19/02/2026 mondialisation.ca  33min #305360

 Epstein Files, le procureur général adjoint : « les images de mort, d'abus physiques et de blessures sont exclues des publications »

Les élites criminelles mises à nu dans les dossiers Epstein enterrent la vérité

Par  Jonathan Cook

Depuis des décennies, nos médias ont ignoré ou décrié comme du "complotisme" toutes les informations sur les réseaux pédophiles criminels dans lesquels les élites se livrent non seulement au viol d'adolescentes et adolescents, de fillettes et petits garçons, et même de nourrissons, victimes d'un trafic international couvert par les plus hautes autorités, mais bien à des actes de torture et de mutilation, voire des assassinats, dans le cadre de rituels filmés et documentés. En France, ces faits ont été dénoncés dès 1988 par  un documentaire de CBS (American Girls in Paris, consacré à Jean-Luc Brunel, complice d'Epstein à Paris, tous deux "suicidés" en prison), puis par  cet insoutenable mais indispensable documentaire d'Elise Lucet datant de 2000 (Viols d'enfants, la fin du silence), qui a permis la révélation de l'existence de  "charniers d'enfants" en région parisienne, évoqués par Martine Bouillon, substitut du procureur de Bobigny, tout cela sans qu'aucune enquête sérieuse soit menée. De même en 2011 pour  les déclarations de Luc Ferry, ancien ministre de l'Education Nationale, confirmant  un article de presse qui accusait un ancien ministre d'avoir violé des petits garçons à Marrakech, largement identifié comme étant Jack Lang, qui a signé en 1977 une  tribune pour la légalisation de la pédophilie (publiée par  Le Monde), ou  affirmé en 1991 que "La sexualité puérile est encore un continent interdit, aux découvreurs du XXIe siècle d'en aborder les rivages." Circulez, il n'y a rien à voir. Même cet autre  documentaire de CBS de 2020 sur l'impossible suicide d'Epstein ne mérite aucune mention.

La publication d'une partie des dossiers Epstein, malgré sa densité délibérément conçue pour paralyser les esprits et son lourd caviardage, révèle que tout ce "complotisme" était bel et bien vrai, voire ne constituerait que la partie émergée de l'iceberg. Pourtant, les médias dominants continuent à en minimiser la portée, et à ne pas évoquer les liens avérés d'Epstein avec Israël, au service de qui toute cette opération consistant à compromettre des personnalités pour forcer leur allégeance aux intérêts sionistes était menée. Les médias qui, comme Mediapart, accusaient de " réflexe pavlovien" aux relents antisémites l'accusation de "génocide" à Gaza ("Certes, l'inversion de la culpabilité, à l'égard de juifs transformés en bourreaux ultimes, est un trope antisémite bien connu - raison pour laquelle l'utilisation du mot"génocide"nécessitait prudence et argumentation, plutôt que réflexe pavlovien."), font de même avec l'affaire Epstein : "Et puis sur X, c'est de la folie furieuse. Un raz-de-marée sans aucune prudence. Les gens se saisissent de tout et n'importe quoi, citent des bouts de messages, déforment les propos. Il faut dire que vous mettez les mots"élite-pédocriminel-juif"et vous avez le bingo du siècle pour les complotistes.",  assène Fabrice Arfi. Pour Mediapart, qui érige en vertu la prudence et la minimisation (sauf quand il s'agit de justifier la destruction de l'Iran), ce dossier  révèle seulement "un monde de puissants qui échangent ragots, plaisanteries anodines ou graveleuses, services, argent et informations. Un monde de puissants où certains échangeaient parfois des femmes, pour certaines mineures, dans une impunité totale. Cette publication désordonnée permet évidemment toutes sortes de théories, des conclusions hâtives, voire fumeuses, mais elle offre aussi des fils à tirer pour un journalisme qui vérifie, recoupe et prend le temps de l'enquête." Les "vérifications" de Mediapart n'ont amené qu'à l'identification en Jack Lang d'un fraudeur fiscal.

Pour justifier cette incroyable cécité sur les abus sexuels les plus atroces, Mediapart, qui ne rechigne pas à donner le s détails les plus explicites de viols sur enfants lorsqu'il s'agit de simple particuliers, se trouve pris d'une pudeur effarouchée face aux turpitudes des puissants, allant jusqu'à  falsifier grossièrement la traduction d'un email de Jeffrey Epstein à Jack Lang ayant pour objet "Petit prince", pour dissocier "enfants" et "nouvelles sexualités" ("Faut-il initier l'enfant à la religion ? Abordons les nouvelles sexualités. Faut-il les tester ?", traduit Mediapart, quand même  RTL a traduit correctement ce message ignoble : "L'enfant doit-il être initié à la religion ? Aux nouvelles sexualités ? Etre testé ?"). Cette dissimulation jusqu'au-boutiste est tout simplement sidérante.

