
par Mounir Kilani
L'Europe se rêve souveraine, mais elle est captive. Armements, énergie, récits, technologies : ses leviers de puissance sont sous tutelle étrangère. Derrière les grands discours se cache une dépendance structurelle qui verrouille ses choix. Sortir de cette servitude devient, dans un renversement dont l'histoire a le secret, le seul chemin vers une autonomie réelle.
L'illusion de la souveraineté
L'Union européenne n'a jamais autant parlé de souveraineté, d'autonomie stratégique, d'indépendance - un terme désormais assumé sans rougir par la Commission. En 2025, Ursula von der Leyen évoque un «Independence Moment» solennel, un sursaut historique, une Europe enfin adulte. On attend toujours la statue.
Ces mots saturent discours, sommets extraordinaires, communiqués d'urgence. L'Europe se décrit comme un acteur géopolitique à part entière, une puissance normative. Elle s'est même dotée d'un «Conseil pour l'autonomie stratégique» - organisme dont la première mission notable fut, avec un sens aigu de l'auto-dérision, de coordonner l'achat groupé d'armements américains.
Mais derrière cette inflation rhétorique, une réalité plus rude s'impose : jamais le continent n'a été aussi dépendant dans les domaines qui conditionnent sa survie. Plus l'Union proclame son indépendance, plus elle institutionnalise des dépendances nouvelles. Plus elle invoque l'autonomie, plus elle signe des engagements asymétriques qui la lient pour le meilleur, et surtout pour le pire.
La crise du Groenland, début 2026, en a fourni une illustration saisissante. Lorsque Trump, redevenu président des États-Unis, réitère publiquement son intérêt pour l'île arctique - allant jusqu'à évoquer une acquisition forcée -, l'Europe réagit par le moyen qui la caractérise le mieux : le débat. Des communiqués, des indignations verbales. Aucune dissuasion crédible n'est mise en œuvre. Aucun coût politique n'est posé. Quand un allié menace l'intégrité territoriale d'un État membre, l'Europe débat... mais ne dissuade pas. Elle excelle dans l'art de l'inquiétude exprimée.
Elle ne manque ni de sommets, ni de déclarations, ni de symboles. Elle manque d'un pouvoir effectif sur ce qui la protège, la nourrit, la relie et la raconte. Ce décalage n'est pas accidentel. Il est le produit d'un mode de gouvernance précis, incarné par une Commission européenne qui ne gouverne pas au nom de la souveraineté des peuples, mais au nom de contraintes présentées comme extérieures, techniques, inéluctables - et donc, ô heureuse coïncidence, soustraites au débat.
La dépendance militaire : l'OTAN comme tutelle assumée
Sur le papier, l'Union européenne dispose de tout : États, armées, industries, budgets en hausse. Dans les faits, elle ne décide ni de sa guerre, ni de sa paix. Elle les administre.
Le centre de gravité stratégique du continent se situe hors d'Europe, au sein des structures intégrées de l'OTAN. L'Alliance n'est plus une alliance entre États souverains, mais une architecture de commandement hiérarchisée où doctrine, renseignement, planification et seuils d'escalade sont définis ailleurs, puis appliqués en Europe. Un service après-vente stratégique.
L'aveu est désormais public. En janvier 2026, le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, déclare sans détour devant le Parlement européen : «Ceux qui croient que l'Europe peut se défendre sans les États-Unis rêvent. (...) Une défense autonome coûterait près de 10% du PIB». Un calcul qui, par une heureuse coïncidence, justifie par avance toute subordination perpétuelle. L'argument économique, toujours infaillible pour enterrer une velléité politique. Trop cher, la liberté.
Autrement dit : l'autonomie stratégique européenne est théoriquement imaginable, mais politiquement, économiquement et socialement inassumable. Ce n'est plus une alliance. C'est une tutelle structurelle, et l'écolier est prié de payer sa pension.
La Commission européenne, pourtant dépourvue de toute légitimité militaire, agit comme le relais politique de cette dépendance. Elle finance, coordonne, incite, mais ne définit aucune doctrine propre. Elle n'organise pas une souveraineté européenne ; elle administre l'acceptation de son impossibilité. Une fonction de notaire de la servitude.
