18/02/2026 reseauinternational.net  13min #305230

Un Picrochole-Caligula nous est né. Alleluiah

par Aline de Diéguez

Picrochole est un personnage créé par notre grand François Rabelais dans son roman Gargantua. C'est un roi particulièrement belliqueux et assez stupide qui recherche des noises à tous ses voisins. La guerre est son objectif unique, Caligula est un empereur romain du Premier siècle. Deux phrases qui lui sont attribuées résument assez bien sa pensée : "Oderint, dum metuant" ("Qu'ils me haïssent, pourvu qu'ils me craignent !") et "Si le Trésor (c'est-à-dire l'argent) a de l'importance, alors la vie humaine n'en a pas". Cruel et mégalomane, Caligula se croyait l'empereur du monde.

1. Les temps sont durs pour les maîtres du monde

Compliments et lourdes flatteries plus doux que le miel et l'ambroisie qui avaient bercé les précédents Picrochole ne sont plus d'actualité. Les temps sont durs, les ennemis se sont ressaisis. Ils se sont réorganisés. Sanctions et tarifs exorbitants frappent leurs économies. La Russie a profité des deux cent quatre-vingts (280) types de sanctions pour comprendre que la richesse de son sous-sol couplée au courage et à la créativité de sa population la rendait autonome. Elle s'est depuis longtemps débarrassée du dollar et a réussi à inciter les États amis à commercer en monnaies locales.

2. Chassez le naturel, il revient au galop

Picrocholand n'a évidemment pas renoncé aujourd'hui à sa stratégie séculaire, à savoir la guerra, la guerra, la guerra comme le chantait Monteverdi. Les finances sont basses, le territoire d'un nouveau Satan, un très gros Satan - recèle des richesses qui font baver d'envie toute la Picrocholandie.

Seulement voilà, l'ennemi est armé, ce Satan-là est puissant. Picrochole a donc imaginé un plan vicieux : il va commencer par affaiblir ses vassaux-rivaux qu'il méprise royalement - "fuck Europe" - en les obligeant à "punir" le Satan désigné, mais en réalité en provoquant chez chacun des "amis" des catastrophes en chaîne.

Dans un deuxième temps, ayant mis la main sur un ancien allié du satanique russien, il a suscité une belle petite guerre civile à ses frontières, destinée à l'affaiblir. Pour faire croire qu'il n'a pas tout simplement la frousse de se mesurer à l'ours des steppes, il a inventé le qualificatif de "guerre hybride" qui lui permet de manipuler un ludion sur place, pendant qu'il demeure douillettement planqué dans une forteresse sise à dix mille kilomètres.

Car, pour la première fois, Picrochole a peur. Ah ! le souvenir de la Grenade, la plus belle des guerres de l'empire. Une victoire éclatante. La seule depuis 1945, la seule dont il puisse se glorifier.

L'empire s'en gargarise encore. Depuis lors, il n'a eu, hélas, que des déceptions, au mieux des victoires à la Pyrrhus contre le venimeux Satan nord-coréen, les Vietnamiens fourbes, les Afghans arrogants en sandalettes, les Serbes coriaces, les Iraqiens maléfiques, les Libyens qui regrettent leur ancien "dictateur", les Syriens désormais livrés à un anthropophage coupeur de têtes, la sienne avait été mise à prix par les Picrochole successifs. Désormais, la barbe raccourcie le voilà devenu un "ami de l'empire".

Reçu en grande pompe à la Maison-Blanche, déguisé en honorable dirigeant, chemise blanche impeccable, cravate et élégant costume Armani, sourire carnassier en bandoulière.

Seuls les valeureux et courageux Yéménites, résistants sous les bombes et les missiles de notre Picrochole, permettent de croire encore en l'humanité. Seuls ils tentent de soulager le calvaire des habitants du ghetto de Gaza soumis à l'action génocidaire de la deuxième peuplade "élue" grâce aux bombes généreusement livrées par le grand ami et bienfaiteur, Picrochole. Ils ont réussi à vider la mer Rouge de tout ce qui flotte en direction du copain génocideur "élu" par lui-même. Ils ont également réussi l'exploit de chasser le porte-avion à propulsion nucléaire, l'US Harry Truman, de cette même mer Rouge, dans laquelle les courageuses actions du petit Yémen ont humilié l'arrogant Empire Picrocholandais.