Comme le montre l'article de Jonathan Cook que nous traduisons ci-dessous, il n'y a là rien de surprenant de la part de ceux-là même qui ont minimisé les crimes israéliens et donné tout le retentissement possible aux crimes fictifs imputés au Hamas (voir  Sur Mediapart, les crimes fictifs du Hamas éclipsent les atrocités bien réelles d'Israël), accordé  une tribune à des criminels de guerre comme Ehoud Barak, habitué des résidences d'Epstein, et censuré à tour de bras les billets de blogs d'abonnés qui étaient consacrés à cette affaire. Il est naturel que la rédaction de Mediapart persiste dans son rôle de roquet de cour grimé en chien de combat,  se gargarisant de son travail, comme si elle avait risqué la vie de ses journalistes en réalisant avant tout le monde une enquête sur les réseaux de violeurs d'enfants, et non contribué à les occulter pendant toutes ces années, et jusqu'à aujourd'hui.

Alain Marshal

Si vous avez du mal à supporter la pression incessante de devoir communiquer dans un monde toujours plus connecté, ayez une pensée pour le défunt pédophile en série Jeffrey Epstein.

Le déluge de  trois millions de documents publiés ce week-end par le Département de la Justice américain confirme qu'Epstein consacrait un temps démesuré à correspondre avec l'immense réseau de relations puissantes qu'il avait patiemment constitué.

L'envoi d'e-mails, à lui seul, semble avoir représenté pour lui un travail à plein temps ; et, dans un sens très réel, c'était bien le cas.

L'attention personnelle qu'il accordait aux milliardaires, aux membres de la royauté, aux dirigeants politiques, aux hommes d'État, aux célébrités, aux universitaires et aux élites médiatiques lui permettait de se maintenir au cœur de ce vaste réseau de pouvoir.

Son carnet d'adresses était un véritable who's who de celles et ceux qui façonnent notre conception de la manière dont le monde devrait être gouverné. Mais il jouait également un rôle essentiel dans la façon dont Epstein attirait certaines de ces mêmes personnalités influentes toujours plus profondément dans son orbite, et dans un univers de fêtes privées dépravées et d'exploitation sexuelle à New York et sur son île des Caraïbes.

Il semblerait que  trois millions de documents supplémentaires soient encore retenus. Leur contenu, il faut le supposer, est encore plus accablant pour l'élite mondiale cultivée par Epstein.

Plus les documents sont rendus publics, plus se dessine le tableau d'un Epstein protégé des conséquences de sa propre dépravation par un réseau d'alliés qui, soit ont fermé les yeux sur ses crimes, soit y ont activement pris part.

Le mode opératoire d'Epstein évoquait de manière troublante celui d'un chef de gang, qui exige des nouveaux venus qu'ils participent à un meurtre avant d'être admis comme membres à part entière de l'organisation. La complicité est le moyen le plus sûr de garantir une conspiration du silence.

Réseau de pouvoir

Il ne s'agit pas seulement du fait que le financier pédophile, aujourd'hui décédé [selon la version officielle], se soit caché pendant des décennies en pleine lumière. Son réseau d'amis et de connaissances se dissimulait avec lui, chacun persuadé d'être intouchable.

Ses abus à l'encontre de jeunes femmes et de jeunes filles ne relevaient pas uniquement d'un crime personnel. Après tout, pour qui Epstein et sa principale rabatteuse, Ghislaine Maxwell, se livraient-ils à tout ce trafic sexuel ?

C'est précisément pour cette raison que tant de documents parmi les millions rendus publics ont été soigneusement expurgés, non pas principalement pour protéger ses victimes, qui sont apparemment  trop souvent identifiées, mais pour préserver les cercles prédateurs qu'il servait.

Ce qui frappe dans la dernière série de dossiers Epstein, c'est à quel point ils suggèrent une vision du monde généralement associée aux "théoriciens du complot". Epstein se trouvait au centre d'un réseau mondial de figures puissantes issues des deux côtés d'un clivage politique prétendu — mais qui relève, concrètement, surtout de la mise en scène — entre la gauche et la droite.

