
par Philippe Rosenthal
Dans le contexte d'une totale instabilité géopolitique explosive et de la menace de voir une Troisième Guerre mondiale écraser les civilisations du globe terrestre, le président français, Emmanuel Macron, mise sur une accélération de ce danger, ce qu'il laisse entendre lors de son discours sur la base de l'Île-Longue en Bretagne.
Lundi dernier, le président français, Emmanuel Macron, a annoncé la "dissuasion avancée", encore une nouvelle invention issue d'une décision sans en demander l'avis des Français, risquant toujours plus d'entraîner la France dans la guerre avec la Russie. À cette occasion, Observateur Continental a rapporté que la France va augmenter le nombre de ses têtes nucléaires et permettre à ses alliés de "participer aux exercices de dissuasion" dans le cadre d'une "dissuasion avancée". "Huit pays européens ont accepté de participer à la"dissuasion avancée"proposée par Macron : le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark", a révélé Macron.
Chose incroyable, le président français n'a pas annoncé lors de ce discours le lancement d'"un groupe de pilotage nucléaire" constitué par Berlin et Paris. Dissuasion nucléaire : après les annonces de Macron, Paris et Berlin lancent un " groupe de pilotage nucléaire" bilatéral, titre Le Parisien qui précise : "Cette annonce intervient peu de temps après la prise de parole d'Emmanuel Macron sur la politique de dissuasion nucléaire française, au cours de laquelle il a évoqué une coopération européenne en la matière".
En janvier dernier, Le Figaro avertissait citant le chancelier allemand, Friedrich Merz : "L'Allemagne discute d'un partage de la défense nucléaire avec ses alliés européens". Le quotidien français rappelle que Macron a élaboré ce chemin : "Favorable à cette proposition, Emmanuel Macron avait annoncé en octobre travailler à"l'actualisation"de la doctrine nucléaire française".
De fait, c'est Berlin qui profite de la dissuasion nucléaire française alors que l'Allemagne n'avait pas le droit d'avoir une grande armée et de posséder l'arme nucléaire selon des accords de l'après-Seconde Guerre mondiale et des conditions à la réunification de la RDA et de la RFA. Pour Yves Pozzo di Borgo, sénateur (2004-2017), "les déclarations de Macron violent le droit international, notamment l'article 1 du Traité sur la non-prolifération (TNP) des armes nucléaires de 1968 et l'article 3 du Traité sur la réunification allemande de 1990 qui interdit à l'Allemagne l'accès au nucléaire".
Le chancelier allemand s'est très rapidement félicité sur X : "Emmanuel Macron et moi avons mis en place un groupe de pilotage nucléaire au sein duquel nous coordonnons nos actions en matière de dissuasion. Nous comptons prendre des mesures concrètes avant la fin de l'année, notamment la participation de l'Allemagne aux exercices nucléaires français".
Pourtant, le site officiel du ministère allemand des Affaires étrangères rappelle toujours : "L'Allemagne n'a pas le droit de posséder ses propres armes nucléaires en raison de son renoncement volontaire en 1954 et de son adhésion au Traité sur la non-prolifération (TNP)".
L'Allemagne stipulait : "L'objectif de l'Allemagne reste un monde sans armes nucléaires". Macron donne à l'ancien ennemi de la France, au destructeur de l'Europe et au responsable de la Seconde Guerre mondiale, l'arme atomique en plaçant Berlin dans le groupe de pilotage nucléaire.
En juin 2022, le ministère allemand des Affaires étrangères affirmait : "Le gouvernement fédéral reste attaché à l'objectif d'un monde exempt d'armes nucléaires et donc d'une Allemagne sans armes nucléaires" ; "Le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), auquel ont adhéré la quasi-totalité des pays du monde, reste aux yeux de l'Allemagne le principal cadre d'action du désarmement nucléaire et de la non-prolifération. Dans le cadre de l'initiative de Stockholm, l'Allemagne et ses partenaires ont élaboré des propositions concrètes afin de renforcer le TNP, traçant ainsi une voie pour mieux protéger le monde des armes nucléaires".
Macron vient d'ouvrir la boîte de Pandore en livrant la dissuasion française à Berlin en particulier car il stipule "l'Allemagne sera un partenaire clé de cet effort", mais aussi aux huit autres pays qui "ont accepté" de participer à la "dissuasion avancée", même si le président français martèle dans son discours : "il n'y aura aucun partage de la décision ultime, ni de sa planification, ni de sa mise en œuvre". La doctrine nucléaire française devrait connaître des changements significatifs. En quoi consisteront ces changements à venir ? Quelles seront leurs conséquences non seulement pour la France, mais aussi pour l'ensemble de l'Europe ?
