18/02/2026 reseauinternational.net  10min #305229

 Seif al-Islam Kadhafi, figure politique libyenne et fils de l'ex-chef d'État Mouammar Kadhafi, aurait été tué, selon des sources familiales

Hommage à Saif al-Islam, Paris, le 13 février 2026

Hommage à Saïf al-Islam, assassiné dans sa résidence à Zintan (Nord-Ouest de la Libye) le 3 février 2026

par Maria Poumier

Saïf était certainement la personne la plus indiquée pour assumer l'héritage de la Jamahiriyya, le grand projet civilisationnel de Mouamar Kadhafi, basé sur le puissant idéal de la démocratie directe, impossible à falsifier par les médiations extérieures à la volonté du peuple, et en particulier les pressions financières. Formé en économie et en droit en Angleterre, Saïf était bien placé pour devenir un facteur de stabilité en Libye et de dialogue avec l'Occident. Il avait encadré militairement la résistance à la révolution de couleur téléguidée par les gouvernements de l'OTAN en 2011, qui avaient décidé d'en finir avec le gouvernement qui avait le plus fait pour la prospérité de son pays, et de toute l'Afrique, animé par une claire vision panafricaine, et non pas panarabe.

Après l'assassinat du Guide de la révolution, le 20 octobre 2011, les pays de l'OTAN n'ont pas réussi dans leur projet de mise en coupe réglée du pays, ce sont les Turcs, les Égyptiens et les Russes qui ont hérité des richesses de la Libye. Dans le chaos bien instrumenté, certains ont fait sauter les verrous qui freinaient les mafias organisatrices de migrations forcées, qui comportent la mise en esclavage pour dette des peuples du sud, au profit de ceux du nord. Ce sont elles qui règnent actuellement, par la grâce de personnages sinistres tels que le franco-israélien Bernard Henri Lévy, millionnaire au service de la ploutocracie sioniste internationale, celui qui avait organisé les campagnes de dénigrement du Guide de la révolution Mouamar Kadhafi, et ne cachait pas qu'il le faisait au profit des intérêts israéliens, et non pas français.

Rappelons ce qui était reproché au président libyen : d'avoir conçu la dynamique de l'Isratine, soit Israël-Palestine, dès 1999, un pays unique pour tous ses habitants, à qui seraient reconnus l'égalité des droits et des devoirs.

En politique intérieure, le président Kadhafi avait su mettre en place des institutions respectées dans tout le pays, des investissements dans les infrastructures, et offrant des avantages sociaux inégalés à tous ses habitants (loyer, électricité, médecine, éducation gratuites), il avait désendetté son pays, et mettait en œuvre de grands projets pan africains : l'indépendance financière par la création d'une monnaie adossée à l'or, l'irrigation du Sahara, l'autonomie alimentaire, le contrôle des exploitations pétrolières et des migrations.

Il était admiré dans toute l'Afrique, c'était un phare qui attirait les meilleurs, après d'immenses succès dans la dynamique des pays non alignés affrontant l'impérialisme américain, avec Cuba depuis les années 1960, et ensuite avec le président Chavez du Venezuela.

Comme tant d'hommes éminents, croyant en la générosité comme principe d'action, il avait prouvé ses talents de négociateur, il avait su se faire respecter, et obtenir de ne plus être identifié au terrorisme islamiste, qu'il combattait ; mais il avait parié avec naïveté sur la loyauté des dirigeants avec qui il dialoguait, et il avait surestimé ses capacités à prendre des initiatives personnelles, sans être sûr de compter sur la moindre solidarité arabe et africaine, ce qui constituait une grosse erreur (seuls l'ont soutenu à l'époque Nelson Mandela, et les présidents malien et sénégalais ; ni les présidents russe ni chinois ne l'ont protégé, sous-estimant les enjeux et les projets de l'OTAN à l'époque) : c'est ainsi le guide la révolution fut berné en 2007 par Sarkozy pour la France, et n'obtint pas le moindre respect de la part du gouvernement israélien. Ceux-ci n'ont pas hésité à le faire assassiner, ou à le laisser traquer puis abattre, parce que son exemple risquait de fédérer l'Afrique dans sa résistance au néocolonialisme.