La question nucléaire révèle l'ampleur de la dépossession. L'Europe dépend du parapluie stratégique américain. La dissuasion française, nationale et limitée, ne constitue pas une alternative collective. Il n'existe aucune dissuasion nucléaire européenne autonome. L'Europe arme ses soldats, mais confie sa survie ultime à un allié qui peut changer d'avis - et d'humeur - tous les quatre ans. Une confiance touchante.
La dépendance énergétique : la souveraineté sous contrat
L'énergie constitue le socle matériel de toute souveraineté. Sur ce terrain, la dépendance européenne n'est plus seulement subie : elle est contractualisée, signée, paraphée et facturée.
Après la rupture avec la Russie, décidée sans plan crédible de transition, l'Union européenne a organisé une substitution massive par le GNL américain. En 2025, sous l'impulsion directe d'Ursula von der Leyen, des accords engagent l'UE à hauteur d'environ 750 milliards de dollars d'achats d'énergie américaine d'ici 2028. Une souveraineté au compteur.
Bruxelles a baptisé cette opération «REPowerEU» - un nom de code pour «Replace Putin with Pennsylvania». La souveraineté a désormais un fournisseur attitré, une facture en dollars et un contrat à long terme. Le rêve.
Il ne s'agit plus d'un ajustement temporaire, mais d'une dépendance structurée, longue, rigide, assumée. En 2026, le GNL américain représente près de 60% des importations européennes. La Commission parle de diversification ; elle organise la concentration. La Russie utilisait le gaz comme partenaire ; les États-Unis utilisent le GNL comme chaîne. L'Europe a fait un choix : payer plus cher pour rester dans le giron atlantique plutôt que reconstruire une politique énergétique réellement souveraine. Le confort de la chaîne dorée.
La dépendance informationnelle : quand le récit ne vient plus d'Europe
La dépossession européenne est aussi narrative - et elle est désormais algorithmique. L'Europe ne se raconte plus, elle se fait raconter.
Aucun alignement stratégique durable ne tient sans un alignement préalable du récit. Or ce récit ne se construit plus en Europe. Il est produit ailleurs, puis importé, traduit, hiérarchisé et amplifié localement par des médias et des plateformes dépendants d'infrastructures américaines. Un impérialisme culturel en temps réel.
Le Digital Services Act, présenté comme un rempart contre la désinformation, illustre ce paradoxe exquis. L'Europe prétend réguler l'information, mais délègue l'exécution concrète aux acteurs mêmes qui structurent l'espace public numérique. Le débat n'est pas arbitré politiquement ; il est filtré, priorisé ou invisibilisé par des algorithmes étrangers, selon des critères opaques et non démocratiques. On externalise la pensée.
Ce mécanisme ne convainc pas : il dissuade. Il ne débat pas : il disqualifie. Les voix dissidentes ne sont plus seulement «complotistes». Elles sont désormais «agents d'influence étrangère» - une terminologie reprise par l'Union européenne et l'OTAN. Le désaccord stratégique devient une suspicion sécuritaire. Le doute devient une menace. La neutralité devient une collusion. La diplomatie devient suspecte. En somme, penser autrement est devenu un problème de sécurité nationale.
Souveraineté narrative signifie pouvoir nommer soi-même ses conflits, ses priorités et ses adversaires. L'Europe a renoncé à cette capacité. Elle n'élabore plus son propre langage stratégique : elle emprunte même le nom de ses ennemis. La Commission européenne ne produit pas un récit européen. Elle administre un consensus importé, présenté comme technique, objectif et nécessaire - et ainsi, soustrait au débat démocratique. La paix des cimetières médiatiques.
La dépendance numérique et technologique : réglementer sans produire
La souveraineté numérique est devenue un mantra européen. L'Europe réglemente, légifère, encadre... mais ne produit pas. Elle écrit les règles du jeu mais ne possède ni le terrain, ni le ballon, ni les joueurs.
