27/02/2026 ismfrance.org  4min #306107

 Témoignages de Gazaouis : La survie qui s'organise au jour le jour dans l'enfer de Gaza

Témoignages de Gazaouis : La survie qui s'organise au jour le jour dans l'enfer de Gaza - partie 658 / 25.02 - La démocratie du bulldozer

Brigitte Challande, 27 février 2026.- Un texte envoyé par Abu Amir le 25 Février, ou comment "la démocratie israélienne" se mesure au nombre de maisons démolies pour s'emparer de la terre.

Sur Baher, quartier de Jérusalem-Est occupée, en 2017.

"Dans le théâtre de l'absurde politique, rien n'égale la capacité du gouvernement israélien à présenter des décisions cruciales comme de simples mesures administratives. Le cabinet a récemment approuvé un ensemble de décisions qui entraîneront - selon une formule élégamment technocratique - des changements profonds dans la gestion et l'enregistrement des terres en Cisjordanie. Des changements profonds, en effet ; si profonds que la terre elle-même pourrait ne plus reconnaître son nouveau nom dans les registres fonciers.

Le discours officiel paraît anodin : modernisation administrative, accélération des procédures, régulation des propriétés. Mais la traduction sur le terrain est plus explicite : redessiner les cartes selon les dimensions de l'expansion, transformer ce qui reste des biens palestiniens en dossiers en cours d'examen, puis en zones disputées, ensuite en terres sans propriétaire, avant qu'elles ne deviennent - en un clin d'œil bureaucratique - de nouvelles propriétés au profit d'entités qui connaissent parfaitement le chemin des bureaux d'enregistrement.

 VIDEO sur la page X de Quds News Network- Le 24 février 2026, le ministre israélien de la Sécurité nationale, Ben Gvir, distribue personnellement des ordres de démolition et d'expulsion aux Palestiniens, déclarant :"Nous avons pris Tel Aviv, nous avons pris Beer-Sheva, et vous pensez que vous allez rester ici ?"

Quant aux bâtiments palestiniens, ils semblent maîtriser le jeu des chaises musicales : chaque fois que la musique s'arrête, un immeuble tombe. Une décision ici, une notification là, un bulldozer le matin, un communiqué le soir parlant d'application de la loi. Une loi qui s'étire comme de la pâte lorsqu'il s'agit des colonies, et qui se durcit comme du ciment face à une maison palestinienne construite sur une terre héritée de génération en génération.

L'ironie veut que ces décisions soient parfois présentées comme un aménagement urbain destiné à renforcer la gouvernance. Comme si la saisie devenait plus élégante lorsqu'elle porte un cachet officiel, ou comme si la démolition devenait moins brutale lorsqu'elle est accompagnée d'une signature soignée. C'est la bureaucratie vêtue des habits de la modernité, demandant à la victime d'admirer la qualité d'impression de l'avis d'expulsion.

Mais la question qui résonne en arrière-plan, plus forte que les communiqués gouvernementaux, est la suivante : où sont ceux qui remplissaient les écrans en vantant la seule démocratie de la région ? Où sont les analystes qui mesuraient le niveau de liberté au nombre de partis politiques, et non au nombre de maisons détruites ? Où sont les défenseurs de la paix qui exhortaient les Palestiniens à la patience stratégique, pendant que des manœuvres expéditives administraient la terre ?

Le silence ici n'est pas une simple posture ; il est calculé. Lorsqu'il s'agit de reconfigurer la propriété foncière sous occupation, les mots deviennent prudents, les rapports se raccourcissent, les titres se font discrets. Soudain, l'enthousiasme pour examiner chaque décision disparaît, et le débat démocratique dynamique se transforme en une affaire interne complexe que seuls les experts prétendent comprendre.

L'ironie ne réside pas uniquement dans la décision, mais dans l'ensemble du tableau : un gouvernement qui s'étend avec assurance, des médias qui choisissent soigneusement leurs angles, et des partisans de la paix qui préfèrent le silence lorsque la paix devient moralement coûteuse. Au milieu de tout cela, la terre demeure la seule constante ; témoin de cartes qui changent, de noms effacés, et de promesses reformulées à chaque fois dans un langage plus doux et à l'impact plus sévère.

Le monde peut diverger dans la manière de qualifier ce qui se passe, mais il est difficile de nier que ces changements profonds ne creusent pas seulement dans les registres fonciers, mais aussi dans le sens même de la justice. Quant aux hypocrites, peut-être attendent-ils un autre communiqué, ou un terme plus moderne, leur permettant de parler de tout... sauf de la terre."



Retrouvez l'ensemble des témoignages d'Abu Amir et Marsel :

*Abu Amir Mutasem Eleïwa est coordinateur des Projets paysans depuis 2016 au sud de la bande de Gaza et correspondant de l'Union Juive Française pour la Paix. *Marsel Alledawi est responsable du Centre Ibn Sina du nord de la bande de Gaza, centre qui se consacre au suivi éducatif et psychologique de l'enfance. Tous les deux sont soutenus par l'UJFP en France.

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