28/02/2026 dedefensa.org  13min #306250

« Être dans le monde, mais pas du monde »

 Ouverture libre  

"Être dans le monde, mais pas du monde"

• Dans ces temps de bruit et de fureur barbares et stupides, la question de l'horreur et de la catastrophe que constitue la modernité est plus que jamais posée. • On trouve ci-dessous la description parabolique d'une façon de préserver les âmes et de les conduire à la rencontre de l'Esprit, en en appelant aux néoplatoniciens. • Plus que jamais, la tactique doit être soignée pour éviter la contagion, puisqu'il faut savoir opposer le simulacre au simulacre. • Ïl importe de ne pas appartenir à ce monde tout en y évoluant : "Être dans le monde, mais pas du monde".

28 février 2026 (16h45) - Dans cette époque, à ce jour où se déploie une fois de plus la brutalité infâme et la stupidité des bas-fonds sous la forme des bombes lancées aveuglément et indistinctement sur les cités de l'"Ennemi" que se fabrique le monde moderne en faisant appel à ses restes considérables de Barbarie (la 'barfbarie intérieure' disait Jean-François Mattei), nous vous emmenons sur une voie intuitive, parfaitement identifiée et débusquée dans un texte qui vient d'être publié et que nous retrouvons comme une évidence bienheureuse. Le constat qui le guide est lui aussi du domaine de l'évidence, - comme est du domaine de l'évidence que ce texte en apparence si éloignée du bruit et de la fureur imbéciles qui éclatent aujourd'hui, s'en trouve en réalité fort proche :

"Nous sommes maintenant confrontés à un problème stratégique: comment survivre dans un"monde moderne"qui est par essence l'antithèse de l'âme ? La modernité est la tyrannie de la quantité ('Regnum Quantitatis'). C'est un monde qui ne reconnaît que ce qui peut être pesé, mesuré, indexé et vendu. Ceux qui restent"matière solide"seront broyés par les rouages du déterminisme. La seule défense n'est pas la fuite physique (impossible dans le Panoptique mondial), mais l'invisibilité ontologique."

... C'est-à-dire ce que ce même texte désigne, dans sa dernière phrase, "Être dans le monde, mais pas du monde", comme quelque chose qui nous apparaît d'assez proche du domaine de l' inconnaissance en l'élargissant et en l'enrichissant. Ce texte, publié sur notre site favori pour les références et les hautes pensées, 'euro-synergies.hautetfort.com', introduit une description d'une parabole symbolique pour "Être dans le monde, mais pas du monde", essentiellement appuyée sur le néoplatonisme.

A propos de Plotin

Ce courant de pensée (néoplatonisme) a toutes les faveurs de PhG, ; sans qu'il ait jamais compris pourquoi, sans qu'il n'ait jamais rien lu de complétude chez ses auteurs et chez ses commentateurs. Il s'agit, de la part de PhG, d'une démarche de pure intuition, essentiellement basée sur quelques merveilles (on dirait "pépite" mais ce serait trop sacrifier aux kidnappings de langage de la modernité) découvertes dans 'Les Ennéades' de Plotin, ici (Traité 51) sur la définition symbolique du Mal, magnifiée de tant de nuances subtiles, - citation tant de fois reprise dans ces colonnes :

"Car on pourrait dès lors arriver à une notion du mal comme ce qui est non-mesure par rapport à la mesure, sans limite par rapport à la limite, absence de forme par rapport à ce qui produit la forme et déficience permanente par rapport à ce qui est suffisant en soi, toujours indéterminé, stable en aucun façon, affecté de toutes manières, insatiable, indigence totale. Et ces choses ne sont pas des accidents qui lui adviennent, mais elles constituent son essence en quelque sorte, et quelle que soit la partie de lui que tu pourrais voir, il est toutes ces choses. Mais les autres, ceux qui participeraient de lui et s'y assimileraient, deviennent mauvais, n'étant pas mauvais en soi."

L'auteur Martin Kovac s'attache à décrire la parabole de Evgueni Golovine sur "le Monde de l'Eau" pour nous proposer une voie permettant de tenir à distance la lèpre moderniste en entamant une migration vers l''Anima Mundi' qui permet de quitter cette lèpre moderniste sans avoir à sacrifier à des moyens de destruction ("Être dans le monde, mais pas du monde", ou l' inconnaissance élargie et enrichie.

