'Neocon', ou rationaliser l'irrationnel
• Grande plongée dans le néoconservatisme ('neocon' pour les amis), phénomène essentiel de la non-politique de notre époque, principal constituant de la"politiqueSystème" jusqu'à Donald Trump qui en fit la rencontre lors de son deuxième mandat pour pouvoir mieux attaquer l'Iran. • Une approche théorique complexe et labyrinthique côtoie un jugement absolument dépouillé et direct de condamnation. • Dans les deux cas, la conclusion est simple et sans appel :"une forme historique [et désespérée] de survie du pouvoir"
Nous allons présenter un texte, que nous jugeons être de très grande qualité logique et rationnelle, en le faisant suivre d'une appréciation générale qui prend un complet contrepied. Comme on l'a lu, ce n'est ni une critique de forme, ni de fond, de ce texte, mais plutôt une hypothèse qu'il évolue dans un univers différent de celui qui nous intéresse et où nous pensons vivre, ou dans tous les cas devoir vivre ontologiquement.
Une fois de plus, nous allons diverger de notre présentation habituelle, c'est-à-dire présenter d'abord le texte en question avant de passer à notre propre appréciation. Ainsi la chronologie sera-t-elle respectée : nous avons lu le texte, puis procédé à l'élaboration de notre commentaire.
Le texte en question est de Tiberio Graziani ( original et ' euro-synergies.hautetfort.com'). Le titre et le sous-titre se lisent comme ceci :
"Néoconservatisme et crise de l'universalisme occidental"Généalogie philologique, périphéries européennes et adaptations de l'hégémonie américaine."
Notre appréciation"différente"
Nous passons donc à notre propre analyse, en nous référant, d'une manière que nous qualifierions de"différente"plutôt que"critique", alors que le sujet est le même.
Pour nous, ce texte constitue une appréciation historique et politique du"néoconservatisme"américain, - alors que nous parlons, nous, du mouvement 'neocon' américaniste qui, selon nous, n'a rien d'historique ni de politique. Il faut savoir, pour mieux comprendre notre démarche, notre approche du 'neocon', auquel nous n'avons jamais consacré d'analyse spécifique ou de 'Glossaire.dde'. Pour cela, on prendra un extrait, justement d'un texte du 'Glossaire.dde' consacré au phénomène qui constitue la politique américaniste du Système, et ce phénomène incorporant notamment le 'neocon' comme bras opérationnel principal : la" politiqueSystème". On citera notamment cet extrait de ce texte sur la" 'politiqueSystème'-II", - un des textes (du 23 janvier 2017) les plus lus de ce site avec 32 282 entrées. (ce chiffre d'audience représente une formidable performance du point de vue de ce site, vues sa longueur et son aridité, ou difficulté de lecture).
"Il faut ajouter l'évidence que la politiqueSystème, qu'on avait identifiée au départ, on le verra, selon une analyse classique comme la production d'une pensée humaine, du courant neocon bien connu (puis nocon/R2P en y ajoutant les progressistes-sociétaux interventionnistes), n'a en fait rien à voir dans sa conception avec ce processus politique en tant que tel puisque désormais identifiée comme force extra- ou suprahumaine. A ce point du raisonnement qui autorise des révisions métahistoriques fondamentales, nous pensons que la politiqueSystème a en fait toujours été cela, l'épisode neocon puis neocon/R2P ayant été un label de convenance qui arrangeait le Système pour faire croire à la communauté humaine pro-Système qu'elle avait un rôle de maîtrise et de conception à jouer. En d'autres mots, il apparaît donc que cette "communauté humaine", alias-neocon/R2P, n'a plus aucun rôle créatif et directeur et qu'il est très probable jusqu'à la certitude qu'elle n'en a jamais eu malgré les narrative produites ('neocon' & Cie) ; dans tous les cas, cela pour cette période du déchaînement des forces du Système (depuis la fin de la Guerre froid, depuis 9/11) représentant le paroxysme de la situation né du " déchaînement de la Matière"."