Cloud, data centers, semi-conducteurs avancés, modèles d'IA, GPU : les infrastructures critiques restent dominées par les États-Unis. Même les «champions européens» subventionnés achètent massivement chez Amazon, Microsoft, Nvidia ou Google, dépendant de logiciels et de matériels étrangers. Une souveraineté en kit, avec notice de montage en anglais.
Les conséquences sont concrètes et immédiates :
- Starlink ou tout service satellite pourrait être coupé, paralysant communications militaires et civiles. Un interrupteur américain.
- Une panne de Microsoft Azure ou Google Cloud bloquerait la comptabilité, la santé, les services publics. La vie moderne en pause.
- L'industrie automobile et aéronautique, hyperconnectée, reste tributaire des semi-conducteurs asiatiques et des GPU étrangers : un simple retard pourrait figer la production continentale pendant des mois. La souveraineté industrielle à flux tendu.
- Les systèmes critiques de cybersécurité et de renseignement dépendent de logiciels américains, exposant l'Europe à des vulnérabilités et à des pressions étrangères invisibles. Une maison de verre avec des serruriers étrangers.
La technologie n'est plus un levier d'émancipation. Elle est le canal discret de la tutelle, un fil invisible qui relie l'Europe aux décisions stratégiques américaines. Chaque infrastructure, chaque serveur, chaque algorithme importé devient un point de contrôle. On appelle cela le progrès.
L'économie de guerre : financer sa propre dépendance
L'économie de guerre européenne n'est pas une réponse à la menace. Elle est le mécanisme même de l'alignement permanent. Une prime à la soumission.
Le plan ReArm Europe / Readiness 2030, évoquant jusqu'à 800 milliards d'euros, finance massivement des équipements extra-européens : F-35, Patriots, missiles américains. L'effort industriel européen ne construit pas l'autonomie, il sert de caisse de transfert vers Washington. Chaque euro dépensé alimente paradoxalement sa propre dépendance. L'Europe s'arme... pour rester soumise. Une forme moderne de tribut.
Sur le plan social, inflation et pénurie sont requalifiées en «effort de guerre». Toute contestation devient moralement disqualifiée. Les populations paient double : par les impôts, par le sacrifice matériel, tout en renforçant la tutelle qu'elles subissent. Derrière ces choix, se dessine un plan discret mais implacable : maintenir l'Europe dans un rôle subordonné pour contenir toute émergence d'un monde multipolaire. La paix par la servitude perpétuelle.
L'incapacité des élites : le consentement actif
Les dirigeants nationaux et la Commission européenne ne sont pas des victimes passives de cette tutelle. Ils en sont les artisans consentants - par incompétence chronique, calcul politique, cynisme ou peur viscérale d'une autonomie réelle. Ils préfèrent gérer un hospice de luxe que de construire une maison commune.
• Ursula von der Leyen incarne cette dérive : elle célèbre l'«Independence Moment» tout en signant des accords énergétiques asymétriques avec Washington, finançant des achats d'armes américaines et externalisant la modération du débat via le DSA. Son «Independence Moment» est celui de la dépendance choisie, assumée et facturée au prix fort. L'art de danser sur le volcan en regardant le compte en banque.
• Olaf Scholz illustre la faillite stratégique allemande : avoir suspendu Nord Stream 2 puis accepté sans riposte le sabotage des pipelines a condamné l'Allemagne à une dépendance quasi totale au GNL américain, accélérant sa désindustrialisation. Le réalisme d'un somnambule.
• Emmanuel Macron incarne la dangerosité assumée : extension implicite de la dissuasion nucléaire française, escalade militaire sans contrepartie, double standard Ukraine/Gaza, dépendance accrue au GNL US. Sa rhétorique souverainiste masque un alignement total et une immaturité politique pathétique : un adolescent en costume qui joue au grand stratège, mais qui tremble dès que Washington tousse.
• Giorgia Meloni : souverainiste en paroles, atlantiste en actes - appels à une Europe autonome, mais chèques en blanc pour l'Ukraine et câlins diplomatiques à Trump. Le paroxysme du populisme consenti à la tutelle.
• Pedro Sanchez incarne l'hypocrisie parfaite : «partenaire fiable» de l'Alliance pour l'achat d'armes, tout en négociant une exemption du 5% du PIB pour préserver son État-providence. Un alignement implicite sur Washington masqué sous un vernis de résistance nationale.