La doctrine nucléaire française devrait connaître des changements significatifs. En quoi consisteront ces changements à venir ? Quelles seront leurs conséquences non seulement pour la France, mais aussi pour l'ensemble de l'Europe ? Et quel impact auront-ils sur les intérêts de la Russie ?
Les huit pays susmentionnés pourront accueillir sur leur territoire des forces aériennes stratégiques françaises qui contrôleront ainsi le cœur du continent européen jusqu'à la frontière avec la Russie. Comme l'a souligné Macron, "elle renforcera notre défense en lui accordant du champ". La participation des alliés ne se limitera toutefois pas à la simple mise à disposition de bases : leurs forces militaires pourront, par exemple, participer à des exercices liés à la dissuasion renforcée.
Sur le plan politique, il s'agit d'un pas vers la réalisation de l'objectif, longtemps affiché par Macron, d'étendre l'arsenal nucléaire français au-delà des frontières de la France. Même si Macron affirme qu'"il ne s'agit pas ici d'entrer dans une quelconque course aux armements. Cela n'a jamais été notre doctrine", la France de Macron en créant un groupe de pilotage nucléaire joyeusement annoncé par Merz participe dans les faits à la course aux armements nucléaires.
"Cette dispersion sur le territoire européen, à la manière d'un archipel de forces, compliquera le calcul de nos adversaires et donnera à cette dissuasion avancée beaucoup de valeur pour nous", a lancé Macron. Cependant, il n'est pas clair s'il s'agit de déployer uniquement des vecteurs d'armes nucléaires (tels que les chasseurs Rafale) dans ces pays, ou des ogives nucléaires françaises elles-mêmes.
La défense de l'Europe a été assurée jusqu'à présent au sein de l'Alliance atlantique par le biais du parapluie américain, dont les armes nucléaires (vecteurs et ogives) sont déployées dans cinq pays membres de l'OTAN (Italie, Allemagne, Pays-Bas, Belgique et Turquie). Selon l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), on compte environ 12 241 ogives nucléaires dans le monde en janvier 2025. L'arsenal nucléaire russe est estimé à 5459 ogives, celui des États-Unis à 5177, celui de la Chine à 600, celui de la France à 290 et celui du Royaume-Uni à 225. L'Inde, le Pakistan, la Corée du Nord et Israël possèdent également l'arme nucléaire. Macron a également annoncé une augmentation du nombre d'ogives nucléaires françaises.
L'Occident menace le globe terrestre en développant les armes atomiques. Les États-Unis, qui évoquent la possibilité de reprendre les essais nucléaires à tout moment, envisagent notamment de réinstaller des ogives nucléaires sur leurs bombardiers stratégiques.
Washington a de facto refusé de prolonger le traité New START, s'octroyant ainsi toute latitude pour développer son arsenal nucléaire. Ce signal a été relayé par Paris.
La France, sans parler de l'Allemagne et des huit autres pays qui viennent d'y être associés, ne dispose pas d'une liste clairement définie et officiellement recensée des menaces auxquelles seules les armes nucléaires peuvent répondre.
Cette nouvelle idée, lancée officiellement par Macron, accentue les tensions envers la Russie au lieu de participer à la recherche de la paix. Cette nouvelle doctrine est une nouvelle menace pour la paix mondiale. Désormais, tout atterrissage d'un Rafale, par exemple sur une base aérienne polonaise ou allemande - une zone de transit - peut être considéré comme un vecteur d'arme nucléaire. Le ciblage de la région russe la plus proche, celle de Kaliningrad, est évident, à l'instar des bombardiers stratégiques américains B-52, qui ont répété à maintes reprises des frappes nucléaires contre Kaliningrad.
La nouvelle doctrine de Macron ne va pas dans le sens de la paix, mais dans celui de la guerre alors que le président français fait croire l'inverse : "La démarche de dissuasion avancée que nous proposons n'est pas escalatoire, et en ce qu'elle accroît le sentiment de sécurité en Europe, elle est résolument bénéfique pour ne pas encourager un jour les risques de prolifération sur notre continent". "C'est pourquoi j'ai ordonné d'augmenter le nombre de têtes nucléaires de notre arsenal. Pour couper court à toute spéculation, nous ne communiquerons plus sur les chiffres de notre arsenal nucléaire, contrairement à ce qui avait pu être le cas par le passé", annonce-t-il cependant.
source : Observateur Continental