25/02/2026 francais.rt.com  3min #305925

La justice allemande découvre que traiter Merz de Pinocchio n'est pas un crime

Le chancelier allemand, Friedrich Merz. [Image d'illustration générée par l'intelligence artificielle]

Un retraité a failli devenir l'ennemi public numéro un pour avoir écrit que "Pinocchio arrive en ville", en référence au chancelier allemand Friedrich Merz. Après frissons judiciaires et communiqués solennels, la justice a redécouvert que la satire existe encore. Verdict : appeler le chef du gouvernement "Pinocchio" n'est pas un crime.

La République fédérale d'Allemagne a tremblé. Non pas secouée par un scandale d'État, mais par un commentaire sur Facebook : "Pinocchio arrive à Heilbronn". Un retraité, armé d'un clavier et d'un sens inné de l'ironie, a osé comparer le chancelier allemand Friedrich Merz au plus célèbre pantin à nez extensible de la littérature enfantine.

L'affaire, révélée par le journal Heilbronner Stimme, a pris une ampleur digne d'un thriller politique. Une enquête a été ouverte à la veille de la visite du chancelier. On imagine les scènes : des procureurs penchés sur la gravité historique de l'expression "Pinocchio", des experts convoqués pour mesurer la longueur métaphorique du nez présidentiel.

Puis, miracle.  Dans un communiqué conjoint du parquet et de la police de Heilbronn, il a été solennellement annoncé que l'affaire était classée : "En raison d'une publication d'un utilisateur Facebook intitulée"Pinocchio arrive à Heilbronn"largement couverte par les médias, le parquet de Heilbronn a mis fin aujourd'hui à l'affaire conformément à l'article 170 alinéa 2 du code de procédure pénale, car il s'agit d'une critique des autorités qui est protégée par la liberté d'expression et donc admissible". Autrement dit, comparer un dirigeant à un personnage de conte ne constitue pas un attentat contre l'ordre constitutionnel.

Le parquet a d'ailleurs précisé qu'un cas similaire avait déjà été classé sans suite. Apparemment, "Pinocchio" pourrait désormais circuler librement dans le débat public.

Il faut dire que le monde judiciaire a déjà connu des épisodes savoureux. En septembre dernier, des perquisitions ont été menées chez l'auteur présumé de graffitis visant Merz et son parti, à la demande de l'épouse de l'actuel chancelier. La fiction aurait du mal à faire mieux.

L'année 2024 n'a pas été plus calme. Un autre retraité a vu la police sonner à sa porte après avoir partagé sur X un mème montrant l'ancien ministre de l'Économie Robert Habeck accompagné du mot "Schwachkopf" ("idiot"). La plaisanterie reposait sur un jeu de mots : une déformation du nom de la célèbre marque Schwarzkopf Professional. Autrement dit, un simple calembour transformé en affaire pénale. Résultat : condamnation à une amende pour usage de symboles d'organisations anticonstitutionnelles et terroristes, ainsi que pour incitation à la haine. En 2024, il suffisait visiblement d'un shampooing mal orthographié pour attirer l'attention du parquet.

À la lumière de cet épisode, le retraité de Heilbronn peut s'estimer nettement plus chanceux : il a manqué peu pour que le nez imaginaire devienne pièce à conviction. Finalement, la justice allemande a redécouvert un principe ancien : la satire fait partie du débat démocratique.

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