendu d'une initiative Un hiver au chaud : les préoccupations des agriculteurs entre passé et présent. 8 février.

L'initiative Un hiver au chaud est venue offrir un espace d'écoute, de solidarité à travers une rencontre directe avec des agriculteurs âgés déplacés, l'écoute de leurs préoccupations et la fourniture, dans la mesure du possible, d'un soutien apportant chaleur aux corps et aux cœurs.

Lors de cette rencontre, l'objectif était clair dès le premier instant : écouter sincèrement les problèmes des agriculteurs déplacés dans les camps de déplacement de la zone de Mawassi à Khan Younès, et offrir à leurs aînés un peu de chaleur grâce à la distribution de manteaux d'hiver, atténuer la dureté de l'hiver et celle de la vie en même temps. Quant au contexte de l'initiative, il s'est formé à partir d'appels lancés par les agriculteurs âgés eux-mêmes, lorsqu'ils ont demandé aux équipes de l'UJFP travaillant dans leurs camps d'organiser une rencontre qui les réunirait, écouterait leur voix, examinerait leurs problèmes accumulés et chercherait des solutions, dans les limites du possible. De là est née l'idée de l'initiative, pour fournir des manteaux d'hiver afin de les protéger du froid, mais aussi pour affirmer que ces agriculteurs restent une partie intégrante de la société et qu'ils ont droit à la chaleur et à la dignité, au même titre que les autres catégories ayant bénéficié de cette initiative humanitaire.

La parole a été donnée aux agriculteurs. Abou Saleh fut le premier à intervenir. Considéré comme l'un des agriculteurs les plus attachés à la terre ; malgré les pertes répétées qu'il subissait chaque saison - que ce soit à cause du nivellement, de la sécheresse ou des maladies agricoles - il répétait toujours : « La terre est un don de Dieu qu'il ne faut pas abandonner, et j'ai la certitude qu'elle me dédommagera malgré ses trahisons répétées. » Des mots simples, mais profondément significatifs, émanant d'un agriculteur attaché à l'espoir et à la volonté.
À chaque rencontre avec lui, lorsqu'on l'interrogeait sur sa situation, il répondait avec une confiance inébranlable : « Nous reviendrons à coup sûr, et nous cultiverons la terre de nouveau. » Il était nécessaire de rendre justice à cet homme qui a défié le destin et possède une volonté de fer profondément enracinée dans la terre.
Abou Saleh a commencé son témoignage en parlant du début de la guerre et de la manière dont ils ont été contraints de tout laisser derrière eux. Certes, les pertes se répétaient au fil des années, mais la perte majeure est survenue le 7 octobre, lorsque les agriculteurs ont tout perdu : la terre, les récoltes, les maisons, les enfants et les proches. Ils sont partis les mains vides, sans rien emporter avec eux.
Abou Saleh a ensuite abordé un dossier extrêmement sensible qui préoccupe l'ensemble des agriculteurs : les dettes. Ce dossier complexe leur vole le sommeil. Les dettes se sont aggravées au cours des années précédentes en raison de nombreux facteurs : le nivellement des terres, le coût élevé des intrants agricoles, la propagation des maladies, la salinité et la pénurie de l'eau, ainsi que le chômage massif résultant du blocus, suivi par l'affaiblissement du pouvoir d'achat des citoyens et la forte baisse des prix, ce qui a accru les pertes des agriculteurs.

Un autre agriculteur a évoqué le même sujet, expliquant que la plupart des agriculteurs sont entravés par des chèques et des obligations financières exigibles. Les soucis sont nombreux et pèsent lourdement sur leurs cœurs ; et tandis qu'ils pensent aux dettes, l'inquiétude s'étend à ce qui est encore plus grave : que se passera-t-il s'ils sont autorisés à retourner dans leurs régions ? Les routes sont fermées, les maisons détruites, et les terres nivelées et ravagées. L'un d'eux dit : « Nous ne savons pas par où commencer si nous revenons dans nos régions. » Les agriculteurs ont également évoqué les conditions de vie extrêmement difficiles dans les camps, parlant des problèmes d'assainissement, de la prolifération des insectes et des rongeurs qui parcourent le camp, et des nuisances sanitaires et psychologiques qu'ils causent, en particulier pour les personnes âgées.
L'UJFP a toujours été l'oreille attentive qui écoute et la main qui panse les blessures. Dans son appel, Abou Saleh a déclaré : «Nous appelons l'UJFP à examiner sérieusement la question des dettes des agriculteurs et à engager des discussions avec d'autres institutions en notre nom afin de trouver des solutions et de mettre fin à ce cauchemar qui nous poursuit jour et nuit. »

À l'issue de la rencontre, les agriculteurs ont exprimé leur profonde gratitude aux équipes de l'UJFP pour leur présence, pour cette séance qui leur a permis d'exprimer ce qu'ils avaient sur le cœur, et pour avoir apporté de la chaleur aux corps des personnes âgées souvent oubliées, bien qu'elles aient droit à une vie digne comme toutes les autres catégories de la société. Ils ont insisté sur la nécessité de transmettre fidèlement ce message espérant que cette étape soit le début d'un parcours de soutien plus large, leur rendant une part d'espoir et de sérénité. »
Photos et vidéos ICI.
Retrouvez l'ensemble des témoignages d'Abu Amir et Marsel :
*Abu Amir Mutasem Eleïwa est coordinateur des Projets paysans depuis 2016 au sud de la bande de Gaza et correspondant de l'Union Juive Française pour la Paix. *Marsel Alledawi est responsable du Centre Ibn Sina du nord de la bande de Gaza, centre qui se consacre au suivi éducatif et psychologique de l'enfance. Tous les deux sont soutenus par l'UJFP en France.
