
Source: AP
Avec la raffinerie de pétrole Dangote à Lagos, le Nigeria se trouve moins impacté avec la hausse du prix du carburant. [Photo d'illustration]
La hausse brutale des prix du pétrole provoquée par le conflit au Moyen-Orient pourrait contraindre plusieurs banques centrales africaines à suspendre leurs baisses de taux et peser sur des secteurs clés comme les mines et l'agriculture, alertent des responsables économiques et des analystes.
La forte hausse des prix du pétrole provoquée par le conflit au Moyen-Orient pourrait perturber la politique monétaire et fragiliser la reprise économique en Afrique, ont averti plusieurs responsables économiques du continent.
Depuis plusieurs mois, les banques centrales africaines avaient engagé un cycle d'assouplissement monétaire, profitant du recul de l'inflation et d'une relative stabilité des taux de change pour réduire leurs taux directeurs et soutenir l'activité. Mais cette dynamique pourrait désormais être remise en cause.
La banque centrale d'Ouganda a ainsi indiqué à Reuters que l'incertitude croissante sur l'économie mondiale posait des défis inédits aux institutions monétaires. L'institution a précisé qu'elle réévaluerait ses outils afin de s'adapter à cet environnement plus instable.
Approche prudente des banques centrales
En Angola, la banque centrale a déjà marqué un coup d'arrêt à sa politique d'assouplissement en maintenant ses taux le 12 mars, après trois baisses successives. Son gouverneur, Manuel Tiago Dias, a évoqué les risques liés à une prolongation du conflit au Moyen-Orient, susceptible de perturber les chaînes d'approvisionnement, notamment pour les intrants agricoles et les engrais.
Selon plusieurs analystes, d'autres banques centrales du continent pourraient adopter la même prudence. Les cycles de baisse des taux en Ghana, au Nigeria, en Zambie et au Kenya pourraient ainsi être suspendus si la hausse des prix de l'énergie se répercute sur l'inflation.
Pour Razia Khan, économiste en chef pour le Moyen-Orient et l'Afrique chez Standard Chartered, les banques centrales devront surveiller de près les effets indirects de la hausse du pétrole sur les prix et sur l'activité économique. La banque JPMorgan a déjà revu à la baisse ses prévisions de réduction des taux dans plusieurs pays africains, évoquant l'impact potentiel de la crise énergétique.
Les pays exportateurs ne seront pas épargnés
Même les pays exportateurs de pétrole pourraient être affectés. D'après Marie Diron, directrice du risque souverain chez Moody's, la hausse des prix de l'énergie ne se traduira pas nécessairement par un gain net pour ces économies en raison du ralentissement potentiel de la croissance mondiale.
Au Nigeria, principal exportateur de pétrole d'Afrique de l'Ouest, les autorités affirment néanmoins être mieux préparées qu'auparavant. La suppression des subventions sur les carburants en 2023 et la mise en service de la raffinerie Dangote Refinery ont renforcé la résilience du pays face aux fluctuations des prix du pétrole.
Au Kenya, importateur net de pétrole, les autorités assurent que les stocks de carburant restent suffisants pour le moment, malgré la baisse récente des obligations souveraines depuis le début de la crise. Plusieurs gouvernements tentent également d'amortir le choc pour les consommateurs. L'Éthiopie a augmenté ses subventions sur les carburants, tandis que la Zambie a mis en garde les distributeurs contre toute tentative de stockage spéculatif.
Impact sur le secteur minier
Au-delà de la politique monétaire, la flambée des prix de l'énergie pourrait aussi affecter des secteurs stratégiques comme l'industrie minière. En Zambie, le ministre des Mines Paul Kabuswe a averti que la hausse du coût du carburant pourrait réduire la productivité du secteur, une source essentielle de devises pour l'économie nationale.
Dans un contexte de reprise économique encore fragile, les responsables africains espèrent désormais une désescalade rapide du conflit. "Notre prière est que la guerre prenne fin", a déclaré le ministre zambien.