25/02/2026 reseauinternational.net  6min #305913

 Israel's Purging of Christians From the Holy Land and the Plot To Keep Americans From Noticing

L'échange Carlson-Huckabee, point de vue épistémologique

par Isaac Bickerstaff

1. Un dialogue de sourds qui en dit long

Le 20 février dernier, sur le podcast de Tucker Carlson, l'ambassadeur américain en Israël,

Mike Huckabee, a vécu un moment de vérité.

Devant des millions d'auditeurs, le fervent soutien évangélique d'Israël s'est trouvé acculé par des questions simples :

sur quel critère précis fondez-vous le droit d'Israël sur cette terre ?

"Le lien de sang", répond Huckabee.

"Alors Netanyahou, d'origine polonaise, a-t-il fait un test ADN ?" rétorque Carlson.

Embarras, puis glissement vers la conversion, le religieux...

Huckabee finit par répéter "je ne comprends pas la question".

En quelques minutes, le discours s'effondre.

Ce qui frappe dans cet échange, c'est que l'un des arguments les plus puissants du soutien à Israël - le droit historique et quasi-biologique se révèle incapable de supporter un simple examen rationnel.

Il suffisait de ne pas accepter les réponses toutes faites pour que le château de cartes vacille.

2. Les traits du dogme à l'œuvre

L'attitude de Huckabee illustre parfaitement ce que nous appelons un dogme.

Un dogme, ce n'est pas seulement une croyance ;

c'est un système de pensée qui se caractérise par :

la non-falsifiabilité :

  • l'affirmation du "lien de sang" ne peut être ni prouvée ni réfutée par un test ADN, car elle relève d'un ordre métaphysique ;

l'appel à une autorité supérieure :

  • ici, la Bible et la promesse divine, qui court-circuitent toute discussion laïque ;

la circularité :

  • on justifie le droit par la promesse, et on atteste la promesse par le texte sacré ;

l'immunisation contre la critique :

  • toute objection est renvoyée à l'incompréhension, voire à l'hostilité ("tu ne peux pas comprendre") ;

la transfiguration du réel :

  • la colonisation devient "retour", l'expulsion devient "accomplissement prophétique".

Face à Carlson, Huckabee ne peut que répéter son credo ou se réfugier dans l'incompréhension,

car son discours n'est pas construit pour être discuté, mais pour être cru.

Le "KO" est moins celui d'un homme que celui d'une rhétorique qui, confrontée à la raison, se révèle vide.

3. Le sionisme n'est pas un bloc

Faut-il pour autant qualifier l'ensemble du sionisme de dogme ?

Ce serait une erreur historique et politique.

Le sionisme est né au XIXe siècle comme une réponse nationale et laïque à l'antisémitisme européen. Il a connu plusieurs courants :

  • le sionisme politique (Theodor Herzl) cherchait un refuge, par la diplomatie et la colonisation pragmatique, sans fondement mystique ;
  • le sionisme travailliste (Ben Gourion) était socialiste et tourné vers la construction d'une société nouvelle ;
  • le sionisme religieux (rabbin Kook, Gush Emunim) a sacralisé la terre et l'État, voyant dans la création d'Israël l'aube de la rédemption ;
  • le sionisme chrétien évangélique (Huckabee) soutient Israël pour des raisons eschatologiques, accélérant le retour du Christ.

Si les deux premiers courants sont discutables, critiquables, ils relèvent du débat politique, pas du dogme.

En revanche, le sionisme religieux messianique et ses alliés évangéliques présentent tous les traits du dogme identifiés plus haut.

C'est cette tendance, devenue influente depuis 1967, qui domine aujourd'hui une partie de la politique israélienne et du soutien international.

4. Une fracture au sein même de la communauté

Cette dérive dogmatique ne va pas sans susciter des critiques internes.

De nombreux Juifs, en Israël et dans la diaspora, s'élèvent contre cette fusion du politique et du sacré.

Des intellectuels comme Yeshayahu Leibowitz dénonçaient déjà, il y a des décennies, le danger d'une "idolâtrie de la terre".

Des mouvements comme la paix maintenant ou des rabbins réformés rappellent que le judaïsme n'est pas une nationalité biologique ni un titre de propriété exclusif.

L'échec de Huckabee à justifier rationnellement son propos résonne comme un avertissement : quand une idéologie se coupe de la raison et du droit commun, elle se condamne à l'impasse, même auprès de ses propres partisans.

5. Pour un "non religere"

Le mot latin religere (qui a donné "religion") signifie "relier", "lier fortement".

Le dogme, c'est le lien qui ne se défait pas, l'attache qui empêche tout mouvement.

Face à la violence du conflit, face à l'enlisement, il est urgent de délier ce qui a été indûment sacralisé.

Non pas nier l'attachement historique ou affectif des Juifs à cette terre, mais refuser que cet attachement devienne un argument absolu, imperméable aux droits des autres, à l'histoire et au droit international.

Le "non religere" serait l'exigence de séparer le politique du théologique, de soumettre toute revendication à l'épreuve des faits et du dialogue.

Comme l'a montré Carlson, il suffit parfois d'une simple question pour que le dogme s'écroule.

Reste à vouloir poser cette question, et à accepter d'y répondre.

Épilogue

Et s'il suffisait d'un regard épistémologique pour ébranler les certitudes les mieux gardées ? L'échange entre Carlson et Huckabee le prouve :

une question bien posée, une exigence de définition, un appel à la preuve, et le dogme vacille.

Mais ce travail ne peut rester solitaire.

Il appelle une communauté.

Celle de ceux qui pratiquent l'épistémologie non comme une discipline abstraite, mais comme une éthique de la pensée.

Un membre de cette communauté, qu'il soit juif, palestinien, ou simplement citoyen du monde, ne se contente pas de répéter les récits hérités.

Il les interroge, les décompose, les confronte aux faits et à la raison.

Il refuse que la douleur de l'histoire devienne un permis de taire l'autre, que la ferveur identitaire devienne un argument imparable.

Pour lui, toute affirmation sur le monde surtout lorsqu'elle engage la vie, la terre et la coexistence doit pouvoir être mise à l'épreuve.

Cette communauté existe déjà, en marge des grandes machines médiatiques et des rhétoriques enflammées.

Elle rassemble des esprits critiques de toutes origines, unis par une même exigence :

ne pas laisser le sacré ou le sang servir de cache-misère à des volontés de puissance.

Son outil n'est pas la foi, mais la raison dialogique.

Son arme n'est pas le dogme, mais la question.

L'histoire du conflit israélo-palestinien, comme tant d'autres, est saturée de récits concurrents devenus intouchables.

Peut-être est-ce là que le bât blesse :

non dans l'affrontement des mémoires, mais dans l'immunisation de ces mémoires contre toute critique.

Le travail de l'épistémologie politique consiste à rouvrir ce qui a été clos, à dénaturaliser ce qui semble aller de soi, à rendre au débat ce que le dogme avait confisqué.

Alors, oui, un membre de la communauté pratiquant l'épistémologie ne résoudra pas à lui seul le conflit.

Mais il en change les termes.

Il rappelle que la vérité n'est jamais définitivement acquise, qu'elle se construit patiemment, dans l'écoute et la confrontation des preuves.

Et que la paix, si elle doit advenir, ne pourra reposer que sur des fondations éprouvées, non sur des mythes immunisés.

En cela, et, aussi paradoxal que cela puisse être, la simple question de Carlson

"Où sont les preuves ?", était le préalable pour l'émergence d'un dialogue de paix. Puissions-nous, tous, apprendre à nous conduire en raison.

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