07/03/2026 reseauinternational.net  6min #306937

 Des insultes aux menaces directes : Zelensky menace Orbán avec l'armée ukrainienne

Zelensky menace Orbán pour obtenir 90 milliards d'euros de l'Ue : « Peut-être devrions-nous communiquer l'adresse de cette personne à nos forces armées »

par Franck Pengam

La scène diplomatique européenne vient d'offrir un spectacle édifiant. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, recevant la presse à Kiev jeudi dernier, a cru bon de menacer implicitement Viktor Orbán en ces termes : "Espérons que personne dans l'UE ne bloquera la tranche de 90 milliards d'euros pour armer les soldats ukrainiens. Sinon, nous donnerons à nos troupes le numéro de téléphone de cette personne et les laisserons lui parler dans leur propre langage".

Budapest n'a pas tardé à réagir. Le ministre des Affaires étrangères Péter Szijjártó a dénoncé des propos qui "dépassent toutes les bornes", qualifiant cette sortie de menace de mort à peine voilée contre le Premier ministre hongrois. L'opposition elle-même, en la personne de Péter Magyar, principal rival d'Orbán pour les élections d'avril, s'est jointe à la condamnation : "Aucun chef d'État étranger ne peut menacer qui que ce soit, pas un seul Hongrois".

Voilà donc un président en guerre qui, pour obtenir des milliards d'euros de l'Union européenne, suggère publiquement que ses soldats pourraient "discuter" avec un dirigeant européen récalcitrant. Que l'on soit favorable ou hostile à la politique d'Orbán, une telle rhétorique devrait susciter une indignation unanime. Elle ne le fera probablement pas.

Fou ! (cf vidéo ⤵️)

Zelensky menace Viktor Orbán car il bloque le transfert de 90 milliards d'euros de l'UE à l'Ukraine :

"Un certain individu bloque ces 90 milliards.
Peut-être devrions-nous communiquer l'adresse de cette personne à nos forces armées !..."

➡️ Stop ! Plus un...  pic.twitter.com/Vh9DiMwVaG

- Florian Philippot (@f_philippot)  March 5, 2026

L'oléoduc de la discorde

Au cœur de cette crise se trouve l'oléoduc Droujba, frappé par une attaque russe fin janvier et hors service depuis. La Hongrie et la Slovaquie demeurent les deux derniers États membres de l'UE à importer des volumes significatifs de pétrole russe par cette voie. Zelensky a été parfaitement clair sur ses intentions : l'Ukraine peut réparer le pipeline en un mois ou un mois et demi, mais elle n'en a aucune intention.

"Je serai franc : ma position, partagée avec les dirigeants européens, est que je ne réparerais pas le pipeline".

La franchise a au moins le mérite d'exister. Le président ukrainien assume utiliser l'infrastructure énergétique comme levier de pression politique. Tant que la Russie fait la guerre à l'Ukraine, affirme-t-il, il ne facilitera pas les livraisons de pétrole russe. On peut comprendre la logique de guerre. On peut aussi s'interroger sur le droit d'un pays candidat à l'adhésion européenne d'asphyxier énergétiquement deux États membres afin de les forcer à voter dans le bon sens.

Car c'est bien de cela qu'il s'agit. La Hongrie a bloqué un paquet d'aide européenne de 90 milliards d'euros destiné à l'Ukraine, accusant Kiev de chantage politique sur la question pétrolière. Zelensky répond par une menace à peine cryptée. Le cercle vicieux est désormais parfaitement installé.

Orbán, de son côté, a opté pour l'escalade verbale. Sur X, il a déclaré : "Il n'y aura pas d'accords, pas de compromis. Nous briserons le blocus pétrolier ukrainien par la force. L'énergie hongroise coulera bientôt à nouveau par l'oléoduc de l'Amitié". Sans préciser comment. La semaine dernière, il avait ordonné à l'armée et à la police de protéger les infrastructures énergétiques critiques de la Hongrie, invoquant la crainte d'une attaque ukrainienne.

