Paul Khalifeh, 7 février 2026. - La question du désarmement total du Hezbollah, exigée par Israël et les États-Unis, domine la vie politique libanaise depuis plus d'un an.
9 février 2026 : frappe de drone israélien sur Yanouh, au sud-Liban. Le drone a ciblé un véhicule et tué trois personnes : Ali Hassan Jaber, âgé de 4 ans, et son père Hassan (p, petit-fils et fils du maire de la ville, ont été tués alors qu'ils passaient à proximité de la voiture visée. La troisième victime, Ahmad Salameh, un soldat de l'armée libanaise à la retraite, se trouvait très probablement à l'intérieur du véhicule. (source The Cradle)
Mais depuis début janvier, les tensions se sont fortement exacerbées, révélant une profonde division entre le président Joseph Aoun et le mouvement libanais.
Ali Hassan Jaber, âgé de 4 ans, et son père Hassan, assassinés ce matin par un missile israélien sur le sud-Liban.
Aoun a durci son discours à l'égard du Hezbollah, rompant nettement avec la position prudente et équilibrée qu'il avait adoptée jusqu'alors sur la question très sensible des armes du mouvement.
Les autorités libanaises ont officiellement déclaré que le Hezbollah ne maintient plus aucune présence militaire entre le fleuve Litani et la zone frontalière. Mais les États-Unis et Israël jugent cette déclaration insuffisante et continuent d'exiger le désarmement du mouvement sur l'ensemble du territoire.
Jeudi, à la suite d'une rencontre houleuse avec Rodolphe Haykal, commandant de l'armée libanaise, le sénateur républicain américain Lindsey Graham, fervent partisan d'Israël et qui avait par le passé suggéré que la mort de civils libanais était un « dommage collatéral nécessaire », a réaffirmé que l'armée libanaise « n'est pas un partenaire fiable ».
Bien que la position de Graham reflète une opinion influente au sein d'une partie de l'establishment politique américain, les décisions concernant les relations avec l'armée libanaise ne sont pas prises par les sénateurs individuellement, mais par le Pentagone.
Israël n'a jamais pleinement respecté l'accord de cessez-le-feu de novembre 2024 qui a mis fin à la guerre de 66 jours contre le Hezbollah. Depuis lors, il a mené des centaines de frappes aériennes et des dizaines d'incursions terrestres, détruisant des maisons et d'autres bâtiments. Près de 400 personnes ont été tuées et des dizaines blessées.
Tensions croissantes
Lors d'une interview télévisée accordée le 11 janvier à un journaliste ouvertement hostile au Hezbollah, Aoun a qualifié les armes du groupe de « fardeau pour le Liban ». S'exprimant à l'occasion du premier anniversaire de son élection à la présidence, il a déclaré que les circonstances justifiant l'armement du Hezbollah « n'existent plus », appelant plutôt à « la sagesse et à la souveraineté de l'État ».
Une semaine plus tard, le président a réaffirmé sa position devant des diplomates étrangers au Liban. Il a déclaré que l'armée libanaise avait mené des opérations d'envergure pour « nettoyer de vastes zones de toutes les armes illégales, quelles que soient leur nature ou leur affiliation, malgré les provocations, l'agression continue et les campagnes de diffamation ».
Il a ajouté : « Nous poursuivrons dans cette voie durant la seconde année de mon mandat afin que l'ensemble du territoire soit placé sous l'autorité exclusive de l'État. »
Ces déclarations marquaient une rupture nette avec le ton plus mesuré adopté par Aoun durant sa première année de mandat, qui liait systématiquement les progrès en matière de désarmement au retrait d'Israël de cinq positions qu'il occupe au Sud-Liban, et à la fin des violations de la souveraineté libanaise.
Aoun avait auparavant accusé Israël d'entraver le déploiement de l'armée libanaise dans le Sud et avait menacé de suspendre le plan de désarmement formellement adopté par le gouvernement le 5 septembre.
La frustration suscitée par cette position était telle à Washington qu'une visite prévue de Haykal fut brusquement annulée par les autorités américaines fin septembre.
Tutelle américaine
Le récent changement de ton d'Aoun a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Le 16 janvier, le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Qassem, a lancé une attaque virulente contre le ministre des Affaires étrangères, exigeant sa démission.
Qassem a condamné les partis politiques et les responsables « soumis à la tutelle américaine et encourageant l'agression israélienne », et a accusé le ministre libanais des Affaires étrangères, Yousef Raggi, proche du parti chrétien des Forces libanaises, de « s'aligner sur la position israélienne et de chercher à plonger le Liban dans la guerre civile ».
Il a averti : « Porter atteinte à la stabilité du Liban et à la résistance - composante essentielle du pays - aura des répercussions sur tous. Personne ne sera épargné.»