La liste des échecs n'est pas close. Résultat plus que mitigé de l'empire contre le Tunisien et l'Égyptien, mais franc échec contre le plus ancien des Satanicules, le cabochard Cubain qui le nargue depuis soixante-cinq ans. Le Vénézuélien nageant dans le pétrole est désormais dans le viseur de l'appétit de Picrochole - Chavez, nous l'avons pourchassé sans succès durant des années. Finalement, nous l'avons bien eu ! Son cancer foudroyant, du bel ouvrage de nos services secrets et discrète avec ça. Mais ça n'a servi à rien, son successeur légitime, Maduro, l'Indien massif, intelligent et habile politique résiste soupire Picrochole bavant devant les réserves d'hydrocarbure et d'autres merveilles sur lesquelles l'empire essaie de faire main basse depuis des décennies. Comme l'affirme Carlos Ron un diplomate vénézuélien, la "guerre" contre les narco trafiquants est une "Régime Change Operation".Tout le monde l'avait compris et la ruse sémantique de Picrochole a fait long feu. Après le petit traitre Gaido, la candidate de la CIA, la Dame Maria Corina Machado est dans les starting blocs.

3. Picrochole remonte sur sa Rossinante

C'est presque acquis. Va pour la nouvelle guerre contre les mollahs et haro sur le pétrole iranien. Et puis Marco Rubio, son petit sénateur préféré de Floride, si propre sur lui, si lisse qu'il a l'air de sortir d'une machine à laverf, fils d'immigrés cubains qu'il a propulsé à la tête de la diplomatie de Picrocholand, a chuchoté à son oreille droite que les dents des mollahs avaient méchamment déchiré leur allié chéri à Gaza durant la guerre précédente. Après une première tentative de destruction de l'empire perse, il lui fallait encore un peu de temps pour se refaire une santé. En attendant un chantier plus agréable attendait l'empire sous le ciel plus clément des Caraïbes. Pirochole hésite et ne sait plus dans quelle direction tourner sa belliqueuse Rossinant.

Va pour Maduro. Un dictateur rustique, descendant des Incas, redoutable narcotrafiquant, prétend-il, règne sur place. Picrochole clame à qui veut l'entendre qu'il "n'est pas content", et quand Picrochole n'est pas "content", cela le rend nerveux et imprévisible. À la tête d'un grandiose et inventé "Cartel de los Soles", le "dictateur vénézuélien", régnait sur un pays qui flottait sur la nappe de pétrole la plus considérable de la planète. Picrochole se souvenait d'avoir fait une première tentative d'assassinat du dirigeant précédent. Cette "tentative" avait bel et bien conduit à la disparition du remuant Chavez, victime, comme il est rappelé ci-dessus, d'un cancer particulièrement virulent dont aucun traitement n'a pu ralentir l'évolution fatale. Picrochole a donc décidé de garder sous le coude la guerre contre les mollahs et de se concentrer dans l'immédiat sur l'ennemi plus proche de ses côtes.

Des rumeurs déplaisantes sont parvenues à ses oreilles. Ses raffineries sont presque à sec, mais le pétrole du Venezuela est difficile à exploiter. Comme il déteste livres et rapports écrits, il ignorait que les raffineries US ne sont pas prévues pour fonctionner avec du pétrole lourd, principalement extrait du sol du Venezuela. Les mêmes qui poussaient à la guerre contre l'Inca têtu - Rubio, Hegseth, Kellog - lui expliquaient aujourd'hui qu'il est urgent d'exercer une forte pression sur l'Inde et l'obliger à échanger le pétrole léger russe contre le pétrole bitumineux du Venezuela. De plus, des rumeurs encore plus déplaisantes rapportent que le Satan slave se serait approprié en douce les meilleurs gisements et que ses actions et ses menaces tournent à vide.

Un détail tracasse Picrochole, comme faire rentrer à la maison l'armada de navires de guerre qu'il a envoyée sur place et qui fait des ronds dans l'eau en face des côtes du Venezuela depuis des semaines, sans compter le plus grand porte-avion du monde, le Gerald Ford, long de 330m et son groupe aéronaval composé de trois destroyers, le tout destiné à impressionner les dirigeants vénézuéliens. Pour tromper leur ennui, les marins ont fait des cartons sur les innocentes barquasses des pécheurs. L'opération se sera soldée par une poignée de barques de pécheurs, rebaptisés narco trafiquants, envoyées par le fond et la centaine de matelots noyés en haute mer, ce qui légalement constitue un acte de piraterie et un crime de guerre, mais, Pfuttt, balivernes, cela n'émeut nullement Picrochole dont le seul frein à ses actions destructrices est, dit-il, sa "morale". Le reste du monde frémit !

