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Les monarchies dépravées du Golfe préfèrent la soumission à la révolution

Par Karim pour  BettBeat Media, le 3 mars 2026

Les monarchies du Golfe préfèrent se faire humilier maintes fois par leurs alliés plutôt que d'être libérées par l'Iran. Pour elles, la libération signifierait en effet la fin du luxe et de la dépravation.

Une illusion réconfortante circule parmi les analystes géopolitiques : les monarchies du Golfe seraient en train de "repenser" leur alliance avec les États-Unis et Israël. Les arrestations d'agents présumés du Mossad en Arabie saoudite et au Qatar, les accusations d'attaques israéliennes sous faux drapeau contre les installations de Saudi Aramco et la perception radicalement différente de la menace après le raid aérien israélien de 2025 sur Doha auraient ouvert les yeux aux royaumes du Golfe sur la nature prédatrice de leurs prétendus alliés. Les familles royales de la péninsule arabique seraient sur le point de se tourner vers l'Iran, la Chine, et un nouvel ordre multipolaire dans lequel elles seraient des acteurs souverains plutôt que des vassaux dorés.

N'en croyez rien. Tout cela tient de la pure fiction.

En réalité, personne ne songe à protester. C'est du cinéma, un simulacre d'indignation joué par des régimes qui savent, au plus profond d'eux-mêmes, qu'ils ne peuvent survivre en dehors de l'architecture du pouvoir américain et israélien. Pas parce qu'ils seraient à court de ressources militaires ou économiques pour tracer leur propre voie, mais parce que la nature même de ces régimes - leur structure interne, leur code moral, leurs relations avec leurs concitoyens - fait de l'indépendance une option suicidaire. Les monarchies du Golfe ne sont pas des alliés de Washington et de Tel-Aviv par choix. Elles sont des alliées par nécessité existentielle. Et personne, pas même un expert des chaînes d'information en continu, n'osera jamais révéler la véritable nature de cette dépendance.

Les masques tombent, le temps de les réajuster

 Tucker Carlson a récemment affirmé que l'Arabie saoudite et le Qatar auraient intercepté et "arrêté des agents du Mossad israélien qui planifiaient des attentats à la bombe dans leurs pays". Il a suggéré que ces actions étaient destinées à  semer le chaos et la zizanie pour pouvoir ensuite accuser l'Iran et impliquer davantage les États du Golfe dans la guerre régionale en cours. Pendant ce temps, l'agence de presse iranienne Tasnim, citant une source militaire,  a rapporté qu'Israël a attaqué la raffinerie de Saudi Aramco à Ras Tanura dans le cadre d'une opération sous faux drapeau. La même source affirme que le port de Fujairah, aux Émirats arabes unis, figure parmi les prochaines cibles d'une opération israélienne sous faux drapeau.

Cependant, aucune confirmation officielle n'a été donnée par les autorités qataries ou saoudiennes et les grands médias internationaux, tels que Reuters, la BBC et Al Jazeera, n'ont pas corroboré cette information.  Middle East Eye a explicitement qualifié les références de Carlson de non confirmées.

Malgré tout, la tendance est indéniable. La frappe aérienne israélienne sur Doha, au Qatar, en septembre 2025, a marqué un tournant décisif, remodelant profondément la perception de la menace pour les États du CCG. Sept campagnes militaires - sur Gaza, le Liban, la Syrie, le Yémen et culminant avec la frappe directe historique d'Israël sur l'Iran - ont amené de nombreux responsables du Golfe à conclure qu'Israël ne cherche plus seulement à dissuader, mais plutôt à dominer. Le ministre des Affaires étrangères d'Oman  a décrit Israël comme  "la principale source d'insécurité dans la région en raison de ses actions agressives et de ses politiques d'escalade" . Lors d'un sommet d'urgence à Doha, le président égyptien Sissi  aurait qualifié Israël d' "ennemi", une première depuis son arrivée au pouvoir en 2014.

Et pourtant... Pourtant, les monarchies du Golfe encaisseront l'humiliation. Elles publieront des communiqués, rappelleront un ou deux ambassadeurs, puis reviendront discrètement se soumettre. C'est ce qu'elles ont toujours fait. Car l'alternative n'est pas une alliance différente. L'alternative, c'est la fin de leur système.

Les États-Unis et leurs alliés ne se contentent pas d'assurer une protection militaire contre les menaces extérieures. Ils fournissent un soutien bien plus essentiel : une caution morale à la dépravation.