Dire 'neocon' et tout est dit
Le texte de Tiberio Graziani que nous avons présenté ci-dessus constitue pour nous un pur travail académique. Ce n'est pas une méthode mauvaise ou bonne en elle-même ; c'est une méthode parmi d'autres que nous ne considérons pas comme une nécessité et ce n'est certainement pas notre façon d'être, de penser et d'écrire. En un mot, nous n'avons pas"l'âme académique", nous avons"l'"âme poétique".
Du fait qu'il s'agit du mouvement 'neocon', dont nous parlons souvent et dont l'importance est très grande à notre époque, dans la communication bien plus que dans la politique, et de la façon qu'on sait par rapport à nos convictions, il en ressort que ce texte nous apparaît comme une explication théorique et civilisée du 'neocon'. Autrement dit, il s'agit, - involontairement pensons-nous, ou inconsciemment, - d'une tentative désespérée de survie de la cohésion rationnelle et de la compréhension maîtrisée de notre époque par le biais d'une appréciation rationnelle d'un produit du Système qui la domine entièrement.
Risquons une image...
Cette appréciation, - ce texte, - est comme une automobile roulant sur une route criblée de nid de poules et autres aspérités catastrophiques de la route, évitant les cahots mortels pour le véhicule. La preuve nous est présentée est celle du fonctionnement cohérent du véhicule qui est de la meilleure qualité possible, mais la route n'en est pas moins dans un état de dégradation catastrophique. L'attention extrême et habile portée à a conduite a polarisé l'attention du conducteur, de l'observateur lettré et acharné à développer une description cohérente du parcours, et lui a fait rater la pancarte "Conduite interdite, route sans issue et interrompue par une fracture ouvrant sur l'abîme".
D'où l'issue malgré tout, sous forme de conclusion du texte :
"Et c'est dans cette rigidité que le néoconservatisme révèle sa nature la plus profonde: non pas un choix idéologique, mais une forme historique de survie du pouvoir",
que nous amenderions de la sorte, qui nous paraît d'ailleurs implicite, même si involontairement ou inconsciemment, dans le propos de l'auteur :
"... mais une forme historique [désespérée et sans espoir] de survie du pouvoir"
"Rigidité" et nihilisme
Le nihilisme est le mot brutal mais plus net que nous proposerions pour comprendre le terme susnommé "rigidité". Construit avec zèle par le 'neocon' (et son commentateur), ce mot rejoint gracieusement le nihilisme naturel que la modernité engendre... Nous croyons que tous les termes en "ismes" utilisés dans ce texte (libéralisme, universalisme, etc.) sont aisément explicités et compréhensibles dans le vaste concept de "modernité" et par conséquent accueillis par le nihilisme accompagnant ce mouvement.
Nous croyons que le mouvement 'neocon', c'est-à-dire le néoconservatisme, développé exclusivement à l'origine aux USA avec la poussée venue de trotskistes plutôt que de gramcistes (Trotski, très populaire dans la gauche américaniste dès les années 1930), est complètement un accessoire, un parasite et un "compagnon de route" de la GrandeCrise. Sans aucun doute, il a une certaine importance spécifique dans la mesure où il peut jouer le rôle de moteur d'une sorte de "Fin Dernière" voulue par l'entêtement du Système, jugeant insupportable qu'on puisse songer à une autre issue que lui-même, en lui-même et sous l'inspiration de lui-même.
A notre sens, c'est dans ce schéma métahistorique qu'il faut faire entrer le 'neocon' pour comprendre la raison de sa présence, de son influence, de son activité déchaînée. Nous ne pensons pas qu'il faille lui accorder une estime intellectuelle telle qu'on en vienne à l'isoler et à l'analyser comme un phénomène politique spécifique et majeur. C'est un produit quantitatif, - d'où son influence, son poids politique, sa puissance de communication alors qu'il ne propose rien que la course à l'entropisation, - de cette époque déchaînée que nous vivons, nullement un produit qualitatif qui, par définition, échapperait à cette époque. Le 'neocon' est trop un produit de cette époque pour être autre chose qu'un excrément de cette époque, et il est juste de l'analyser dans ce sens, malgré l'odeur.
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