Le ciment qui semble avoir uni bon nombre de ces personnalités résidait dans leur traitement abusif de jeunes femmes et de jeunes filles vulnérables.

De la même manière, les photographies d'hommes riches en compagnie de jeunes femmes suggèrent qu'Epstein a accumulé, de façon formelle ou informelle, des kompromats — des preuves compromettantes — qui lui servaient vraisemblablement de  moyen de pression potentiel sur eux.

Dans un pur style maçonnique, son cercle de pairs semble s'être protégé mutuellement. Epstein lui-même a manifestement bénéficié d'un "accord de complaisance" en Floride en 2008. Il n'a finalement été incarcéré que pour  deux chefs d'accusation de sollicitation de prostitution — les moins graves parmi une longue liste d'accusations de trafic sexuel — et n'a  purgé qu'une courte peine, dont une large part en semi-liberté.

Et le mystère entourant la manière dont Epstein, simple comptable glorifié, finançait un train de vie d'un luxe extravagant — alors que son emploi du temps semble avoir été dominé par des tâches administratives par e-mail et l'organisation de soirées sexuelles — s'éclaircit un peu plus à chaque nouvelle révélation.

Sa fréquentation assidue des ultra-riches et de leurs courtisans, ainsi que les invitations à venir passer du temps avec de jeunes femmes sur son île, rappellent fortement les pièges à séduction traditionnellement utilisés par les services de renseignement. Il est fort probable qu'Epstein ne finançait pas tout cela de sa propre poche.

L'empreinte des services israéliens 

Cela ne devrait surprendre personne. Une fois de plus, les empreintes des services de renseignement — en particulier ceux d'Israël — apparaissent dans la dernière vague de fichiers divulgués. Mais les indices étaient présents bien avant.

Il y avait, bien sûr, son lien intime et  quasi surnaturel avec Maxwell, dont le père, magnat des médias, a été démasqué après sa mort comme agent israélien. Et l'ami de longue date d'Epstein, Ehoud Barak — ancien chef du renseignement militaire israélien, devenu ensuite Premier ministre — aurait dû constituer un autre signal d'alarme.

Ce partenariat avait été largement mis en lumière dans une série d' articles publiés par  Drop Site News à l'automne dernier, à partir d'une précédente divulgation des dossiers Epstein. Ils  montraient qu'Epstein aidait Israël à négocier des accords de sécurité avec des pays tels que la Mongolie, la Côte d'Ivoire et la  Russie.

Yoni Koren, officier en activité du renseignement militaire israélien, a été un  invité régulier de l'appartement d'Epstein à Manhattan entre 2013 et 2015. Un courriel montre également que Barak a demandé à Epstein de virer des fonds sur le compte de Koren.

Mais la dernière publication apporte des indices supplémentaires. Un document déclassifié du FBI  cite une source confidentielle affirmant qu'Epstein était "proche" de Barak et qu'il avait été "formé comme espion sous ses ordres".

Dans un échange de courriels entre les deux hommes en 2018, en amont d'une rencontre avec un fonds d'investissement  qatari, Epstein  demande à Barak de dissiper d'éventuelles inquiétudes concernant leur relation : "tu devrais préciser que je ne travaille pas pour le Mossad. 🙂"

Et dans un enregistrement audio récemment rendu public, non daté, Epstein  conseille à Barak de se renseigner davantage sur l'entreprise américaine d'analyse de données Palantir et de rencontrer son fondateur, Peter Thiel. En 2024, Israël a  conclu un accord avec Palantir pour des services d'intelligence artificielle destinés à aider l'armée israélienne à sélectionner des cibles à Gaza.

Comme on pouvait s'y attendre, ces révélations suscitent très peu d'écho dans les médias dominants, les mêmes médias dont les propriétaires milliardaires et les rédacteurs en chef soucieux de leur carrière courtisaient autrefois Epstein.

À l'inverse, les médias semblent bien plus  absorbés par des pistes moins solides suggérant qu'Epstein aurait également entretenu des liens avec les services de sécurité russes.

Pacte faustien

Il y a une raison pour laquelle l'exigence de publication des dossiers Epstein a été si pressante que même le président américain Donald Trump a dû céder, malgré des révélations embarrassantes le concernant également. Une grande partie de ce que nous voyons se produire dans une vie politique toujours plus avilie et corrompue semble défier toute explication rationnelle, sans même parler d'explication morale.