Les capitales redoutent une paix en Ukraine qui mettrait fin à l'«effort de guerre» justifiant austérité et alignement. La guerre, une aubaine bureaucratique. N'en parlons pas des autres... qui, tous, se drapent de vertus européennes tout en serrant la main de Washington plus fort que jamais. Le syndrome de Stockholm institutionnel.
Mieux vaut une tutelle confortable qu'un débat libre. Mieux vaut une protection extérieure qu'un peuple souverain. Cette incompétence n'est pas accidentelle. Elle est fonctionnelle. C'est un choix de carrière.
Le projet alternatif : ce que l'Europe aurait pu faire (mais n'a pas voulu)
Contrairement au récit dominant, la dépossession stratégique européenne n'était ni inévitable, ni imposée. À chaque étape, des bifurcations existaient. Elles ont été systématiquement écartées, non par contrainte absolue, mais par refus d'assumer le coût politique de l'autonomie. Le chemin de la facilité, toujours.
- Assumer une neutralité armée. Refuser l'extension indéfinie de l'OTAN comme horizon unique et bâtir une architecture de dissuasion européenne. Indépendamment des États-Unis. Trop compliqué, trop cher, trop risqué. Préférence donnée à la nounou atlantique.
- Gérer la rupture énergétique comme une transition. Une rupture avec la Russie progressive, négociée, assortie d'une diversification réelle. Au lieu de cela : substitution brutale par le GNL américain, plus coûteux, plus polluant, et politiquement conditionnel. Une cure de dépendance accélérée.
- Préserver une souveraineté narrative minimale. Maintenir un espace de débat pluraliste, refuser que le doute stratégique devienne une menace sécuritaire. Le scepticisme est devenu suspicion, la neutralité, stigmatisation. L'unanimité de pensée, horizon indépassable.
- Construire une base industrielle et technologique réelle. Investir massivement et durablement plutôt que réglementer à vide. Cela exigeait patience et vision à long terme, non un rendement immédiat dicté par le marché ou l'alignement. Le temps, voilà l'ennemi.
- Refuser l'économie de guerre permanente. Conditionner le réarmement à une base industrielle européenne, refuser l'achat systématique d'équipements américains. L'Europe a choisi l'inverse : transformer l'effort de guerre en mécanisme d'obéissance durable. La loyauté se monnaie.
- Poser des lignes rouges à ses alliés. Montrer que l'alliance n'implique pas la soumission : répondre aux menaces sur le Groenland, affirmer que son intégrité territoriale n'est pas négociable. Mais on ne froisse pas le protecteur.
Rien de tout cela n'a été fait. Non par impossibilité, mais par refus du risque politique, confort institutionnel et peur d'un peuple réellement souverain. À chaque carrefour, l'Europe a choisi le chemin le plus confortable - celui qui, avec une régularité de métronome, la rapproche un peu plus de l'Ouest. Le protectorat consenti n'est pas une fatalité historique. C'est un choix quotidien. Et comme tout choix politique, il peut encore - théoriquement - être défait. La théorie, voilà bien le problème.
Quand la sortie devient la seule option rationnelle
Il arrive un moment où la question n'est plus de savoir si une structure peut être réformée, mais si elle permet encore l'exercice de la souveraineté. Quand sécurité, énergie, information, technologie sont durablement retirés du contrôle démocratique, la loyauté institutionnelle cesse d'être une vertu : elle devient une inertie qui tue l'autonomie. Une fidélité à son propre cachot.
L'Union européenne se présente comme un cadre volontaire. Pourtant, toute hypothèse de sortie est immédiatement disqualifiée : irrationnelle, irresponsable, dangereuse. Ce réflexe révèle une contradiction fondamentale : une union véritablement choisie n'aurait rien à craindre d'être quittée. C'est parce que cette option est devenue impensable qu'elle retrouve sa pertinence politique. Le tabou est un aveu.