Saïf al-Islam "l'épée de l'Islam", était celui des fils de Kadhafi qui pouvait incarner le droit à l'unité retrouvée des Libyens, et la continuité dans la construction d'un pays phare pour toute la région Il avait commis l'erreur de demander à son père la libération de quelques islamistes, qui se sont peut-être vengés avec l'aide du Qatar. L'ancien porte-parole du régime Kadhafi, Moussa Ibrahim, a dénoncé un assassinat "perfide", affirmant que Saïf al-Islam aspirait à "une Libye unie et souveraine". Saïf était depuis longtemps le président de la Ligue des droits de la Libye créée par son père, et il avait les capacités pour gouverner.

Je transmets ci-dessous le témoignage de Ginette Hess Skandrani, qui a défendu depuis les années 1970 l'action du Guide la Révolution Mouamar Kadhafi, et qui organisé des hommages à sa mémoire à Paris, depuis le 20 octobre 2011, tous les ans, à la Fontaine des innocents dans le quartier des Halles, et au théâtre de la Main d'Or de Dieudonné. "Seul Saïf pouvait sauver la Libye du chaos", affirme Ginette.

"Le Comité international pour la vérité sur la Libye avait été créé, en mars 2011, lors d'un voyage à Tripoli auquel participaient Dieudonné, Omar Tahar, Smain Bedrouni, des représentants de Grande Bretagne et d'Italie, Maria Poumier, et moi-même. Nous avons fait des conférences, des émissions à la télévision libyenne, des interventions dans la rue et sur la Place verte, en soutien aux manifestations populaires de défense de la Jamairihyya contre les bombardements de l'OTAN, qui avaient commencé, à l'initiative de la France, et qui étaient faussement attribués par la propagande occidentale au gouvernement libyen. De retour en France, nous avons multiplié les témoignages de la réelle fidélité majoritaire du peuple à son président.

Le plus militant parmi nous, connaissant bien l'Afrique du Nord, s'appelait Franck Pucciarelli. Il se battait pour dénoncer la malhonnêteté criminelle de Sarkozy envers son invité et bailleur de fonds Kadhafi pour les élections de 2007, et avait contacté de nombreux media pour transmettre des témoignages à ce sujet, en particulier sur le rôle de Bernard Kouchner.

Voir cette publication sur Instagram

 Une publication partagée par Sylvia Miami (@sylvia_miami)

Franck devait rencontrer Saïf al-Islam dès que les "mesures sanitaires" contre le Covid auraient été assouplies.

Franck a été retrouvé "suicidé" étrangement, officiellement par le passage d'un train, qui a eu la délicatesse de ne pas déchiqueter son corps, qu'on a retrouvé roué de coups, et "le train" lui a aussi ouvert une plaie en T sur la tête, et porté des coups violents au visage. C'est ce qu'a établi le médecin légiste. Cela s'est passé peu avant l'ouverture du procès Bygmalion, le 7 avril 2021, où il devait témoigner ; le conducteur du train censé l'avoir tué l'avait vu, il avait pu freiner à temps, et donner l'alerte.... Les amis de Franck se sont constitués en collectif pour exiger une enquête, sur les circonstances et l'environnement entourant la découverte du corps, les voisins de la voie ferrée, et les dernières personnes à avoir vu Franck vivant :  voici un texte rédigé juste après son décès. Mais aucun procureur n'a demandé d'approfondir le rapport de gendarmerie et d'instruire l'affaire ; cinq ans plus tard aucune enquête n'a été diligentée. Franck Pucciarelli aurait été un soutien précieux pour Saïf.

Ginette avait rencontré SaÏf en Libye par trois fois, deux fois à Tripoli et une fois à Syrte, et elle l'estimait beaucoup, il avait les qualités d'une personnalité appelée à un grand avenir dans son pays, chaleureux et hospitalier. Il ne reste plus des enfants de Kadhafi que sa fille Aïcha, son frère Hannibal, qui a été libéré de prison au Liban, et le plus jeune, Mohammed. Nul n'ignore que les ennemis du guide de la révolution à l'étranger sont du genre à pratiquer l'extermination de tous les proches de ceux qui les défient, ils sont sur leur garde.

