Christophe Meynier
Jean-Luc Melenchon lors du rassemblement de campagne aux élections municipales de Roubaix (AFP)
Rien n'est jamais neutre dans le débat public. Quand une force politique est continuellement caricaturée, soupçonnée, disqualifiée, ce n'est jamais par hasard. Derrière les accusations répétées, les amalgames et les procès d'intention, se joue souvent une bataille bien plus profonde : celle de la légitimité à porter une alternative sociale, démocratique et internationaliste. Critiquer des gouvernements, dénoncer des crimes, défendre le droit international et porter des revendications sociales radicales n'a rien d'extrémiste : c'est au contraire une nécessité politique et éthique. C'est un acte de résistance politique.
" La France insoumise défend un programme social axé sur la redistribution des richesses et le renforcement des services publics. Le mouvement propose notamment l'augmentation du SMIC, l'indexation des salaires sur l'inflation et le retour à la retraite à 60 ans, avec une meilleure prise en compte de la pénibilité. Il plaide pour une fiscalité plus progressive afin de financer la santé, l'éducation et la transition écologique à travers une planification ambitieuse. LFI soutient également le blocage des prix sur certains produits de première nécessité et une intervention accrue de l'État dans l'économie. Concernant Israël et la Palestine, le parti défend la reconnaissance de l'État palestinien et une solution à deux États fondée sur le droit international. Il critique la colonisation israélienne en Cisjordanie et demande le respect des résolutions de l'ONU. Le mouvement se dit favorable à des sanctions contre le gouvernement israélien en cas de violations du droit international. En parallèle, LFI affirme combattre toute forme d'antisémitisme et distinguer la critique d'un gouvernement de celle d'un peuple " (extrait du programme de LFI).
La "bollorisation" des consciences :
Depuis plusieurs années, la gauche - et plus particulièrement La France Insoumise - semble devenir la cible privilégiée d'une campagne de diabolisation menée par une grande partie des médias et des forces politiques dites "macron-compatibles". Il y a encore peu de temps, le danger que représentait le Rassemblement National (ex-FN) et l'extrême droite faisait l'objet d'un consensus affiché : tout devait être mis en œuvre pour empêcher ce courant d'accéder au pouvoir et de fragiliser les fondements républicains.
Aujourd'hui, nous assistons au contraire à une forme de "bollorisation" du débat public, en référence à l'influence médiatique du groupe Bolloré. Selon certains observateurs, la focalisation constante sur des enjeux identitaires et la désignation répétée d'ennemis intérieurs ou extérieurs auraient contribué à déplacer le centre de gravité du débat politique. Des figures comme Éric Zemmour ou Marine Le Pen ont ainsi pu imposer un agenda dominé par les questions sociétales et identitaires, reléguant les enjeux sociaux au second plan.
Plus récemment, la mort de Quentin D., militant issu de la mouvance identitaire, a ravivé les tensions. Une large partie de la classe politique a rapidement mis en cause LFI, avant même que les circonstances précises ne soient pleinement établies. Par la suite, certains éléments journalistiques ont suggéré une implication initiale de militants d'extrême droite dans les violences.
Quand la gauche entrave un agenda politique
Dans l'Italie des années 1960-1980, la " stratégie de la tension" a vu des attentats d'abord attribués à la gauche, puis reliés à des groupes néofascistes comme Ordine Nuovo ou les Nuclei Armati Rivoluzionari. Ce climat a fragilisé le Parti communiste italien et contribué à bloquer son accès au pouvoir, dans un contexte de peur anticommuniste.
Aux États-Unis, la confrontation idéologique a pris la forme d'une répression institutionnelle : le Federal Bureau of Investigation a mené le programme COINTELPRO contre les mouvements contestataires. Les Black Panther Party, les militants des droits civiques autour de Martin Luther King Jr. et les organisations anti-guerre ont été infiltrés et déstabilisés.
En France, dès l'entre-deux-guerres, la montée du Parti communiste français a suscité l'hostilité de milieux conservateurs et patronaux, avec des soutiens à des ligues comme l'Action française ou les Croix-de-Feu.
Dans ces trois pays, malgré des formes différentes, la peur du parti communiste qui était le principal vecteur de la contestation a favorisé des alliances et des stratégies visant à contenir ou marginaliser les forces de gauche dans le cadre plus large de la guerre froide.
Aujourd'hui, il apparaît de plus en plus clairement qu'il existe une forme de continuité - non seulement idéologique, mais aussi méthodologique - entre une partie de la droite traditionnelle, l'extrême centre et l'extrême droite, au point de dessiner les contours d'une quasi-consanguinité politique.