Les élites occidentales ont passé deux ans à collaborer activement au  massacre de masse à Gaza — largement qualifié de  génocide par des experts — avant de qualifier toute opposition à celui-ci d' antisémitisme ou de terrorisme.

Ces mêmes élites restent les bras croisés tandis que la planète brûle, refusant de renoncer à leur addiction lucrative aux combustibles fossiles, alors même que les enquêtes successives montrent que les températures mondiales augmentent inexorablement jusqu'à rendre l'effondrement climatique inévitable.

Une série de guerres d'agression occidentales imprudentes et illégales au Moyen-Orient, ainsi que les provocations de longue date de l'OTAN à l'égard de la Russie, l'incitant à envahir l'Ukraine, ont non seulement déstabilisé le monde, mais font aussi peser le risque d'une conflagration nucléaire.

Et malgré les avertissements des experts, l'intelligence artificielle est déployée à marche forcée, sans que l'on semble accorder la moindre attention aux coûts imprévisibles — et probablement énormes — pour nos sociétés, qu'il s'agisse de la destruction d'une large part du marché du travail ou de la remise en cause de notre capacité à évaluer la vérité.

Les dossiers Epstein apportent une réponse. Ce qui ressemble à une conspiration, suggèrent-ils, en est bel et bien une, mue par la cupidité. Ce qui nous sautait aux yeux depuis toujours pourrait en réalité être exact : le prix d'entrée pour être admis au sein de la minuscule élite dirigeante occidentale est élevé, et il implique de mettre de côté tout sens de la morale. Il exige de renoncer à toute empathie envers quiconque n'appartient pas au cercle.

Peut-être qu'une élite sans âme et dévoreuse de chair humaine à la tête de nos sociétés est moins caricaturale qu'il n'y paraît. Peut-être que les dossiers Epstein exercent une telle emprise sur notre imagination parce qu'ils nous enseignent une leçon que nous connaissions déjà, confirmant un récit édifiant antérieur même au canon littéraire occidental.

Il y a plus de 400 ans, l'écrivain anglais Christopher Marlowe — contemporain de William Shakespeare — s'inspira de contes populaires allemands pour écrire sa pièce Docteur Faustus, qui raconte l'histoire d'un érudit acceptant, par l'intermédiaire de Méphistophélès, de vendre son âme au diable en échange de pouvoirs magiques.

C'est ainsi qu'est né le pacte faustien, négocié par la figure, à bien des égards comparable à Epstein, de Méphistophélès. Le grand écrivain allemand Johann Wolfgang von Goethe revisita ce récit deux cents ans plus tard dans son chef-d'œuvre en deux parties, Faust.

Logique dégénérée

Il n'est peut-être pas surprenant que le vacarme médiatique autour des dossiers Epstein serve avant tout à étouffer une histoire plus véridique, qui peine à émerger.

La même élite qui considérait autrefois Epstein comme son maître de cérémonie tente aujourd'hui de détourner notre attention de sa propre complicité dans ses crimes pour la focaliser sur quelques individus soigneusement choisis, notamment, au Royaume-Uni, Andrew Mountbatten-Windsor et Peter Mandelson [ou Jack Lang en France].

Ces deux hommes peuvent difficilement être qualifiés d'agneaux sacrificiels. Ils remplissent néanmoins la même fonction : satisfaire l'appétit croissant du public pour la rétribution.

Pendant ce temps, le reste de son entourage nie les preuves pourtant bien établies de leur amitié avec Epstein ou, s'ils sont acculés, se hâte de présenter des excuses pour un bref manque de discernement — avant de se mettre précipitamment à l'abri.

C'est un calcul erroné. Les dossiers Epstein ne se contentent pas de révéler les choix obscurs de quelques individus puissants. Plus fondamentalement, ils mettent en lumière la logique dégénérée des structures de pouvoir qui sous-tendent ces individus.

Les figures influentes qui ont emprunté le Lolita Express d'Epstein pour se rendre sur son île, qui ont reçu des "massages" de jeunes femmes et de jeunes filles victimes de trafic, et qui plaisantaient avec désinvolture des abus subis par ces jeunes, sont précisément les mêmes qui ont discrètement aidé Israël à perpétrer un massacre de masse à Gaza — et qui, dans certains cas, ont bruyamment défendu son droit de le faire.