Des États fondés sur l'esclavage

Pour comprendre pourquoi les royaumes du Golfe ne peuvent jamais vraiment se rebeller, il faut saisir ce qu'ils sont : non pas les villes scintillantes, les milliards de dollars de fonds souverains ou les brochures Vision 2030, mais le pacte social, si l'on peut l'appeler ainsi, sur lequel ces États sont fondés.

 L'exploitation des migrants travaillant dans les pays du Golfe, allant du non-paiement des salaires aux violences physiques, n'est pas simplement fréquente ou récurrente ; elle est systématique. En 2014, la Confédération syndicale internationale 2,4 millions le nombre de travailleurs domestiques réduits en esclavage dans les pays arabes du Golfe et du Levant. Pas exploités. Pas sous-payés. Réduits en esclavage. En 2021,  132 000 personnes vivaient dans des conditions d'esclavage moderne rien qu'aux Émirats arabes unis.

Ce n'est pas une exception. C'est le fondement même de ces pays. Le  système de la kafala, qui définit depuis des décennies les relations entre travailleurs migrants et employeurs dans tous les États arabes du Golfe, a été créé pour fournir une main-d'œuvre bon marché et nombreuse à une époque de forte croissance économique. Mais ce système est de plus en plus controversé, car l'exploitation est désormais largement reconnue. L'absence de réglementation et de protections se traduit souvent par des salaires de misère, de mauvaises conditions de travail et des abus envers les employés. La discrimination raciale et la violence sexiste y sont endémiques.

Ce système lie  le statut d'immigrant d'un travailleur est lié à son employeur, permettant ainsi à ce dernier un contrôle excessif sur la mobilité, les salaires, les conditions de travail et les recours juridiques. Les travailleurs domestiques sont souvent victimes de surmenage, de privation de salaire, de confiscation de passeport, d'insultes et de violences physiques, des conditions qui s'apparentent dans de nombreux cas à du travail forcé. Comme la plupart de ces travailleurs vivent chez leur employeur, ils échappent à tout contrôle juridique.

En Asie occidentale, les formes les plus courantes de trafic d'êtres humains sont le travail forcé des travailleurs migrants, l'esclavage sexuel et la prostitution forcée. L'esclavage concerne généralement des femmes et des enfants vendus comme esclaves au moyen de violence et de privation. Des  rapports font état d'enfants victimes de trafic vers les pays du Golfe à des fins de service domestique et d'exploitation sexuelle. L'exploitation sexuelle recouvre d'autres formes de trafic.  Une femme peut se rendre aux Émirats arabes unis en tant que femme de ménage dans le cadre du système de parrainage kafala. Une fois sur place, la famille qui la parraine lui confisque ses papiers, l'oblige à travailler quatorze heures par jour, retient son salaire pendant des mois, puis la force à se prostituer pour des clients.

Des preuves tangibles, basées sur des témoignages directs, attestent que le gouvernement participe activement aux réseaux de trafic d'êtres humains, car il en tire profit - un système qui maintient des millions de travailleurs migrants en état de servitude perpétuelle.

Tels sont les fondements des palais dorés. Pas uniquement sur le pétrole, mais aussi sur les corps de millions de travailleurs originaires d'Asie du Sud, d'Asie du Sud-Est et d'Afrique de l'Est, dépouillés de leurs passeports, piégés dans la servitude pour dettes, exploités sexuellement et privés de tout recours au sein de systèmes juridiques conçus pour protéger leurs bourreaux. Telle est l'ordre social que les familles Saoud, Al Nahyan, Al Thani et Al Khalifa ont bâti et préservé pendant des décennies. Un ordre qui permet à une petite élite royale de vivre dans une opulence inouïe, tandis qu'une vaste classe défavorisée est réduite à d'atroces conditions qualifiées d'esclavage moderne par les Nations unies, l'Organisation internationale du travail et tous les organismes crédibles de défense des droits de l'homme.

L'alliance du vice : les royaumes du Golfe, produit dégénéré de la civilisation arabe.

Une vérité que n'osera pas clairement exprimer aucun analyste géopolitique : ces régimes ne peuvent s'aligner sur des puissances telles que l'Iran, la Chine ou un ordre véritablement multipolaire, car un tel alignement les détruirait de l'intérieur.