Dans cette lecture, Emmanuel Macron incarne une synthèse issue du libéralisme technocratique, notamment marqué par son passage à la Commission Attali qui servira de corpus idéologique à la gouvernance Sarkozy. Par la suite, Macron sera intégré au sein du quinquennat de François Hollande. La rupture entre le Parti socialiste et une partie de son électorat s'est cristallisée en 2017, lorsque Hollande et Manuel Valls ont choisi de soutenir Macron plutôt que Benoît Hamon, invoquant notamment la nécessité de faire barrage à Marine Le Pen.
Le style présidentiel d'Emmanuel Macron a également suscité de vives critiques. Plusieurs déclarations - sur "ceux qui ne sont rien", le fait de "traverser la rue" pour trouver un emploi, le "pognon de dingue" des aides sociales ou encore "ceux qui foutent le bordel" - furent la révélation de l'expression d'un mépris social et d'une vision verticale du pouvoir. Ses soutiens, à l'inverse, prétendent y voir un discours de franchise et de volontarisme réformateur.
Cependant, la gestion du mouvement des Gilets jaunes a définitivement renforcé l'idée que Macron incarnait un président ultra-réactionnaire, perçu par certains comme choisi par les milieux financiers pour sa froideur technocratique. Au moment de la crise des Gilets jaunes, dans un contexte de contestation sociale intense et de violences sur fond de répression policière, cette perception s'est encore accentuée. Des milliers de blessés ont été recensés, dont plusieurs dizaines de mutilations à vie graves et liées aux armes de maintien de l'ordre. Des collectifs de victimes ont dénoncé un usage disproportionné de la force.
Un usage de la force qui s'est accompagné d'une incapacité à instaurer un véritable dialogue social. Cette tendance s'est d'ailleurs ravivée lors des législatives qu'il a provoquées, refusant de nommer un Premier ministre issu de la gauche alors même que celle-ci était arrivée en tête. Paradoxalement, lorsqu'il s'agit de sa propre reconduction ou de sa position institutionnelle, il appelle régulièrement à un "sursaut républicain" face à Marine Le Pen, se posant en rempart contre l'extrême droite.
En parallèle, le Rassemblement national (ex-Front national) bénéficie de plus en plus d'une banalisation, voire même d'une complaisance, alors que son discours est toujours aussi xénophobe. Le parti, aujourd'hui présidé par Jordan Bardella après la direction de Marine Le Pen, met en avant la souveraineté, la sécurité et la "priorité nationale", tandis que ses formulations sont toujours aussi stigmatisantes à l'égard des étrangers et des Français issus de l'immigration. L'histoire militante de certaines figures gravitant autour du FN/RN alimente également les débats. Le Groupe Union Défense ( GUD), fondé en 1968, a constitué une matrice de l'extrême droite radicale. Des personnalités comme Frédéric Chatillon ou Axel Loustau, passées par le GUD, ont ensuite évolué dans la sphère frontiste, ce qui nourrit les interrogations sur les passerelles entre activisme radical et parti électoral. Si le RN affirme rompre avec toute violence politique, ces continuités historiques et son positionnement géopolitique (nous le verrons plus bas) ne laissent place à aucun doute.
Les vieilles formules nauséabondes
Une rhétorique issue de l'antisémitisme des années 1930.
Le terme "islamo-gauchisme" apparaît aujourd'hui comme une nouvelle estampille utilisée à la fois par l'extrême droite, la droite et l'extrême centre pour désigner les défenseurs de la cause palestinienne ou les mouvements critiques de la politique israélienne. Cette formule s'inscrit dans une filiation historique avec le mythe du " judéo-bolchevisme", forgé par les Russes blancs puis repris par la propagande nazie afin de désigner un ennemi intérieur supposément responsable de la décadence nationale, justifiant ainsi la persécution des Juifs et des communistes.
De la même manière, l'expression " anti-France", remise en circulation par certains courants d'extrême droite, notamment autour d'Éric Zemmour, et reprise ponctuellement dans le débat public par des responsables politiques macronistes comme Aurore Bergé, renvoie explicitement à un vocabulaire forgé sous le régime de Philippe Pétain. À Vichy, l'"anti-France" désignait ceux que le régime rendait responsables de la défaite de 1940 : Juifs, communistes, francs-maçons, étrangers. La défaite était attribuée à une prétendue "décomposition" commencée avec la Révolution française, thème récurrent de l'extrême droite depuis l'affaire Dreyfus. Cette rhétorique construisait la figure d'"ennemis de l'intérieur" qu'il fallait exclure pour "régénérer" la nation. L'historien Denis Peschanski a montré combien cette logique d'exclusion plaçait les camps d'internement au cœur du dispositif répressif. L'"anti-France" synthétisait ainsi antisémitisme, anticommunisme, antimaçonnisme et xénophobie.