Faut-il s'étonner que ceux qui n'ont pas émis le moindre murmure d'opposition face au meurtre et à la mutilation de dizaines de milliers d'enfants palestiniens, ainsi qu'à la famine infligée à des centaines de milliers d'autres, soient aussi ceux qui ont participé à des rituels d'abus sur des enfants — ou les ont cautionnés — beaucoup plus près de chez eux ?

Ce sont ces mêmes personnes qui ont exigé que quiconque souhaitait défendre les enfants de Gaza consacre son énergie à condamner le Hamas Mediapart est champion en la matière, ne cessant de dénoncer sa "vilénie morale", usant d'épithètes flétrissantes jamais employées pour les crimes d'Israël : voir yahoo.com{a}encoded*url=aHR0cHM6Ly9hbGFpbm1hcnNoYWwub3JnLzIwMjUvMTAvMjcvcG91cnF1b2ktZGVzLWNyaW1lcy1maWN0aWZzLWR1LWhhbWFzLW9udC1lY2xpcHNlLWxlcy1hdHJvY2l0ZXMtYmllbi1yZWVsbGVzLWRpc3JhZWw{a}email*id=6f37459766900d045e7d3297de45cf15_0_305360');"> yahoo.com&encoded_url=aHR0cHM6Ly9hbGFpbm1hcnNoYWwub3JnLzIwMjUvMTAvMjcvcG91cnF1b2ktZGVzLWNyaW1lcy1maWN0aWZzLWR1LWhhbWFzLW9udC1lY2xpcHNlLWxlcy1hdHJvY2l0ZXMtYmllbi1yZWVsbGVzLWRpc3JhZWw&email_id=6f37459766900d045e7d3297de45cf15">Sur Mediapart, les crimes fictifs du Hamas éclipsent les atrocités bien réelles d'Israël. Ce sont ces mêmes personnes qui ont, à chaque occasion, cherché à discréditer le nombre croissant de morts parmi les enfants en l'attribuant au "ministère de la Santé dirigé par le Hamas" à Gaza.

Ce sont encore ces mêmes personnes qui ont nié qu'Israël ciblait les hôpitaux nécessaires aux soins des enfants blessés et malades de Gaza, et qui ont ignoré la famine massive infligée par Israël à l'ensemble de la population. Et ce sont enfin ces mêmes personnes qui prétendent aujourd'hui que les meurtres et les tortures continus infligés par Israël aux enfants de Gaza constituent un "plan de paix".

Néolibéralisme et sionisme

Mettons un instant de côté sa pédophilie. Epstein incarnait de manière ultime les deux idéologies corruptrices que sont le néolibéralisme et le sionisme, qui dominent les sociétés occidentales. Cela suffit à expliquer pourquoi il a si longtemps prospéré dans leurs sphères supérieures.

L'aboutissement de ces idéologies devait inévitablement conduire à un génocide à Gaza et, dans les années ou décennies à venir — à moins d'y mettre un terme — à un holocauste nucléaire à l'échelle planétaire ou à un effondrement climatique.

Epstein pourrait constituer un avertissement salutaire sur ce qui dysfonctionne profondément dans la culture politique et financière occidentale. Mais le signal d'alarme qu'il incarne est aujourd'hui étouffé dans son absence tout autant qu'il l'était de son vivant.

Le néolibéralisme est la quête de l'argent et du pouvoir pour eux-mêmes, détachée de toute finalité supérieure ou de tout bien social. Au cours du dernier demi-siècle, les sociétés occidentales ont été incitées à vénérer la classe des milliardaires — bientôt billionnaires — comme l'ultime symbole de la croissance économique et du progrès, plutôt que comme l'indicateur ultime d'un système qui s'est putréfié de l'intérieur.

Sans surprise, les ultra-riches et leurs satellites ont été séduits par les défenseurs du "longtermisme", un courant qui justifie les inégalités et les injustices flagrantes du monde actuel — et se résigne à une apocalypse climatique et environnementale à venir, à mesure que les ressources planétaires s'épuisent.

Le longtermisme affirme que le salut de l'humanité ne réside pas dans la réorganisation politique et économique immédiate de nos sociétés, mais dans l'aggravation de ces inégalités afin d'atteindre un succès à plus long terme grâce à une classe de surhommes nietzschéens, ou d'êtres supérieurs.

Une infime élite financière aurait besoin d'une liberté absolue pour accumuler toujours plus de richesses afin de trouver — par l'innovation technologique, bien sûr — des solutions aux défis de la survie sur notre planète fragile. Le reste d'entre nous constitue un obstacle à la capacité des super-riches à tracer une route vers la sécurité.