Saif al-Islam avait été inculpé par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et/ou contre l'humanité, et condamné à mort sans qu'il ait pu se défendre, en 2015. La manœuvre politique était tellement scandaleuse que, bien défendu par ses avocats, le Tribunal avait dû mettre fin aux poursuites, et il avait été amnistié par le Parlement libyen de Tobrouk, dans le sud ; il avait l'intention de se présenter aux élections présidentielles prévues pour 2021, assuré d'un soutien populaire certain. Les mentors de l'OTAN, instrumentalisant l'ONU, ne pouvant lutter contre sa réelle popularité ont préférer ajourner ces élections jusqu'à ce jour.

Un pronostic global, pour la nouvelle ère inaugurée par l'assassinat de Saïf al-Islam

L'Occident sioniste n'a atteint qu'un seul objectif, quinze ans après l'assassinat de Mouamar Kadhafi : ajouter un nouveau martyr à la liste des héros libyens. Et dans toute l'Afrique, la jeunesse, éduquée entre autres par Kemi Seba, répand et maintient l'idéal de la démocratie directe de la Jamahiriya. Les hommages en provenance d'Afrique se multiplient, Saïf a rejoint la liste des grands héros africains assassinés par des agents de l'Occident impérialiste : Patrice Lumumba, Thomas Sankara, Mouamar Kadhafi. Il reste interdit de poser des questions sur ces assassinats, mais on ne parviendra pas à oublier les trajectoires qui sont des symboles.

"Les hommes peuvent disparaître, mais la Libye demeure". Ceux qui ont agi comme des mercenaires au service d'intérêts étrangers simplement pressés de s'emparer de la Libye pour la dépouiller ont commis un crime contre la patrie, et une trahison. Parfaitement lucide, Saïf, la mémoire vivante de son pays, qui donnait les preuves de son histoire, annonçait, lors de l'assassinat de son père : "Toute la Libye sera détruite. Il nous faudra 40 ans pour nous mettre d'accord sur la manière de diriger le pays, car aujourd'hui, tout le monde voudra être président ou émir, et tout le monde voudra gouverner le pays". (Saif al-Islam Kadhafi, 2011)

"Dans ce contexte de division et de guerre interne, Saif al-Islam était réapparu comme une figure gênante. Il ne commandait pas d'armées ni ne promettait de victoire militaire, mais il parlait de réconciliation, de souveraineté et d'une Libye unifiée. Son capital politique ne provenait pas seulement de la nostalgie, mais d'une légitimité construite dans la défaite et la prison, quelque chose qui, dans la culture politique libyenne, pèse autant qu'une victoire militaire... En Libye, aujourd'hui, la réconciliation reste dangereuse. Et la souveraineté, un crime impardonnable". source : Desde abajo, repris par  Legrandsoir.info et  reseauinternational.net

L'assassinat de Saïf al-Islam le 3 février 2026 se situe, comme par hasard, entre le voyage du représentant du gouvernement américain Massad Boulos à Paris, pour une rencontre secrète le 28 janvier 2026, soi-disant pour faire reprendre le dialogue dans une Libye divisée entre deux commandements, entre l'Est et l'Ouest, et pour débloquer la situation. L'assassinat de Saïf al-Islam ne relève pas d'un règlement de compte de type mafieux, il n'y a pas eu la moindre revendication. C'est une application de la vieille recette israélienne, la "décapitation" systématique de tout mouvement de résistance nationale, pour terroriser, paralyser, désunir les différentes composantes de la dynamique patriote. Mais cela n'a jamais suffi, et une foule immense a entouré les funérailles de Saïf al-Islam, ce qui prouve bien que le peuple a compris la manœuvre, et qu'il est prêt à riposter.

Depuis 15 ans, pays de l'OTAN et US ont impulsé la fragmentation de la Libye, qui leur permettait de multiplier les contrats sans avoir à rendre de comptes à un gouvernement national, et qui casserait toute tentative de remettre la personnalité collective libyenne sur le devant de la scène internationale. Tout indique que le projet, consolidé par l'assassinat de Saïf, reste inchangé.

Non au pillage organisé de certains pays par l'Occident, non au pillage éternel.

La vérité ne peut pas être bombardée. Une conscience réveillée ne meurt jamais.

Une idée juste trouve toujours son chemin.

 Maria Poumier

source :  Entre la plume et l'enclume

 reseauinternational.net