Dans ce contexte, qualifier d'antisémite toute critique de la politique menée par le gouvernement israélien revient à recycler une mécanique d'accusation visant à disqualifier un camp politique en l'assimilant à une haine raciale. Ainsi, une partie de la gauche serait dite "antisémite" parce qu'elle demande au gouvernement de Benjamin Netanyahu de cesser les opérations militaires à Gaza (plus de 20 000 enfants tués) et de respecter le droit international.
Or plusieurs éléments sont avancés par ceux qui dénoncent cette assimilation :
Premièrement, une commission d'enquête mandatée par le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a accusé Israël de commettre des actes pouvant relever du genocide dans la bande de Gaza.
Deuxièmement, des ONG internationales et israéliennes de premier plan, telles qu'Amnesty International, Human Rights Watch ou B'Tselem, ont publié des rapports accusant Israël de violations graves du droit international, évoquant notamment la destruction du système de santé, le blocus et l'obstruction de l'aide humanitaire. Des organisations médicales comme Médecins Sans Frontières et Physicians for Human Rights in Israel alertent également sur le démantèlement des infrastructures vitales.
Troisièmement, depuis octobre 2023, plusieurs déclarations de responsables israéliens - parmi lesquels Isaac Herzog, Bezalel Smotrich ou Itamar Ben-Gvir - ont été citées dans des rapports internationaux comme pouvant constituer des indices d'incitation à la violence contre la population de Gaza. Ces éléments ont notamment été versés dans la procédure engagée par l'Afrique du Sud devant la Cour internationale de justice.
Dès lors, soutenir que la critique de l'État d'Israël ou de son gouvernement serait, en soi, antisémite soulève une véritable question de principe. À terme, si Israël devait être condamné par des instances internationales, il deviendrait d'autant plus problématique d'assimiler l'ensemble des Juifs à la politique menée par un État donné. Une telle confusion pourrait même, paradoxalement, alimenter des stéréotypes antisémites.
Confondre un gouvernement avec un peuple, une culture ou une religion revient à essentialiser et à entretenir précisément les amalgames que l'on affirme vouloir combattre. La lutte contre l'antisémitisme exige au contraire de distinguer clairement la critique politique d'un État des préjugés visant des personnes en raison de leur identité.
Trump et Netanyahou bombardent l'Iran
Le 26 février 2026, les États-Unis sont officiellement engagés dans des négociations avec l'Iran. Selon le chef de la diplomatie d'Oman, médiateur des discussions, des progrès significatifs sont enregistrés pour résoudre le contentieux historique autour du programme nucléaire iranien. La voie diplomatique semble ouverte, le dialogue avance.
Mais le 1er mars, tout bascule. Une offensive israélo-américaine frappe l'Iran. Les bombardements ne se limitent pas à des cibles stratégiques : une école de jeunes filles, dans le sud du pays, est touchée. Bilan : plus de 160 morts. Des adolescentes.
Il convient de rappeler qu' Israël n'est pas signataire du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). L' Iran, en revanche, est partie à ce traité depuis 1970. Trente-six ans avant les événements évoqués, le guide suprême Ali Khamenei avait émis une fatwa interdisant à l'Iran de se doter de l'arme nucléaire, la jugeant contraire aux principes moraux et religieux.
Dans ce contexte, celui-ci est assassiné aux côtés de plusieurs membres de sa famille. Trois jours après la première attaque, la presse britannique décrit une capitale plongée dans une véritable "apocalypse" : des hôpitaux en flammes, des immeubles éventrés et des enfants ensevelis sous les décombres.
Alors que la diplomatie progressait, l'option militaire a été choisie, avec son cortège de victimes civiles et un risque d'embrasement régional aux conséquences incalculables.
Comme on pouvait s'y attendre, Emmanuel Macron reprend largement la rhétorique de Donald Trump et de Benjamin Netanyahu, désignant l'Iran comme principal responsable. Selon lui, "l'Iran doit engager une négociation de bonne foi pour mettre un terme à son programme nucléaire et balistique ainsi qu'à ses actions de déstabilisation régionale". Le récit est limpide : les frappes seraient une nécessité, presque une œuvre de salut public, tandis que l'Iran serait intrinsèquement coupable.