Les hommes, les femmes et les enfants ordinaires doivent être abandonnés sur le navire en train de sombrer, tandis que les milliardaires réquisitionnent les canots de sauvetage. Selon les mots de l'un des gourous du longtermisme, le philosophe d'Oxford Nick Bostrom, ce qui nous attend est "un gigantesque massacre pour l'homme, un petit faux pas pour l'humanité".

Pour reprendre un terme issu de l'univers du jeu vidéo, les membres de l'élite néolibérale considèrent le reste d'entre nous comme des personnages non joueurs, ou PNJ — des figurants générés pour servir de décor aux véritables joueurs. Dans cette perspective élargie, quelle importance que des enfants souffrent, que ce soit à Gaza ou dans les demeures d'un milliardaire ?

Pas une anomalie morale 

Si cela ressemble fortement au colonialisme traditionnel, à la "charge de l'homme blanc" remise au goût du jour pour une ère supposément postcoloniale, c'est bien parce que c'est le cas. Cela permet de comprendre pourquoi le néolibéralisme s'accorde si aisément avec une autre idéologie coloniale dépravée : le sionisme.

Le sionisme a acquis une légitimité croissante dans l'après-Seconde Guerre mondiale, tout en conservant avec arrogance, durant toute la période d'après-guerre, la logique dévoyée des nationalismes ethniques européens qui avaient auparavant culminé dans le nazisme.

Israël, enfant bâtard du sionisme, n'a pas seulement reproduit la suprématie aryenne : il en a rendu respectable sa propre version, la suprématie juive. Le sionisme, à l'instar d'autres nationalismes ethniques répugnants, exige l'unité tribale contre l'Autre, érige le militarisme en valeur suprême et cherche sans cesse à étendre son territoire, ou Lebensraum (espace vital).

Faut-il s'étonner que ce soit Israël qui, pendant des décennies, ait inversé les avancées d'un système juridique international précisément conçu pour empêcher le retour aux horreurs de la Seconde Guerre mondiale ?

Faut-il s'étonner que ce soit Israël qui ait perpétré un génocide sous les yeux du monde entier, et que l'Occident ait non seulement échoué à l'arrêter, mais ait activement collaboré au massacre de masse ?

Faut-il s'étonner que, à mesure qu'Israël peine de plus en plus à dissimuler la nature criminelle de son entreprise, l'Occident soit devenu plus répressif, plus autoritaire dans l'écrasement de toute opposition à ce projet ?

Faut-il s'étonner que les systèmes d'armement, les innovations en matière de surveillance et les mécanismes de contrôle des populations développés et perfectionnés par Israël contre les Palestiniens en fassent un allié si précieux pour une classe de milliardaires occidentaux désireuse d'employer ces mêmes innovations technologiques sur son propre territoire ?

C'est pourquoi la ministre de l'Intérieur d'un gouvernement britannique qui a soutenu le génocide à Gaza et qualifié l'opposition à celui-ci de terrorisme souhaite aujourd'hui ressusciter l'idée du XVIIIᵉ siècle de la prison panoptique, une forme d'incarcération fondée sur la surveillance totale, dans une version dopée à l'intelligence artificielle. Selon les termes de la ministre de l'intérieur Shabana Mahmood,  son panoptique garantirait que "les yeux de l'État puissent être braqués sur vous à tout moment".

Il y a près de vingt ans, il est devenu évident que Jeffrey Epstein était un prédateur. Ces dernières années, il est devenu impossible de soutenir l'idée qu'il constituait une aberration morale. Il a distillé et canalisé, à travers des formes dépravées de gratification sexuelle, une culture corrompue plus large, fondée sur la conviction que les règles ne s'appliquent pas aux individus exceptionnels, aux élus, aux surhommes.

Une poignée de ses alliés les plus sacrifiables seront désormais offerts pour apaiser notre soif de justice. Mais qu'on ne s'y trompe pas : la culture Epstein est toujours bien vivante.

Jonathan Cook

Article original en anglais : The criminal elite exposed in the Epstein files are burying the truth,  Middle East Eye et le  Substack de Jonathan Cook, le 5 février 2026.

Traduction :  Alain Marshal pour son blog

La source originale de cet article est  Substack de Jonathan Cook

Copyright ©  Jonathan Cook,  Substack de Jonathan Cook, 2026

Par  Jonathan Cook

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