💥 𝗟𝗘 𝗧𝗥𝗨𝗔𝗡𝗗 𝗨𝗞𝗥𝗔𝗜𝗡𝗜𝗘𝗡 𝗭𝗘𝗟𝗘𝗡𝗦𝗞𝗬 𝗠𝗘𝗡𝗔𝗖𝗘 𝗣𝗨𝗕𝗟𝗜𝗤𝗨𝗘𝗠𝗘𝗡𝗧 𝗗'𝗔𝗦𝗦𝗔𝗦𝗦𝗜𝗡𝗘𝗥 𝗟𝗘 𝗣𝗥𝗘𝗠𝗜𝗘𝗥 𝗠𝗜𝗡𝗜𝗦𝗧𝗥𝗘 𝗛𝗢𝗡𝗚𝗥𝗢𝗜𝗦 !
Zelensky🇺🇦 a menacé de donner aux troupes ukrainiennes le numéro de téléphone personnel du Premier...  pic.twitter.com/96v7CI0nDd

- François Asselineau 🇫🇷 (@f_asselineau)  March 6, 2026

Quand l'unité européenne révèle ses failles

Cette crise expose crûment les contradictions de la politique européenne. D'un côté, l'Union exige de ses membres une solidarité sans faille envers l'Ukraine, y compris au prix de leur approvisionnement énergétique. De l'autre, elle tolère qu'un pays candidat à l'adhésion menace publiquement un chef de gouvernement européen et utilise délibérément l'arme énergétique contre des États membres.

Il y a là un deux poids, deux mesures qui mérite d'être relevé. Imaginons un instant qu'Orbán ait suggéré de donner le numéro de Zelensky à des milices pour qu'elles "lui parlent dans leur propre langage". Le tollé aurait été universel, les sanctions évoquées dans l'heure. Mais lorsque la menace vient de Kiev, les institutions européennes restent étrangement silencieuses.

Ce qui se joue ici dépasse le cas hongrois. C'est la question de savoir si l'appartenance à l'Union européenne protège encore les nations qui la composent, ou si certaines solidarités extérieures priment désormais sur la solidarité interne. La Hongrie et la Slovaquie ont des besoins énergétiques spécifiques, hérités de décennies d'infrastructures orientées vers l'Est. Leur demander de s'en affranchir du jour au lendemain relève soit de l'inconscience, soit du mépris.

Les élections hongroises d'avril ajoutent une dimension supplémentaire à l'affaire. La question ukrainienne s'invite au cœur de la campagne et l'on peut légitimement se demander si les propos de Zelensky ne visaient pas autant à faire pression sur Orbán qu'à influencer le scrutin. L'ingérence dans les processus démocratiques des États membres serait-elle acceptable lorsqu'elle sert la cause ukrainienne ?

Pour la France, observatrice de ce bras de fer, les enseignements sont multiples. D'abord, la dépendance énergétique crée une vulnérabilité politique que nos partenaires d'Europe centrale expérimentent douloureusement. Ensuite, le soutien inconditionnel à l'Ukraine, aussi justifié soit-il face à l'agression russe, ne saurait conduire à accepter n'importe quelle dérive. Un allié que l'on aide à hauteur de dizaines de milliards d'euros ne devrait pas menacer des dirigeants européens.

Zelensky mène une guerre de survie pour son pays. Cette réalité commande le respect et la compréhension. Mais elle n'autorise pas tout. La diplomatie, même en temps de guerre, suppose un minimum de retenue. Suggérer que des soldats pourraient "parler leur propre langage" à un Premier ministre élu ne relève pas de la diplomatie. Cela relève d'une intimidation pure et simple.

L'Europe se trouve face à un dilemme qu'elle a elle-même créé. En faisant de l'Ukraine une cause sacrée, imperméable à toute critique, elle s'est privée des moyens d'exercer une influence modératrice sur Kiev. Elle récolte aujourd'hui ce qu'elle a semé : un partenaire qui se croit tout permis, y compris menacer ceux qui financent son effort de guerre. La souveraineté des nations européennes ne devrait pas être négociable, fût-ce au nom des plus nobles causes.

source :  Géopolitique Profonde

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