Le même alignement s'observe chez Raphaël Glucksmann, qui reprend sans détour le narratif israélien en légitimant une attaque menée hors de tout cadre légal. Il affirme qu'"afin qu'un changement de régime advienne, même rendu possible par ces frappes extérieures, il ne pourra être légitime", tout en validant de fait la logique d'intervention. Bref, à l'instar de la plupart des néoconservateurs français comme par exemple l'inénarrable BHL, Glucksmann se dit officiellement opposé à Trump ; pourtant, il cautionne en permanence les agissements d'un président qui, à bien des égards, s'apparente davantage à Néron qu'à un idéal démocratique.
Même tonalité chez Marine Le Pen, prompte à invoquer le terrorisme lorsqu'il s'agit de musulmans, mais silencieuse sur les crimes israéliens et sur les liens largement documentés entre certaines opérations clandestines et la CIA.
À l'inverse, du côté de La France insoumise, la condamnation est sans ambiguïté. "Les États-Unis et Israël ont engagé une guerre contre l'Iran. Quels sont leurs objectifs ?" s'interroge Jean-Luc Mélenchon, estimant que ce conflit pousse "la région, puis le monde entier, davantage au bord d'un drame global".
En réalité, la position des insoumis n'a rien d'extrémiste ni de révolutionnaire. Elle s'inscrit dans la continuité d'une tradition d'indépendance française qui, il y a plus de vingt-cinq ans, par la voix du tandem Jacques Chirac / Dominique de Villepin, s'était opposée au diktat de George W. Bush concernant l'invasion de l'Irak.
Aujourd'hui, la majorité des partis politiques français se disent critiques à l'égard de Donald Trump, mais s'alignent dans les faits sur les positions américaines, cautionnant des interventions militaires qui s'affranchissent du droit international.
Derrière les discours de façade, l'alignement reste constant. Pour caution impérialiste, toujours la même rengaine, recyclée au gré des événements pour justifier des milliers de morts, qui peut se résumer à quelques mots dérisoires : "Hamas, Hamas, Hamas" ou "Mollah, Mollah, Mollah". Une rhétorique qui apparaît d'autant plus grossière et grotesque quand on prend la peine d'examiner les motivations réelles du camp occidental.
Ainsi, une étude récente publiée dans The Lancet Global Health conclut que les sanctions économiques unilatérales sont associées à 564 258 morts par an dont 51 % d'enfants, un niveau de mortalité comparable à celui provoqué par certains conflits armés à l'échelle mondiale. Des embargos qui ont profondément touché des pays comme Cuba, l'Iran et le Venezuela. Soit 28 212 900 morts cumulés sur 50 ans !
Federico Aramburu, ancien rugbyman argentin installé en France, a été abattu par deux militants d'ultradroite du Groupe union défense (GUD) sur le boulevard Saint-Germain à Paris, le 19 février 2022
Le temps des paradoxes
Si, comme on l'a vu, une partie de la bourgeoisie politique et médiatique assimile volontiers la qualification des crimes reprochés au gouvernement de Benjamin Netanyahu à de l'antisémitisme, le contraste apparaît d'autant plus frappant lorsqu'on observe certaines complaisances à l'égard de l'extrême droite française.
Il est d'abord utile de rappeler que le Rassemblement national, anciennement Front national, a été fondé avec la participation de figures issues de la collaboration ou de mouvances pétainistes et nationalistes radicales. Pourtant, ce parti est aujourd'hui banalisé dans le débat public au point que des responsables gouvernementaux, comme Aurore Bergé, en sont venues à appeler à son retrait dans certaines configurations électorales non pas pour combattre son idéologie, mais pour faire barrage à La France insoumise.
Dans le même registre, interrogée sur BFMTV, Martine Vassal évoquait "le travail, la famille, la patrie" comme valeurs cardinales - reprenant mot pour mot la devise du régime de Philippe Pétain à Vichy. Cette référence n'est pas neutre : elle renvoie à un ordre politique fondé sur l'exclusion et la hiérarchisation des citoyens.
La question de la mémoire historique accentue encore ce sentiment de paradoxe. Emmanuel Macron avait justifié la possibilité d'évoquer Philippe Pétain comme un "grand soldat" de 1914-1918, malgré ses "choix funestes" ultérieurs. Or, sous son autorité, le régime de Vichy met en place dès 1940 un antisémitisme d'État à travers les statuts des Juifs, excluant ces derniers de la fonction publique, des professions intellectuelles et de la vie sociale, avant de collaborer activement aux déportations.