La sortie n'est pas un objectif en soi ; elle est un instrument de réversibilité, le dernier garde-fou de la souveraineté. Sans réversibilité, il n'y a ni consentement réel, ni autonomie authentique. Une structure dont on ne peut sortir sans chaos programmé n'est plus une alliance : c'est un système verrouillé de dépendance. Une prison dont les clés ont été jetées.
Pour la France comme pour d'autres nations, la question est désormais concrète : où la souveraineté peut-elle encore s'exercer ? Si l'Union européenne est devenue, par construction, incapable de porter une autonomie stratégique réelle, alors la récupération de marges de décision nationales - y compris par une sortie ordonnée - cesse d'être un tabou pour devenir une exigence pragmatique.
Sortir ne signifie pas rompre avec l'Europe, ni s'isoler du monde. Cela signifie retrouver la capacité de choisir ses alliances, ses fournisseurs, ses doctrines - et de coopérer à nouveau, non par soumission structurelle, mais par décision souveraine.
Ce n'est pas la sortie qui est radicale. C'est l'acceptation indéfinie d'une dépossession irréversible qui l'est. Accepter sa propre minorité perpétuelle, voilà la vraie folie.
La dissolution libératrice : anatomie d'un reset souverain (par dépit)
Personne n'ose encore le formuler, mais l'Europe atlantique entre dans sa phase terminale - non par accident, mais par épuisement logique. L'année 2026 n'en est pas l'origine ; elle en est le révélateur. Les contradictions accumulées depuis trente ans produisent leurs effets. La facture arrive.
Trump n'est pas un épiphénomène. Il est le catalyseur brutal d'un processus déjà engagé. Son retour accélère un reset qui exposera l'Union pour ce qu'elle est : un protectorat intégré, dont les chaînes - énergétiques, militaires, monétaires, narratives - se resserrent à mesure que disparaît toute marge de décision autonome.
D'ici la fin de la décennie, la mécanique est lisible. Tarifs punitifs sur le GNL et l'armement. Pressions sur le DSA, dénoncé à Washington comme censure anti-américaine. Ukraine figée, justifiant indéfiniment sanctions et discipline politique. L'Alliance atlantique ne tiendra plus que par la peur ; l'Union, par l'inertie. Deux forces moribondes.
La dissolution qui s'annonce ne sera pas un chaos. Elle sera une libération fonctionnelle. Car ce qui se défait n'est pas l'Europe, mais une architecture devenue incompatible avec la souveraineté. On démolit la prison, pas la ville.
À sa place émergera une Europe à géométrie variable, fondée sur des pactes choisis. Coopérations énergétiques avec Alger, Tripoli ou Téhéran. Accords de défense hors dogme otanien. Réseaux technologiques affranchis des plateformes étrangères. Le bricolage souverain.
Plus d'euro unique totem, mais des instruments monétaires redevenus politiques. Plus d'OTAN horizon indépassable, mais des doctrines de sécurité graduées, où la dissuasion française devient un levier assumé. Le retour du politique.
À l'Est, la lassitude des sanctions ouvrira des recompositions pragmatiques. Au Sud, des accords migratoires négociés remplaceront la moralisation stérile. Le réalisme, faute de mieux.
Ce n'est pas la fin de l'Europe. C'est sa mue. La fin d'un Léviathan bureaucratique né pour arrimer le continent à une puissance tutélaire. L'adieu au garde-chiourme.
L'Union s'effondrera moins sous les coups de ses adversaires que sous le poids de ses propres contradictions : motions de défiance, référendums, révoltes parlementaires, disqualification d'élites. Le suicide par inanition.
Prophétie ? Non. Trajectoire. Lorsqu'un allié menace l'intégrité d'un État et que l'Union plie, le consentement cesse d'être passif. Il devient rupture. Dans ce vide émergera une Europe des choix : instable, pluraliste, conflictuelle - mais enfin adulte.
La sortie n'est pas une option extrême. Elle est le point de passage obligé d'une refondation que l'histoire imposera bien plus vite qu'on ne l'admet. Face à l'inertie d'un protectorat, le reset s'imposera, que «les élites» le veuillent ou non.
La seule «autonomie stratégique» qui vaille commence par un acte de souveraineté : reprendre les clés de sa maison.
On ne négocie pas sa souveraineté. On la reprend.