Kovac signale effectivement à plusieurs reprises combien cette démarche doit beaucoup au néoplatonisme.

"En y regardant de plus près à travers le prisme du néoplatonisme, nous découvrons que le"monde de l'eau"de Golovine n'est pas une simple métaphore des émotions ou du subconscient, mais une rencontre avec l''Anima Mundi' (l'âme du monde) dans sa fonction primaire et dissolvante.

" Le néoplatonisme enseigne qu'il existe un médiateur entre l'Esprit pur ('Noos') et la Matière lourde ('Hylé') : l''Anima Mundi'. C'est un champ vivifiant qui imprègne tout. Pour l'homme moderne, dont la perception s'est sclérosée, ce médiateur est toutefois inaccessible. Pour pouvoir revenir à l'Unité ('Epistrophé'), nous devons d'abord abandonner la Matière."

Mieux que le COVID pour éviter l'infection

Le texte développe une description à la fois symbolique et pratique, nous durions même"opérationnelle", pour évoluer dans notre monde modérée sans être infecté par sa lèpre. En quelque sorte, il s'agit de répondre au simulacre qu'impose la modernité par notre propre simulacre, qui est de sembler se conformer à cette modernité tout en évoluant intérieurement, en agissant en-dedans soi, observant la modernité pour mieux distinguer ses faiblesses, ses tares, et pousser à leur développement surpuissant en sachant qu'ainsi on active son processus d'autodestruction.

Notez combien nous nous retrouvons nous-mêmes dans divers aspects mentionnés et définis dans ce texte pourtant si court.

• Lorsque le mot"matière"est présenté comme représentation d'un acteur essentiel de l'opération décrite, - en faveur de la modernité, certes, - une majuscule est donné à"Matière"lorsque que celle-ci est considérée dans toute la plénitude de son rôle destructeur

"...il existe un médiateur entre l'Esprit pur ('Noos') et la Matière lourde ('Hylé') : l''Anima Mundi'.[...]

"Pour pouvoir revenir à l'Unité ('Epistrophé'), nous devons d'abord abandonner la Matière."

De même,  nous utilisons la même démarche : majusculer la Matière lorsqu'elle joue un rôle négatif et destructeur (" déchaînement de la Matière") ; lui laisser sa minuscule pour indiquer sa marche vers le transformation vers le haut lorsqu'elle est destinée, à être transcendée en Esprit, à être dominée et emportée par l''Anima Mundi'.

"... C'est pour cette opération de la matière"au niveau le plus bas""devenant Esprit"que"matière"ne devient pas"Matière"majusculée comme l'on serait tenté de faire : cette majusculation est réservée à autre chose, à son exact contraire comme on verra plus loin [la majuscule du"déchaînement de la Matière"qui est chose diabolique, comme l'on sait, et qui mérite une majuscule satanique pour donner à mesurer la puissance de l'ennemi]..." [...]

;"Où l'on voit, comme suggéré plus haut et ici avec nécessité de redite pour que l'insistance donne forme à la démarche, que rien n'est dit sur la matière ; où l'on voit, en d'autres mots plus décisifs, que la Matière-majusculée que nous-mêmes avons proposée comme instituée dans notre terrible époque est le Mal jusqu'à être le Tout de cette terrible époque ; où l'on voit alors, et cela est absolument et tout simplement décisif, que la Matière-majusculée, si elle est le Tout de cette terrible époque, n'est pas toute la matière."

• Autre aspect : l'état de "veille éveillé" tel qu'il est défini ne correspond-il pas à ces instants que décrit Jacques Derrida dans son fameux (pour nous) monologue de 2002, lorsqu'il fait sa propre critique de son rôle dans la  déconstructuration, qui est une pratique totalement détournée et utilisée par la modernité pour accélérer son œuvre de destruction ? Malheureusement (pour lui ? Pour nous ? Pour qui ?), Derrida n'est pas allé jusqu'au bout de son état de "veille éveillée" et n'a rien détruit, - à moins que l'on considère que son œuvre, en accélérant la surpuissance de la modernité, l'a poussée encore plus rapidement vers l'autodestruction ?

"C'est l'état de"veille éveillée". Pour le monde, vous dormez (vous ne vous intéressez pas à ses jouets, ses drames et ses peurs), mais pour l'Esprit, vous êtes pleinement éveillé."