Les monarchies du Golfe n'existent sous leur forme actuelle que parce que le parapluie sécuritaire américain le leur permet. Les États-Unis et leurs alliés ne se contentent pas d'assurer une protection militaire contre les menaces extérieures. Ils fournissent un soutien bien plus essentiel : une caution morale à la dépravation. Ils assurent un ordre mondial qui légitime les monarchies fondées sur le travail forcé, le trafic d'êtres humains, l'asservissement sexuel des femmes et des enfants, et l'exploitation systématique de millions d'êtres humains. Ces monarchies sont donc présentées comme des membres légitimes de la communauté internationale, invitées à des sommets, courtisées par les banques d'investissement et encensées dans des articles élogieux sur leur "réussite" économique.

Même si les principaux États arabes ont condamné l'offensive israélienne dans la bande de Gaza, ils ont  discrètement renforcé leur coopération en matière de sécurité avec l'armée israélienne. Des documents divulgués par le CENTCOM américain révèlent que des hauts responsables militaires d'Israël et de six pays arabes se sont réunis à plusieurs reprises. Bien que le Qatar et l'Arabie saoudite n'entretiennent pas de relations diplomatiques officielles avec Israël, ces documents montrent le rôle important joué en coulisses par ces deux puissances du Golfe.

Voici le deal : en public, les monarchies du Golfe condamnent. En privé, elles coopèrent. En effet, l'alternative - un véritable alignement avec l'Iran, la Chine et l'axe de la résistance - signifierait s'associer à des forces qui, malgré tous leurs défauts, fonctionnent en vertu de principes moraux fondamentalement opposés. L'Iran, quels que soient ses défauts, est un État révolutionnaire né d'un soulèvement populaire contre le monarchisme et l'oppression impériale. La Chine, malgré tous ses problèmes internes, a tiré des centaines de millions de personnes de la pauvreté et fonctionne selon un principe méritocratique plutôt qu'héréditaire. Les mouvements de résistance de la région, aussi imparfaits soient-ils, tirent leur légitimité de leur opposition aux structures mêmes de domination et d'exploitation dont dépendent les monarchies du Golfe.

S'aligner sur ces dernières ne modifierait pas seulement la politique étrangère des monarchies du Golfe, mais aussi celle de leurs propres populations. Ils adopteraient alors un discours de souveraineté, de dignité et de résistance que leur propre peuple - le vrai peuple, pas les familles royales - appliquerait immédiatement aux réalités intérieures. Si le principe est la souveraineté, les peuples du Golfe ne manqueront pas de demander de quelle souveraineté il s'agit. Si résister à la domination constitue un principe, ils s'interrogeront sur leur propre domination. Si la dignité humaine devient la norme, ils exigeront des comptes sur les millions d'esclaves qui construisent ces tours et entretiennent ces palais.

Tel est le piège - et il n'a pas été tendu par hasard. Les monarchies du Golfe ne sont pas devenues dépendantes par hasard. Leur dépendance est ancrée dans leur histoire. Les empires occidentaux n'ont pas hésité à soutenir les royaumes féodaux pratiquant le travail forcé - ils les ont créés, défendus et exporté leur modèle. L'empire américain a hérité et perfectionné ce système : non pas comme une transaction entre deux acteurs cyniques, mais comme un système de franchise. La logique qui a bâti Riyad a également forgé le Royaume-Uni, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, les escadrons de la mort au Salvador, les réseaux djihadistes en Afghanistan et les sites noirs de torture disséminés dans les États clients dociles. Le Golfe n'est pas une exception à l'ordre américain. Il en est l'incarnation la plus pure.

Netanyahu et Trump l'ont très bien compris. Ils savent qu'on peut humilier un État client à l'infini, tant que l'alternative à l'humiliation est la révolution.

La logique Epstein

Mais derrière cette façade se cache quelque chose de plus obscur - un abîme de perversité. L'obscénité de la richesse dans le Golfe n'est pas seulement économique. Elle est d'ordre moral. Il s'agit de régimes dont les familles au pouvoir vivent en toute impunité, qu'elle soit juridique, éthique ou sociale. Les harems, les jets privés, les îles achetées pour y organiser des fêtes dont personne ne parlera jamais : ce ne sont pas des rumeurs. C'est le secret de polichinelle d'une élite mondiale autoprotectrice.

Après dix ans d'aide financée par les contribuables britanniques à ces riches régimes,  leur bilan en matière de droits humains s'est largement détérioré, souvent en violation flagrante du droit international. Les abus comprennent la torture, des conditions de détention inhumaines, des atteintes arbitraires à la vie privée, des restrictions importantes à la participation politique, des crimes impliquant des violences à l'encontre des personnes LGBTQ+ et des restrictions importantes à la liberté d'association des travailleurs.