Comment sauver dignement la face après un tel fiasco ? Élémentaire : en kidnappant le président légitime du pays après avoir neutralisé les systèmes d'alerte militaire et fait assassiner les trois cents gardes cubains qui veillaient à sa sécurité. Et c'est ainsi que Picrocholand est grand !

4. La dernière ligne droite

Et maintenant, ce sont les plus gros de tous les Satans de la planète qui lui barrent la route. Le Diable en personne, Vlad l'Empaleur avec sa pluie de drones et ses missiles ultraperformants qui se rient de ses vieux tomahawks grabataires. Son ami, le colosse aux yeux bridés, avec un petit coup de GO administratif magistral vient de faire trembler tout l'échiquier de la géopolitique du négoce des terres rares et surtout des aimants dont il a le quasi monopole. Alors que Picrochole est toujours à la recherche du levier qui lui permettrait d'exercer un chantage sur l'un ou l'autre en vue de les piller en obtenant des échanges commerciaux fructueux, il est si vaniteux qu'il a oublié ses propres faiblesses.

Pendant qu'il manie une massue de cinq cents pour cent de droits de douane sur les microprocesseurs à l'intention de la Chine, celle-ci lui a poliment adressé un petit document administratif, une modeste petite feuille dont il devra cocher les cases et faisant office de licence, par laquelle, s'il veut bénéficier des terres rares et des aimants chinois, il devra s'engager par écrit à respecter les conditions détaillées par son ennemi. Quelle humiliation ! De plus, l'impavide Xi exige des informations minutieuses sur les clients éventuels, présents, futurs et même passés et détermine le rythme de délivrance des autorisations.

Et que fait Picrochole ? Il recule. Espérant amadouer l'empereur chinois, il baisse drastiquement le montant des droits de douane en prétendant faire un acte humanitaire généreux, histoire de sauver la face.

Pas de cris, pas de menaces, des actes de la part du "partenaire" chinois. C'est rien de moins que l'étranglement de toute l'économie de l'Empire. Sans aimants chinois produits à partir de terres rares dont Xi a également le quasi monopole, pas de moteurs électriques, pas de F35, pas de smart phones, pas d'industrie automobile, pas de munitions, pas de missiles, pas de tanks, donc pas d'industrie de guerre.

Pratiquement toutes les armes modernes ont besoin de certains métaux contenus dans les terres rares ainsi que des aimants spéciaux chinois.

Par une petite décision administrative, Xi a mis KO l'orgueilleux Picrochole qui croyait qu'il pouvait faire n'importe quoi sans conséquences. Se présentant en demandeur, il a fait à l'impassible bouddha chinois l'humble offrande d'une diminution des tarifs vertigineux, que personne ne demandait, et qu'il s'était cru capable d'imposer.

Quant au troupeau des Européens désargentés commandés par une harpie teutonne, il s'est découvert une âme de chevaliers teutoniques, il continue à vivre dans la moyenne région de l'air et rêve de cavalcades victorieuses jusqu'aux murs du Kremlin, mais non sans avoir volé au passage le trésor de guerre que Vlad, confiant jusqu'à la naïveté, avait déposé dans leurs coffres.

5. Le Dieu-dollar au bord du gouffre

Mais le pire était à venir. L'alerte mortelle a retenti à l'annonce que l'ennemi chinois non seulement n'achetait plus de bons du trésor, c'est-à-dire ne finançait plus la dette du pays, mais continuait à vendre, d'abord subrepticement, puis ouvertement, une partie de ses réserves en bons emmagasinés.

Allait-il falloir supplier l'énigmatique Xi de continuer à acheter ses papiers imprimés afin d'empêcher Picrocholand de faire faillite ?

