
© Facebook / Ousmane Sonko
Le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, s'exprimant devant les députés, le 24 février 2026. (Capture d'écran)
Des "divergences fondamentales" persistent entre le Sénégal et le Fonds monétaire international sur un nouveau programme d'aide, tandis que le Premier ministre Ousmane Sonko relaie une charge de Jeffrey Sachs contre l'institution et appelle l'Afrique à rompre avec la dépendance à la dette pour engager une croissance endogène à deux chiffres.
Le ton se durcit entre Dakar et le Fonds monétaire international. Le 24 février, le ministre sénégalais des Finances, Cheikh Diba, a reconnu devant les députés que des "divergences fondamentales" subsistaient dans les discussions en vue d'un nouveau programme d'aide.
Le Sénégal cherche à conclure un accord avec le FMI pour faire face à un fardeau de la dette qui dépasse désormais 130 % du produit intérieur brut, conséquence notamment d'emprunts non déclarés contractés par l'ancienne administration. Selon Cheikh Diba, les questions liées à ces erreurs de déclaration ont été réglées, avec un accord sur un audit et la correction des statistiques. Un porte-parole du FMI a confirmé que des mesures correctives avaient été arrêtées d'un commun accord.
Mais le désaccord porte désormais sur l'appréciation de la situation économique du pays. Dakar juge "trop pessimistes" les hypothèses du Fonds sur ses perspectives macroéconomiques et rejette l'idée d'une restructuration de la dette. "Les indicateurs à long terme s'améliorent et, in fine, nous aurons une dette soutenable, sans compromettre nos relations avec nos créanciers", a assuré le ministre, précisant que les discussions se poursuivaient.
Sonko plaide pour un "répit" de 20 à 30 ans
En parallèle des négociations techniques, le débat prend une dimension politique. Le Premier ministre Ousmane Sonko a dénoncé la dépendance de l'Afrique aux dettes qu'il qualifie d'"injustes et odieuses", appelant à un changement de paradigme.
S'exprimant après une rencontre à Addis-Abeba avec l'économiste américain Jeffrey Sachs, il a relayé un message sans détour : "Ce qui intéresse le FMI, ce n'est pas votre développement. Ce qui les intéresse, c'est que vous restiez pauvres et sages".
Pour le chef du gouvernement, l'Afrique n'a pas besoin d'annulations ou de restructurations classiques, mais d'un moratoire de 20 à 30 ans sur le service de la dette, afin de se concentrer pleinement sur l'investissement et la transformation structurelle de ses économies.
"L'Afrique est le seul îlot de croissance dans ce monde. Tout est à construire ici. Est-ce que cela se fera sans les Africains, comme cela a toujours été le cas depuis la traite négrière, la colonisation et la néocolonisation ? C'est à nous de répondre", a-t-il lancé, appelant à "élever le niveau du débat".
Objectif : croissance à deux chiffres et souveraineté
Ousmane Sonko défend une stratégie de croissance endogène à deux chiffres, centrée sur les infrastructures et l'éducation. Selon lui, un noyau de dirigeants africains partageant une même volonté politique pourrait enclencher une dynamique continentale, sans attendre l'alignement des 55 États membres de l'Union africaine.
Il estime que le Sénégal dispose aujourd'hui du "leadership nécessaire" pour faire partie de ce groupe moteur, mettant en avant le combat pour la bonne gouvernance engagé dans son pays.
Au-delà des chiffres et des négociations financières, le Premier ministre inscrit son discours dans une perspective plus large de souveraineté et d'exemplarité politique. "Nous devons être des modèles dans la gestion des affaires publiques", a-t-il insisté, appelant à poursuivre le combat pour le changement "malgré les résistances et les défis".