Les familles royales du Golfe évoluent dans le même univers moral que Jeffrey Epstein, un univers où richesse et pouvoir se traduisent par une impunité totale et où les êtres humains, y compris les plus vulnérables, sont réduits à l'état de marchandises. L'alliance occidentale ne se contente pas de tolérer cela. Elle y contribue. Elle leur fournit l'immunité diplomatique, des armes, une coopération en matière de renseignement et des moyens de laver leur réputation (franchises sportives, dotations universitaires, achats d'œuvres d'art), leur permettant ainsi de se présenter comme des réformateurs et non pour ce qu'ils sont réellement.

S'aligner sur l'Iran ou la Chine reviendrait à rompre avec cet écosystème d'impunité. Un tel réalignement impliquerait de rejoindre un monde où les normes, les attentes et le contrôle, aussi imparfaits soient-ils, sont fondés sur la morale. Les monarchies du Golfe ne franchiront jamais le pas de leur propre chef. Elles accepteront toutes les humiliations infligées par Israël - tous les faux drapeaux, toutes les opérations de sabotage, tous les bombardements de leur territoire - avant d'accepter une alliance menaçant leur équilibre interne.

Les accords du rectum

Ainsi, lorsque les analystes vous disent que le Golfe "repense" ses alliances, vous savez ce que cela signifie. Cela signifie que le Golfe exprime son mécontentement tout en restant structurellement incapable de changer. Oui, les dirigeants du Golfe font beaucoup de bruit autour des accords d'Abraham, un cadre de normalisation moins axé sur la paix que sur la formalisation de la suprématie israélienne avec la complaisance arabe. Et en effet, Israël a contribué à compliquer cette performance. Ses provocations croissantes, notamment ses frappes directes contre le Qatar ont terni cet accord, au point que même les médias du palais ne peuvent plus le présenter sous un jour favorable. Mais l'embarras n'est pas synonyme de rupture. L'aliénation ne vaut pas réalignement.

Et l'aliénation n'est pas une défection. Selon certains  diplomates et analystes du Golfe, certains cercles ont manifesté leur satisfaction et leur approbation après les attaques israéliennes contre le Hezbollah et l'Iran, bien que les gouvernements aient officiellement condamné ces actions. Voilà la vérité que masquent les condamnations bruyantes. Les monarchies du Golfe ont applaudi la destruction de l'axe de résistance qui menaçait leur modèle de gouvernance. Elles ont dénoncé publiquement ce qu'elles ont célébré en privé.

Netanyahu et Trump l'ont très bien compris. Ils savent qu'on peut humilier un État client à l'infini, tant que l'alternative à l'humiliation est la révolution. Et pour les monarchies du Golfe, l'alternative à la domination américaine et israélienne, c'est toujours la révolution. En effet, dès que ces royaumes s'allient à des puissances qui croient en la souveraineté populaire, même en théorie, leur propre peuple s'approprie ce principe et le brandit comme un étendard.

Les monarchies du Golfe préfèrent se faire sodomiser plusieurs fois par leurs alliés plutôt que d'être libérées par leurs ennemis. Pour elles, la libération signifierait en effet la fin de la dépravation et de l'opulence.

Une conclusion inconfortable

Rien de tout cela n'est plaisant à écrire, mais ce n'est pas le but. Réduire les êtres humains à l'état de marchandise, se livrer au trafic de femmes et d'enfants, bâtir des villes clinquantes sur le dos de travailleurs asservis, préserver des monarchies absolues en niant tous les principes consacrés dans la Déclaration universelle des droits de l'homme, ce ne sont pas des abstractions géopolitiques. Ce sont des crimes. L'alliance qui les soutient - formée par Washington, Tel-Aviv et les capitales du Golfe - n'est pas un accord sécuritaire, mais une conspiration des puissants contre les plus faibles.

Ceux qui s'attendent à voir le Golfe s'affranchir projettent leurs propres normes morales sur des régimes qui ne les partagent pas. Les monarchies du Golfe ne veulent pas être libérées. Elles veulent le maintien d'un système qui permet à une poignée de familles de posséder des nations entières, d'acheter le silence avec l'argent du pétrole, d'organiser des fêtes à la Epstein et de transformer les êtres humains en produits jetables pour produire un luxe obscène.

Tant que les peuples du Golfe n'auront pas brisé ces chaînes - et l'histoire montre qu'ils le feront tôt ou tard -, les royaumes n'évolueront pas. Ils resteront soumis à un empire qui les méprise et leur témoigneront pour cela leur gratitude infinie.

Traduit par  Spirit of Free Speech

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