Pendant que les rapaces dirigeants d'entreprises, attirés par les bas salaires de pays sous-développés ou en voie de développement, avaient délocalisé leurs entreprises et s'étaient enrichis, tous les arrogants États occidentaux donneurs de leçons à la planète entière s'imaginaient vivre dans un "jardin", le reste du monde étant renvoyé à une "jungle" qui venait clapoter à leurs frontières. Imitant le régime de "sanctions" illégales du maître, les laquais s'étaient gravement appauvris, victimes d'un effet boomerang de décisions politiques aventureuses que leur lâcheté politique leur avait inspirées. Les Universités formaient des armées de financiers, de psychologues, de sociologues et de spécialistes en informatique mais il n'existait plus sur place d'ouvriers qualifiés et d'ingénieurs de haut niveau pour réindustrialiser les pays. Le Japon, la Corée du Sud, pays de vieux à la démographie en chute libre, n'avaient plus les moyens de soutenir la dette exorbitante de Picrocholand et ses centaines de bases tout autour du globe. Les États européens impécunieux et dirigés par une élite stupidifiée par une haine et une jalousie pathologiques à l'égard de la Russie, alors qu'ils étaient aussi nus et désindustrialisés que Picrocholand et en plus démilitarisés, vivotaient péniblement.

De plus, ils avaient renoncé à la dernière minute à aggraver la situation en volant les réserves de la banque centrale russe déposées dans leurs institutions financières. Détruisant la confiance dans leur monnaie, l'euro, ils détruisaient la confiance dans le système monétaire international occidental tout entier. Ils avaient beau inventer les manipulations les plus tordues pour camoufler leur méfait, un vol est un vol et les dirigeants européens devenaient une mafia de voleurs en bande organisée.

Ils avaient fini par reculer, mais néanmoins décidé d'offrir au pays le plus corrompu de la planète, une modeste offrande de quatre-vingt-dix milliards d'euros (90 000 000 000) qu'ils ne possédaient pas et emprunteraient avec intérêt et qui ne serait jamais remboursée, à répartir au prorata de la population. La part de la France sera de dix-sept milliards (17 000 000 000). Sachant qu'un hôpital neuf coûte environ dix millions (10 000 000) avant corruption et malfaçons, la somme offerte aux oligarques ukrainiens représente le coût de 170 hôpitaux tout neufs ou le montant de la reconstruction de la totalité des hôpitaux nationaux.

Les Français disent merci à un gouvernement si généreux avec l'argent des citoyens.

Les dirigeants de l'Euroland avaient tous oublié que la confiance est le seul et unique carburant d'une finance internationale déjà fondée sur une arnaque. L'arnaque née la nuit de Noël 1913 avait duré un peu plus d'un siècle et vivait ses derniers jours. Pas de source d'énergie bon marché, plus de candidats prêts à se faire gruger en finançant les déficits et la soldatesque menaçante de Picrocholand, les jours du rêve de l'empire planétaire étaient comptés.

Tout le monde voit clairement que Picrochole tremble et sa lâcheté lui avait fait croire que la solution adéquate était d'attaquer et de voler tous azimuts et notamment l'ours slave par esclaves interposés.

Caramba, encore raté. Pendant que l'ours, sorti de son hibernation continue de se fortifer tranquillement, adieu veaux, vaches, cochons, couvées, pot de lait renversé et découverte que le Dieu dollar est devenu famélique et qu'il est grignoté par les souris.

Grand Lamento occidental

Les dirigeants dépités et déprimés de Picrocholand, entourés de la troupe endeuillée des "amis" tremblants, ruminent et entassent comme Pélion sur Ossa, insultes, menaces et projets plus inapplicables les uns que les autres. Car Picrochole, sans l'avouer publiquement, découvre sa faiblesse militaire et sa décadence scientifique.

Ainsi va le monde Picrocholien dans lequel la Maritorne du village de Sagayo a réussi, durant deux siècles, à se faire passer pour la Dulcinée idéale du Toboso démocratique.

Mais l'enchanteur a perdu son pouvoir fascinatoire. Le charme se dissipe. Trop lentement les oreilles se débouchent et les yeux se dessillent.

Une Maritorne en haillons apparaît enfin aux yeux de peuples réveillés de leur rêve. En lieu et place de la Dulcinée qu'ils vénéraient, beaucoup découvrent, amers, dépités et honteux que leur adoration s'était portée sur une fille de ferme inculte, stupide, égoïste, cynique, violente, cruelle et uniquement soucieuse de ses poules et de ses cochons.

 Aline de Diéguez

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