 Derrida : ""Cela dit, quand je n'écris pas, quand je ne suis pas en train d'écrire, et à un moment très particulier qui est le moment où je m'endors... When I have a nap and I fall asleep... A ce moment-là, dans un demi-sommeil, je suis effrayé par ce que je suis en train de faire, et je me dis "mais tu es fou, tu es fou d'écrire ça, [...] ... Bon... Dans ce demi-sommeil, j'ai l'impression que j'ai fait une chose criminelle, honteuse, inavouable, quelque chose que je n'aurais jamais dû faire... Et quelqu'un est en train de me dire :"Mais tu es fou de faire ça !"... Et c'est l'évidence même, je le crois dans mon demi-sommeil, je le crois... Et donc, l'ordre qui est évident dans cela, c'est"Arrête tout, retire ça, brûle tes papiers... Ce que tu viens de faire est i-na-dmi-ssible !"Mais dès que je me réveille, c'est fini.""

Donc, voici"Le "monde de l'eau" de Golovine comme seuil d'accès à l'Anima Mundi", de Martin Kovac, du  27 février 2026.

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Le"monde de l'eau", accès à l'Anima Mundi

ARS INVISIBILITATIS : Stratégie de disparition verticale pour les agents de l'"Anima Mundi" à l'ère de la Quantité Totale.

"Le chemin vers l'Esprit passe par l'Eau. L'Anima Mundi est une porte qu'il est impossible de contourner, on ne peut que la traverser".

SOLUTIO : De la nécessité de liquéfier l'Esprit dans le processus hermétique du Retour.

La topographie de la conscience moderne est dominée par l'élément Terre (Hylé). Nous vivons à une époque de"sécheresse ontologique", où la réalité est perçue comme un ensemble d'objets séparés et rigides, définis par des paramètres mesurables et des frontières rigides. L'ego, fortifié dans sa carapace de matérialisme, est devenu prisonnier de sa propre fixation. Cependant, Evgueni Golovine, dans sa tradition radicale, propose une carte pour s'en échapper: l'ascension vers le"Monde de l'eau".

En y regardant de plus près à travers le prisme du néoplatonisme, nous découvrons que le"monde de l'eau de Golovine n'est pas une simple métaphore des émotions ou du subconscient, mais une rencontre avec l'Anima Mundi (l'âme du monde) dans sa fonction primaire et dissolvante.

L'architecture fluide de l'âme

Le néoplatonisme enseigne qu'il existe un médiateur entre l'Esprit pur (Noos) et la Matière lourde (Hylé) : l'Anima Mundi. C'est un champ vivifiant qui imprègne tout. Pour l'homme moderne, dont la perception s'est sclérosée, ce médiateur est toutefois inaccessible. Pour pouvoir revenir à l'Unité (Epistrophé), nous devons d'abord abandonner la Matière.

C'est là qu'intervient l'impératif de Golovine: entrer dans l'Eau.

Cet acte n'est pas une "expérience", mais un changement radical d'état de conscience. Le "monde de l'eau" est un état ontologique où l'Anima Mundi cesse d'être un concept théorique et devient une réalité tangible et fluide. L'eau fonctionne ici comme Menstruum Universale - un solvant universel qui élimine les dépôts de fausse individualité.

Phase SOLVE : Dissolution de l'ego

La maxime alchimique Solve et Coagula (Dissoudre et coaguler) nous donne la clef pour comprendre ce processus. Avant qu'une nouvelle cristallisation de l'esprit à un niveau supérieur (Coagula) puisse avoir lieu, l'ancienne forme doit être détruite (Solve). Le "monde de l'eau" de Golovine est le domaine de la fluidité radicale. Y entrer signifie la mort volontaire du "moi" profane. Les frontières rigides qui définissent notre identité sociale et biologique (notre "moi" sec) commencent à se dissoudre au contact de l'Anima Mundi. C'est le moment où nous réalisons que le "moi" n'est pas une île isolée, mais une vague dans l'océan de l'Âme du monde.

Ce processus est dangereux. Les néoplatoniciens mettaient en garde contre "l'humidification de l'âme", qui conduit à la chute dans la génération et la sensualité. Golovine renverse cependant cette crainte : sans humidification, il n'y a pas de vie. Sans dissolution dans l'Anima Mundi, nous restons prisonniers de la matière morte. Le risque n'est pas l'eau elle-même, mais l'incapacité à nager dedans. Nous arrivons ici au cœur du problème. L'entrée dans le "Monde de l'eau" n'est pas le but ultime (celui-ci étant le Feu/l'Unité), mais un seuil critique. C'est une initiation.