Dans le même temps, aucune reconnaissance institutionnelle comparable n'est accordée aux victimes contemporaines de l'extrême droite. Pourtant, les deux chambres parlementaires ont observé une minute de silence pour Quentin Deranque, présenté uniquement comme la victime d'une rixe, alors qu'il était identifié depuis longtemps comme un militant néofasciste. Lors des hommages organisés à Lyon, certains participants ont effectué des saluts nazis et proféré des insultes racistes, sans que cela ne suscite le même niveau d'indignation institutionnelle.
Jerusalem Post du 19 mai 2024
Coupable d'avoir dit non aux USA
Raphaël Glucksmann, toujours aussi zélé dans son application du cahier des charges de la CIA, a tweeté : "Bravo à Maria Corina Machado ! Et vive l'inlassable combat des démocrates vénézuéliens contre la dictature de Maduro !", et message quasi-identique pour Marine Le Pen : "Le prix Nobel de la paix a été attribué à la figure de proue de l'opposition vénézuélienne, Maria Corina Machado, opposante historique au régime socialiste et autoritaire de Caracas. Cette distinction est amplement méritée et vient saluer le combat courageux, déterminé et inlassable d'une femme pour la démocratie, la liberté et le pluralisme."
Problème : Machado, nouvelle coqueluche des néoconservateurs, venait tout juste de recevoir - grâce à Trump - un prix Nobel de la paix aux allures de récompense politique, qu'elle lui rétrocèdera ensuite, au mépris de la Fondation Nobel, tandis que quelques mois plus tôt, elle participait par visioconférence à Europa Viva, un grand rassemblement des partis d'extrême droite européens. Au programme : lutte contre l'immigration, rejet du "globalisme", nationalisme assumé, et critiques virulentes contre l'Union européenne et la gauche.
Ce rassemblement, qui a réuni des figures comme Marine Le Pen, Giorgia Meloni ou Viktor Orbán, est au cœur d'un réseau international où l'on retrouve aussi des individus et des groupes aux sympathies clairement néo-nazies. Ainsi l'université d'été du parti espagnol d'extrême droite Vox a notamment été fréquentée par des négationnistes et des nostalgiques du IIIe Reich, sans que cela ne gêne les organisateurs. À ce sujet, The Jerusalem Post écrivait dans un article publié en 2024 qu'une convention organisée par Vox, critiqué pour avoir accueilli des néonazis, comptait parmi ses intervenants le ministre israélien des Affaires de la diaspora, Amichai Chikli.
Conclusion
Après avoir exposé ces faits, la question devient frontale : où mène aujourd'hui la stratégie systématique de diabolisation de la gauche et, en particulier, de La France Insoumise ?
Porté par LFI, le programme du Nouveau Front Populaire assume une rupture claire : cessez-le-feu immédiat à Gaza, arrêt du soutien politique au gouvernement de Benjamin Netanyahu et respect strict du droit international. Cette position tranche avec celle d'une large majorité du paysage politique français qui, au nom du "droit d'Israël à se défendre", a validé sans nuance le cadre dominant. À droite comme à l'extrême droite, des responsables comme Marine Le Pen, Jordan Bardella ou Éric Zemmour ont publiquement affiché un soutien assumé à cette ligne. Le contraste est donc clair : le débat international sert souvent de levier pour délégitimer une force politique intérieure plutôt que pour discuter sérieusement du fond.
Toujours dans cette perspective de diabolisation, il s'agit aussi de délégitimer ce qui était le programme social du Nouveau Front populaire, qui fut développé en grande partie par La France insoumise, un programme qui s'attaquait frontalement aux orientations libérales dominantes depuis des décennies : blocage des prix des biens essentiels, hausse du SMIC, indexation des salaires sur l'inflation, rétablissement de l'impôt sur la fortune, annulation des réformes des retraites et de l'assurance-chômage, taxation des superprofits.
Finalement, les différents positionnements de La France insoumise n'ont rien de véritablement extravagant. Certains peuvent même estimer, ici ou là, qu'ils demeurent à leurs yeux incomplets. Mais dans un monde politico-médiatique où la "bollorisation" d'un côté et la "macronisation" de l'autre ont fini par se rejoindre pour établir le cadre d'une nouvelle pensée unique dans les médias, et par ricochet dans une grande partie de l'opinion publique, les programmes sociaux, désormais combinés à une condamnation de l'impérialisme dont les États-Unis constituent le principal vecteur, sont devenus de facto des positions jugées insupportables.