La confrontation s'est rapidement propagée sur les réseaux sociaux, où de violents échanges ont éclaté entre partisans et opposants des différents camps. Les tensions se sont encore exacerbées lorsqu'un journaliste de renom a été convoqué par le procureur pour « outrage au président de la République ». (Lire L'orient-Le-Jour)
L'escalade politique est survenue quelques jours avant la visite du général Haykal à Washington, au cours de laquelle il a rencontré des membres du Congrès et des responsables du Pentagone.
Ce voyage coïncidait avec la publication, prévue mi-février, par l'armée libanaise, de la deuxième phase du plan de désarmement du Hezbollah, concernant la zone située entre les fleuves Litani et Awali, au nord de Saïda. Bien que le plan comprenne cinq étapes, aucun calendrier n'a été établi.
La visite du général Haykal à Washington a été marquée par un échange tendu avec le sénateur républicain Graham.
Les tensions sont apparues lorsque le général Haykal a refusé de qualifier le Hezbollah d'organisation terroriste en réponse à une question du sénateur américain. Peu après la rencontre, Graham a tweeté sur son compte X, indiquant avoir « mis fin » à une « très brève » réunion avec le général Haykal après que ce dernier a refusé de qualifier le Hezbollah d'organisation terroriste. « Je ne considère pas l'armée libanaise comme un partenaire fiable », a écrit Graham.
Selon des sources bien informées, la réunion n'a duré que cinq minutes. Le chef d'état-major est reparti sans faire de déclaration publique. Bien que la position de Graham ait été largement condamnée par les politiciens et les commentateurs en ligne de tous bords politiques, elle a également été saluée par certains acteurs, notamment le parti chrétien des Forces libanaises.
Des sources gouvernementales libanaises ont indiqué à Middle East Eye que « le programme de la visite s'est déroulé comme prévu » et qu'« une réunion productive a eu lieu entre le général Haykal et son homologue américain, le chef d'état-major interarmées Dan Caine ».
Point de rupture
Dans ce contexte de crise, des responsables du Hezbollah affirment en privé ne pas être surpris par le revirement d'Aoun. « Le président a atteint les limites de la pression qu'il peut supporter », a déclaré un haut responsable du parti à Middle East Eye sous couvert d'anonymat. « Sa marge de manœuvre, déjà réduite, s'est encore diminuée, et les Américains exigent des résultats rapides. »
Un ancien ministre proche d'Aoun a qualifié la situation de « chantage odieux ».
« Soit le désarmement du Hezbollah se poursuit sans aucune concession israélienne, soit l'aide militaire à l'armée est suspendue et le soutien financier international reste gelé », a-t-il déclaré à MEE.
Certaines personnalités proches du Hezbollah, dont le député Jamil al-Sayyed, ont appelé à une désescalade verbale afin d'éviter de « pousser irrémédiablement le président dans les bras des Américains ». Dans un message publié sur X (anciennement Twitter) le 23 janvier, Sayyed a déclaré que depuis son entrée en fonction, Aoun s'était efforcé de maintenir une position objective vis-à-vis de la résistance dans le sud - « ni neutre, ni favorable, ni hostile ». Il a conclu par un appel à la retenue, arguant que « malgré cette profonde blessure morale et matérielle [causée par les propos d'Aoun], l'intérêt national exige que nous la surmontions ».
Le président du Parlement, Nabih Berri, l'un des derniers alliés du Hezbollah au sein de l'État, est également intervenu pour apaiser les tensions. Il a rencontré Aoun le 23 janvier afin de renouer le dialogue.
Ces efforts de désescalade semblent avoir porté leurs fruits. Le 4 février, Aoun a reçu Mohammad Raad, chef du bloc parlementaire du Hezbollah, qui, à l'issue de la rencontre, a appelé au « dialogue et à la raison », les mêmes termes employés par Aoun lors de son interview télévisée.
L'approche conciliante adoptée par la direction du Hezbollah ne fait cependant pas l'unanimité au sein du parti. Le Conseil de la Choura, son organe décisionnel suprême, a récemment accepté la démission de Wafic Safa, ancien chef de l'unité de liaison et de coordination. Cet organe est chargé de la coordination interne, des relations avec les forces politiques libanaises et de la communication avec les autorités étatiques et les services de sécurité.
Safa, proche collaborateur de l'ancien secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, était largement perçu comme un partisan d'une ligne dure, moins enclin aux concessions politiques et militaires. Il est clair que le débat interne au Hezbollah n'a pas encore déterminé avec certitude la voie que le parti suivra dans les prochains mois.
Article original en anglais sur Middle East Monitor / Traduction MR