Le "Monde de l'eau" de Golovine EST une entrée phénoménologique dans l'Anima Mundi au stade Solve. C'est un acte de sacrifice de la forme au profit de l'essence. Dans cet espace fluide, ce ne sont pas les lois de la mécanique qui s'appliquent, mais celles de la sympathie, de la résonance et de la métamorphose. C'est le moment où la conscience apprend à "respirer sous l'eau", c'est-à-dire à exister en dehors du soutien des dogmes matérialistes rigides et du temps linéaire. Seul celui qui se dissout dans l'Anima Mundi (l'Eau) sans se noyer, celui qui conserve sa verticalité intérieure même au milieu du chaos des vagues, peut commencer à s'élever en elle. Tout comme l'eau se transforme en vapeur sous l'effet de la chaleur, l'âme "dissoute", réchauffée par l'éros intérieur vers la Vérité, commence à se transformer. L'eau lourde devient de l'air léger (Pneuma), prêt à entrer dans la sphère de Noos. Sans l'immersion de Golovine, cependant, cette ascension ne serait pas possible; nous resterions seulement de la poussière sèche à la surface de la Terre, rêvant de voler, mais incapables de quitter la gravité.

Nous sommes maintenant confrontés à un problème stratégique: comment survivre dans un "monde moderne" qui est par essence l'antithèse de l'âme ? La modernité est la tyrannie de la quantité (Regnum Quantitatis). C'est un monde qui ne reconnaît que ce qui peut être pesé, mesuré, indexé et vendu. Ceux qui restent "matière solide" seront broyés par les rouages du déterminisme. La seule défense n'est pas la fuite physique (impossible dans le Panoptique mondial), mais l'invisibilité ontologique.

Voici la procédure opérationnelle pour atteindre l'état de Pneuma (Air/Esprit), indétectable par les "capteurs" du matérialisme. Mettez le "masque liquide".

Le système moderne chasse les "identités". Il exige que vous soyez défini : par votre profession, vos opinions politiques, votre profil de consommateur. Acceptez la leçon de Golovine sur l'eau. Soyez conforme en apparence, mais complètement détaché intérieurement. Portez votre rôle social comme un masque (Persona), et non comme un visage. Soyez dans le récipient (le monde), mais soyez le liquide, pas la paroi du récipient. Pour le système, vous êtes "visibles" (vous remplissez une fonction), mais votre essence n'est pas affectée par cette fonction. Sublimez-vous. Réchauffez vot re eau intérieure avec le feu de l'intuition intellectuelle (Noos).

Si vous déplacez votre centre de gravité - votre "moi" - dans la sphère de la pensée et de l'esprit, vous devenez insaisissable pour le matérialisme. Votre corps est là, mais votre conscience opère à une fréquence que le radar matérialiste ne peut capter, car il la considère comme "irréelle". Cessez de vous définir par "la possession" ou "l'être". Définissez-vous de manière apophatique (négative): "Je ne suis pas ce corps, je ne suis pas ce statut, je ne suis pas cette réussite". Dès l'instant où vous renoncez à prétendre "être quelqu'un" aux yeux du monde, vous devenez Ulysse dans la caverne du Cyclope. Vous dites: "Je m'appelle Personne (Outis)". Le Cyclope (la force aveugle de la matière qui n'a qu'un seul œil - l'esprit quantifiant) ne peut pas vous atteindre, car il ne peut pas viser "Personne".

Pour que le "moi fluide" ne se dissolve pas dans le chaos (ce qui est le risque de la simple anarchie), il doit être ancré en haut, et non en bas. Maintenez une connexion constante avec l'Unité (Hen). Votre tête doit respirer dans l'Hyper-ouranos (le monde des archétypes), tandis que vos pieds marchent sur Terre. C'est l'état de "veille éveillée". Pour le monde, vous dormez (vous ne vous intéressez pas à ses jouets, ses drames et ses peurs), mais pour l'Esprit, vous êtes pleinement éveillé.

Vous êtes toujours physiquement présent dans la polis moderne, vous payez vos impôts et vous saluez vos voisins. Mais ontologiquement, vous êtes un étranger. Vous êtes un agent de l'Anima Mundi qui opère dans les arrières de l'ennemi (la Matière) sans être découvert. C'est cela, la véritable invisibilité: être dans le monde, mais pas du monde.

Martin Kovac

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