
Par Ana Vračar, le 19 février 2026
Les groupes antifascistes et le parti de gauche La France Insoumise (LFI) sont pris pour cible par les forces de droite et conservatrices après la mort d'un militant d'extrême droite des suites de blessures subies lors d'un affrontement le 12 février à Lyon. L'incident s'est produit non loin d'un lieu où la députée européenne LFI Rima Hassan avait prévu de se rendre. Cette information est désormais manipulée par les opposants politiques du parti et les médias grand public pour suggérer que LFI et les groupes qui constituent sa base encouragent la violence.
À la suite de cette campagne de dénigrement, des dizaines de lieux, dont le siège national et local de LFI, ainsi que les bureaux de plusieurs candidats aux prochaines élections municipales, ont été attaqués. Le siège parisien du parti a dû être évacué mercredi en raison d'une alerte à la bombe, tandis que d'autres bureaux ont été dégradés par des jets de peinture. Plusieurs membres de LFI ont signalé des menaces explicites à la police.
Une zone proche du lieu de l'affrontement à Lyon, en France, qui a conduit à la mort de Quentin Deranque, samedi. Crédit photo © Olivier Chassignole/
L'affrontement a eu lieu le 12 février à Lyon entre des militants d'extrême droite "protégeant" une action de protestation organisée par le groupe féministe xénophobe Némésis et des personnes soupçonnées d'être des militants antifascistes. Au cours de l'affrontement, Quentin Deranque, présumé militant du groupe néonazi Allobroges Bourgoin, a été grièvement blessé à la tête et est mort plus tard. La nouvelle a rapidement été instrumentalisée par la droite - de politiciens comme Marion Maréchal à des groupes comme Némésis - pour promouvoir des représailles contre les progressistes.
Outre LFI, les syndicats étudiants, le groupe Jeune Garde et d'autres réseaux similaires ont été accusés par des personnalités d'extrême droite d'être responsables de la mort de Deranque, selon Mediapart. Peu après l'incident, des politiciens et militants de droite ont lancé une campagne malveillante d'accusations publiques, allant jusqu'à diffuser les noms et les informations personnelles des personnes présumées impliquées.
La plupart de ces accusations se sont rapidement avérées fausses. Dans un cas, un étudiant accusé par la droite d'avoir participé à l'attaque était en réalité en Amérique latine au moment des faits. Cependant, la réfutation de ces allégations n'a pas mis fin aux menaces contre ceux dont l'identité a été rendue publique.
Alors que la quasi-totalité du spectre politique français a condamné l'issue fatale de l'affrontement à Lyon, des personnalités de gauche et progressistes ont dénoncé l'instrumentalisation de la mort de Deranque dans le cadre d'une campagne persistante visant à discréditer LFI.
"L'extrême droite, qui s'empresse d'exploiter la tragédie, n'a qu'un seul objectif", a écrit Paul Vannier, membre de LFI, sur les réseaux sociaux. "Justifier sa violence contre LFI, son principal adversaire politique, en établissant des liens scandaleux entre la présence d'un député européen de LFI à Lyon et la mort de Quentin".
Crédit photo © Paul Vannier
On a également tenté d'impliquer un autre parlementaire de LFI, Raphaël Arnault, ancien membre du groupe antifasciste Jeune Garde, dissous l'année dernière pour avoir prétendument incité à la violence contre des formations d'extrême droite. Ces accusations ont été contestées à plusieurs reprises. De nombreux militants locaux et socio-anthropologues ont souligné que les groupes d'autodéfense antifascistes en France, en particulier à Lyon, où les organisations d'extrême droite ont été impliquées dans plus de 100 incidents violents entre 2010 et 2025, sont apparus pour se défendre contre des menaces bien réelles.
Dans une interview accordée à L'Humanité, le journaliste Sébastien Bourdon a expliqué que
"les groupes antifascistes comme Jeune Garde, formés à Lyon en 2018 après de multiples attaques contre des réunions, des bibliothèques libertaires et des manifestations, sont nés principalement d'une nécessité d'autodéfense".
Bourdon a également averti que la glorification dont Deranque fait actuellement l'objet dans les milieux d'extrême droite pourrait renforcer la dynamique de ces groupes et conduire à une présence accrue dans les espaces publics. Les agressions et menaces visant les organisations de gauche semblent confirmer cette crainte, tout comme les informations faisant état de marches et de rassemblements d'extrême droite dans certains quartiers historiquement antifascistes de Paris après la mort de Deranque.
Les attaques contre la gauche se sont également propagées à l'Assemblée nationale : une minute de silence a été observée mardi en hommage à Deranque, suivie une fois de plus d'accusations contre LFI.
En réponse à ces attaques, LFI a réaffirmé son engagement en faveur de la non-violence. Plusieurs dirigeants du parti, dont Jean-Luc Mélenchon et Manuel Bompard, ont souligné que la responsabilité ultime de la mort de Deranque revient aux autorités de l'État, qui ont été informées de la manifestation d'extrême droite mais ont choisi de ne pas déployer de moyens pour empêcher d'éventuels affrontements. Ils ont également reproché à la droite et au centre d'ignorer commodément le contexte plus large de la violence d'extrême droite.
"Depuis 2022, 12 personnes ont été assassinées par l'extrême droite", a déclaré M. Mélenchon lors d'une récente intervention. " Federico Martín Aramburú, Mahmadou Cissé, Aboubakar Cissé, Hichem Miraoui, pour n'en citer que quelques-uns. Nos détracteurs n'ont pas prononcé un mot à leur sujet".
Traduit par Spirit of Free Speech