Palestinian Information Center, 22 février 2026. - Le mois de Ramadan dans la bande de Gaza n'est plus une période de célébration comme autrefois, mais une épreuve quotidienne pour les familles qui tentent de se procurer le strict minimum alimentaire dans un contexte humanitaire et économique sans précédent depuis des décennies.
La table, traditionnellement associée à la générosité et aux réunions familiales, reflète aujourd'hui l'ampleur des bouleversements qui ont affecté chaque aspect de la vie, de l'habitat au contenu des tables.
Dans les quartiers de déplacés qui s'étendent le long de la bande, l'image de l'iftar se transforme : des tentes voisines remplacent les maisons, de simples tables en plastique cèdent la place aux festins copieux, et les conversations tournent moins autour de la diversité des plats que autour d'une seule question : comment se procurer un repas qui suffira jusqu'au lendemain ?
L'angoisse avant les rituels
Avant la guerre, les préparatifs du Ramadan commençaient tôt. Les marchés étaient autrefois bondés de clients, les listes de courses étaient soigneusement préparées et les maisons étaient prêtes à accueillir des invités. Aujourd'hui, ces rituels ont disparu face à la priorité absolue de la survie.
Ahmad Abu Jarbu, déplacé de Rafah à Deir al-Balah, explique que la table du Ramadan n'est plus un lieu de joie, mais plutôt un "combat quotidien".
Il raconte : "Chaque matin, je me réveille en pensant à ce que nous mangerons au coucher du soleil. On ne parle plus de variété ni de plats, mais d'un repas qui permettra aux enfants de tenir jusqu'au suhoor."
Abu Jarbu possédait une épicerie de légumineuses à Rafah, ce qui lui assurait un revenu stable. Son magasin et sa maison ont été détruits.
Il ajoute : "Avant, nous nous asseyions à table avec ce que nous trouvions : de la viande, du poulet ou des sucreries. Aujourd'hui, la plupart du temps, nous dépendons des conserves que nous recevons dans des colis alimentaires. La différence ne réside pas seulement dans le nombre de plats, mais aussi dans le sentiment de sécurité qui nous accompagnait."
La soupe populaire, source d'iftar
À l'ouest de la ville de Gaza, Siham Miqdad vit avec sa famille sous une tente près du port. Son mari, blessé, ne peut plus travailler et la famille n'a aucun revenu.
Elle explique que la soupe populaire est devenue essentielle pour pouvoir rompre le jeûne de l'iftar : "Nous faisons la queue pendant des heures. Parfois, nous obtenons un repas, parfois nous rentrons à la tente les mains vides, rongés par l'angoisse."
Miqdad évoque une pression psychologique qui dépasse la faim elle-même : "Les enfants me demandent ce qu'ils mangeaient pendant le Ramadan. J'essaie de leur expliquer que la situation a changé, mais il est difficile de faire comprendre à un enfant ce que signifie l'impuissance."
Elle compare la période d'avant-guerre à aujourd'hui, constatant que le prix d'une simple table a été multiplié par plusieurs fois, alors que tout revenu stable a disparu, rendant l'achat du nécessaire pour l'iftar quasi impossible.
Un marché sans pouvoir d'achat
Bien que certains marchés restent ouverts, le pouvoir d'achat a chuté à des niveaux sans précédent. Mohammad Haniyeh, qui a perdu son emploi dans une buvette détruite, explique qu'aller au marché est devenu une simple promenade sans but précis.
"On se renseigne sur les prix, puis on revient. Parfois, le pain est la seule option."
Il ajoute que ce sentiment d'impuissance est décuplé lorsque ses enfants lui demandent des aliments qu'ils considéraient autrefois comme faisant partie intégrante du Ramadan. "Avant, on planifiait le mois et on s'assurait de nos besoins. Aujourd'hui, on attend l'aide humanitaire, quelle qu'elle soit."
Une économie exsangue
Cette transformation ne se limite pas aux conditions de vie individuelles, mais reflète un effondrement plus général de la structure économique de la bande de Gaza.
Des milliers de petits commerces ont été détruits, les sources de revenus ont disparu, tandis que les prix des produits de première nécessité ont flambé en raison de la pénurie et des difficultés d'approvisionnement.
La plupart des familles sont devenues totalement ou partiellement dépendantes de l'aide humanitaire, dans une situation où la dignité individuelle se heurte de plein fouet aux besoins quotidiens. Dans ce contexte, la table du Ramadan n'est plus seulement un rituel social, mais un indicateur vivant du niveau de pauvreté et d'insécurité alimentaire, et de l'ampleur du fossé entre la mémoire et la réalité.
Des places vides à table
Dans de nombreux foyers, une absence irremplaçable se fait sentir. Martyrs, détenus et disparus ont laissé des places vides autour de la table.
Les familles s'efforcent de préserver les manifestations minimales du mois, mais le silence qui précède l'appel à la prière est parfois plus lourd que la faim.
Malgré cela, beaucoup tiennent à conserver un peu de l'esprit du Ramadan. Une petite décoration à l'entrée de la tente, une bougie allumée à l'iftar, ou un plat soigneusement dressé malgré sa simplicité. Abou Jarbu dit : "Nous n'avons peut-être plus ce que nous avions avant, mais nous essayons de préserver l e sens d'être ensemble."
À Gaza, la table a changé, la variété s'est réduite et beaucoup sont absents. Pourtant, le fait de s'asseoir ensemble pour la prière du coucher du soleil, même autour d'une table modeste, demeure une façon de s'accrocher à la vie face à une dure réalité.
Article original en anglais sur The Palestinian Information Center / Traduction MR

